Baromètre politique: "Le rêve de Zakia Khattabi [de devenir ministre-présidente] apparaît réalisable"

Baromètre politique: "Le rêve de Zakia Khattabi [de devenir ministre-présidente] apparaît réalisable"
Baromètre politique: "Le rêve de Zakia Khattabi [de devenir ministre-présidente] apparaît réalisable" - © BRUNO FAHY - BELGA

Alors que plusieurs partis évoquent la possibilité d’élections fédérales anticipées, pour qui voteriez-vous ? Nous vous avons posé la question pendant la crise politique née autour du pacte de Marrakech. Les chiffres du baromètre politique TNS/VRT/De Standaard/RTBF/La Libre sont sortis. Comment analyser ces résultats ? Réponse avec deux politologues Pierre Verjans, politologue à l’Université de Liège, et Dave Sinardet, politologue à la VUB.

Côté francophone, qu'est-ce qui est le plus marquant pour vous? C’est une poussée écologiste?

Pierre Verjans : "Il y a la poussée écologique qui est assez impressionnante, non seulement par rapport aux élections fédérales de 2014, mais aussi par rapport aux provinciales. Ecolo gagne encore 4% par rapport aux élections provinciales alors qu’il avait déjà gagné pas mal. Même le PTB gagne encore 4% aussi par rapport aux résultats des provinciales."

"Par rapport à 2014, le PS perd effectivement 6%. Par contre, dès qu’on compare aux provinciales, la perte du PS est limitée puisqu'il fait le même chiffre que ce qu’il avait fait en 2018 aux provinciales. Par ailleurs, le gouvernement MR-cdH n’est plus tenable pour le moment."

Que signifie cette poussée écologique? Ça veut dire que ça se fait sur les idées plutôt que sur le mouvement politique en tant que tel ?

Pierre Verjans : "Sur les idées et sur le positionnement politique, ce ne sont pas seulement les idées écolos. Probablement que si on faisait aussi le sondage maintenant, après Katowice, on aurait encore des résultats forts pour Ecolo. Mais il y a la position politique, le programme et le fait de dénoncer les petits jeux politiciens sans arrêt depuis qu’Ecolo est dans l’opposition. C’est évidemment une position confortable de la part d’un parti qui, par ailleurs, a vraiment pignon sur rue et qui sait effectivement bien défendre son opinion dans le Parlement."

"A Bruxelles, c’est la première force. Ça renforce encore le résultat des élections communales qu’on avait vu au mois d’octobre et c’est vrai que là, le rêve de Zakia Khattabi apparaît réalisable [celui de devenir ministre-présidente]."

En Flandre, la N-VA reste le premier parti, mais il y a eu une chute. Comment s’explique-t-elle?

Dave Sinardet : "Il y a de la stabilité en Flandre. Tout d’abord, il faut dire qu’il faut relativiser les sondages, parce que leur méthodologie n’est pas parfaite. Ils créent parfois plus de réalité qu’ils n’en reflètent. Ici, ce qui est quand même important, c’est de dire que les données du sondage ont été récoltées entre le 19 novembre et le 8 décembre. C’est donc la période où on a déjà connu la crise autour des pactes des migrations, mais c’est juste avant que le gouvernement ne soit tombé. Ça a donc quand même créé une nouvelle situation politique sur laquelle le sondage ne nous apprend pas vraiment beaucoup de choses."

"Par contre, ce sondage nous apprend que la focalisation de la N-VA sur ce pacte des migrations semble quand même avoir évité que plus de voix de la N-VA passent au Vlaams Belang. Comparé aux élections provinciales, on voit que la N-VA perd un peu moins et surtout que le Vlaams Belang gagne moins. Donc, on peut en tirer la conclusion que la stratégie de la N-VA pour éviter le passage des électeurs au Vlaams Belang aurait marché."

La N-VA a face à lui une poussée de Groen et un peu de l’Open-VLD, donc il perd au centre. A vouloir se rapprocher de l’électorat du Vlaams Belang, ne perd-il pas les centristes?

Dave Sinardet : "Effectivement, c’est un enseignement qu’on pourrait tirer. Les scores du CD&V et de l’Open VLD ne sont pas mauvais comparés à certains autres sondages qui sont parus dernièrement. Mais leur progression se situe dans le cadre de la marge d’erreur. Il se pourrait toutefois que le CD&V et l’Open VLD tirent effectivement comme conclusion de ce sondage que ça n’a finalement pas été une si mauvaise chose pour eux que la N-VA décide de vraiment aller sur le terrain du Vlaams Belang, parce qu’ils pourraient reprendre des voix de cette N-VA."

"Mais vu que le sondage a été fait avant que le gouvernement tombe, je crois quand même qu’il serait dangereux pour ces deux partis de croire, simplement sur base de ce sondage, que tout irait bien pour eux avec des élections anticipées."

La N-VA peut-elle courir deux lièvres à la fois : d’un côté les électeurs du Vlaams Belang et de l’autre la classe moyenne flamande, qui n’est pas extrémiste?

Pierre Verjans : "C’est le problème. Si on regarde par rapport aux provinciales, le Vlaams Belang aurait déjà perdu 5% par rapport au mois d’octobre, alors que la N-VA aurait gagné 3%. Ça veut dire que sa stratégie vis-à-vis du Vlaams Belang est payante, mais l’Open VLD lui reprend. C'est effectivement le problème de la N-VA : elle se situe entre deux partis respectables et un parti raciste, et donc elle joue effectivement sur la limite."

A-t-elle intérêt à ce qu’il y ait des élections rapidement?

Pierre Verjans : "On ne sait pas du tout comment les choses vont évoluer. On ne sait pas ce que pense l’électeur maintenant, après la crise, et on ne sait pas ce que l’électeur pensera à la fin de la semaine, quand le gouvernement sera ou non tombé en fonction d’un vote de méfiance ou de confiance. Donc tout est en train d’évoluer tout le temps et on peut se dire que dans les jeux gouvernementaux, l’électeur tire effectivement ses conclusions en fonction de la position qui est prise par les partis et en fonction des programmes qui sont défendus."

 

Journal télévisé 13H

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