Bas-les-masques : des couturières qui se sentent "exploitées" au nom de la solidarité

Au 4 mai, la page belge du collectif rassemblait près de 3 600 couturières et sympathisants.
Au 4 mai, la page belge du collectif rassemblait près de 3 600 couturières et sympathisants. - © Collectif Bas-les-masques

Tout travail mérite salaire et l’adage vaut aussi pour la fabrication de masques en tissus. C’est ce que veulent rappeler des centaines de couturières, réunies au sein du groupe Facebook Bas-les-masques Belgique.

En quoi est-ce être solidaire que de demander à des personnes de travailler gratuitement ?

Des jours et des nuits, le pied sur la pédale de leur machine à coudre. Depuis le début de la crise sanitaire, elles cousent sans relâche pour répondre à la pénurie de masques. Des masques à présent obligatoires dans les gares et transports en commun.

Depuis quelques jours, les appels des communes se multiplient pour trouver des couturières bénévoles. Un appel au travail gratuit donc, qui révolte Doriane van Overeem, l’administratrice du groupe Facebook bas-les-masques Belgique. " Pour moi, c’est un bel exemple d’exploitation et d’utilisation d’une main-d’œuvre gratuite", s’indigne la créatrice de mode bruxelloise.

" On nous impose de travailler gratuitement au nom de la solidarité. Mais en quoi est-ce être solidaire que de demander à des personnes -qu’elles soient professionnelles ou non- de travailler gratuitement alors que nous sommes déjà tous et toutes dans une situation de précarité ? "

Notre société considère qu’une multitude de tâches, principalement féminines comme […] le fait de prendre soin d’autrui, coulent de source.

Elle veut le rappeler : la couture c’est un savoir-faire et pour certaines et certains c’est même un métier. " Pourquoi est-ce qu’on dénigre à ce point cette profession de tailleur ou du couturier ? Les caissiers, caissières, les médecins, les infirmiers ou infirmières sont rémunérés. Pourquoi nous, devrions nous travailler gratuitement alors que nous sommes tous indispensables pour venir à bout de cette crise ? "

L’immense majorité des personnes qui confectionnent ces masques en tissus sont des femmes. Et selon Doriane van Overeem, ce n’est pas un hasard si c’est à elles que l’on demande de travailler pour rien. " Notre société considère qu’une multitude de tâches, principalement féminines comme les travaux ménagers, la couture ou le fait de prendre soin d’autrui, coulent de source. On considère alors naturellement que ce travail devrait être gratuit alors qu’il s’agit en fait d’un métier. "

Les membres du groupe bas-les-masques plaident donc pour une véritable rémunération des couturières mobilisées par les communes, qu’elles soient professionnelles ou amatrices.