Baromètre des parents 2020 : les familles perdues pendant la crise du coronavirus

Le baromètre des parents 2020 réalisé par la Ligue des familles s’est notamment penché sur le vécu des parents pendant la crise du coronavirus. Et le constat est sans appel : 7 parents sur 10 (69%) ne se sont pas sentis soutenus par le monde politique pendant la crise.

Un chiffre qui n’étonne pas le directeur général de la Ligue des familles, Christophe Cocu. Selon lui, les mesures attendues par les parents n’étaient pas à la hauteur et sont arrivées trop tard.

"Nous, on avait imaginé un congé parental coronavirus pour le confinement, précise-t-il, mais il a été mis en place pour le déconfinement. Donc en fait 3 mois trop tard".

Des difficultés différentes selon les moyens des familles

Le baromètre met en évidence une différence de perception des difficultés en fonction des revenus des familles. Pour les familles précarisées, voici dans l’ordre, ce qui a surtout posé problème :

  1. Une inadéquation des mesures sanitaires à la vie familiale (surtout le fonctionnement des bulles sociales)
  2. L’organisation du suivi scolaire pendant le confinement
  3. Le manque de soutien pour faire face aux difficultés financières dues à la crise.

L’organisation du suivi scolaire dans les familles précarisées a souvent été rendue difficile par la fracture numérique. "Certains parents n’ont même pas un numéro de téléphone définitif, explique Christophe Cocu. C’est parfois tellement cher qu’ils doivent passer d’une carte prépayée à une autre et donc changer de numéro de téléphone. Impossible pour les écoles d’entrer facilement en contact avec eux. Certains enfants ont donc été coupés de tout contact avec leur école pendant des mois".

Et d’ajouter : "On sait que c’est principalement les plus précarisés qui ont perdu le plus d’argent dans la crise du coronavirus. Les métiers précaires ou les intérimaires qui d’habitude gagnent déjà moins, là en plus ils n’avaient plus leur travail. Donc soit ils étaient en chômage temporaire, soit ils étaient au chômage tout court, donc ils ont été assez impactés".

Pour les familles aisées, l’ordre des difficultés change quelque peu :

  1. L’organisation du suivi scolaire pendant le confinement
  2. L’absence de solution pour garder les enfants
  3. Une inadéquation des mesures sanitaires à la vie familiale (surtout le fonctionnement des bulles sociales).

Christophe Cocu précise que pour ces familles, le niveau d’exigence à l’école est traditionnellement plus important : "Des parents auraient voulu que leurs enfants voient de la nouvelle matière, mais ce n’était pas prévu par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Pour eux, l’interruption des apprentissages a été perçue comme une réelle perte pour enfants".

Combiner télétravail et garde d’enfants à la fermeture des écoles a aussi posé de nombreux problèmes aux familles aisées, alors que l’inadéquation des mesures sanitaires à la vie familiale est partagée par toutes les familles. Le fonctionnement des bulles sociales, revu à de nombreuses reprises, a notamment posé problème aux familles recomposées où les calculs ont bien souvent viré au casse-tête.

Focus sur la santé

Cette année, le baromètre avait déjà décidé de mettre le focus sur la santé. Grâce à un questionnaire autour de la naissance, on apprend ainsi qu’une mère sur deux estime qu’un séjour de deux jours à l’hôpital, c’est trop court.

"Les économies sur les soins de santé jouent sur la qualité et la façon dont les parents accueillent leur enfant à la maison", regrette Christophe Cocu.

Dans toutes les catégories de revenus, des familles rencontrent des difficultés à payer une facture d’hôpital d’un enfant. Et plus d’une famille monoparentale sur quatre reporte le suivi médical d’un enfant pour raisons financières. Que ce soit pour une visite chez un spécialiste, l’achat de lunettes ou la pose d’un appareil dentaire.

"Quand on va chez le généraliste, on sait qu’on va payer entre 20 et 30 euros et on sait de combien on va être remboursé, même s’il faut déjà avancer l’argent. Parfois c’est déjà compliqué et c’est déjà ce premier soin qui est reporté, explique le directeur général de la Ligue des Familles. Mais quand dans la foulée on prescrit un examen chez l’ophtalmo par exemple qui est d’autant plus cher, c’est compliqué parce qu’on va aussi devoir payer les lunettes après, même si on sera remboursé par la mutuelle. En fait, ce système où ce sont les citoyens qui avancent l’argent pour être ensuite remboursés joue pas mal dans le report de soin".

Une famille peut facilement tomber dans la précarité à cause d’un accident de la vie

En cas de maladie grave d’un parent, le baromètre montre aussi que les difficultés financières sont au rendez-vous pour la moitié des familles sondées. On grimpe à deux tiers des familles si c’est un enfant qui tombe gravement malade.

"Les demandes des parents dans ces moments-là, c’est de passer du temps avec l’enfant malade. Bien souvent, un des deux s’arrête de travailler et le ménage perd un salaire. Malgré notre système de sécurité sociale qui est un des meilleurs au monde, une famille peut facilement tomber dans la précarité à cause d’un accident de la vie", constate Christophe Cocu.

5e édition et toujours les mêmes revendications

La Ligue des familles a lancé le baromètre des parents en 2015. Le principe : une enquête réalisée auprès de 1151 familles pour prendre leur pouls dans les grands domaines de leurs vies. Et depuis 2015, visiblement, les revendications des parents n’ont pas beaucoup évolué.

Ils estiment toujours compliqué de concilier travail et vie de famille, les places en crèches sont toujours insuffisantes, les horaires de garderie scolaire trop peu étendus (ou surtout les employeurs trop peu compréhensifs par rapport aux horaires scolaires), les pensions alimentaires sont toujours difficiles à obtenir par de nombreuses familles monoparentales.

Pour Christophe Cocu, le problème est que le monde politique ne s’adapte pas assez rapidement à l’évolution des modèles familiaux en Belgique : "On voit ici en 2 ans, il y a 7% en plus de papas qui souhaitent avoir un congé de paternité aussi long que celui de la maman. On passe de 60 à 67%, c’est énorme. Et ici, on vient d’instaurer après 18 ans de combat un congé qui passe de 10 jours à 15 jours et peut-être à 20 jours en 2023. Donc on se rend compte que les attentes de la société sont bien plus grandes que ce que le politique ne le comprend".

La Ligue des familles le reconnaît, le ton de ce baromètre 2020 est un peu sombre, mais précise : "Nommer les problèmes, c’est peut-être toutefois déjà un premier pas vers la solution".

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