B. Parmentier: "Il faut renouveler les techniques de production agricole"

B. Parmentier: "Il faut renouveler les techniques de production agricole"
B. Parmentier: "Il faut renouveler les techniques de production agricole" - © Tous droits réservés

Bruno Parmentier est expert en alimentation et en agriculture. Invité de Matin première, il réagit à l'évènement alimentaire de la semaine: la présentation d'une viande créée entièrement à partir de cellules souches. L'occasion de faire le point sur la nécessité de penser la production agricole différemment.

Une prouesse scientifique: la presse est unanime face à cette viande "artificielle" et pourtant mangeable. Premier pas vers une commercialisation? Alternative à l'élevage?

Les avancées dans le domaine se sont faites "au prix d'efforts très importants", souligne Bruno Parmentier. Et de rappeler que "l'histoire du monde est une histoire de famine, dans des endroits où il y avait peu de terre et beaucoup de gens", en Chine, ou en Europe, par exemple. Ce qui entraînait les peuples dans des guerres pour les ressources. Mais en Europe de l'ouest, "quand on a décidé de faire la politique agricole commune (...) on a à peu près triplé la productivité", rappelle-t-il. "Donc, on n'a plus peur d'avoir faim en Belgique et en France". 

Mais "cette agriculture moderne, productive, consiste à utiliser énormément de ressources de la nature": plus de pertes, plus d'eau, plus d'énergie, ... "Or on arrive au bout des limites de la planète", explique Bruno Parmentier.  "Maintenant il faut apprendre à produire plus, mais en ponctionnant moins les ressources de la planète": produire avec moins d'énergie, d'engrais, de pesticides, ou d'eau. "Et c'est très compliqué", ajoute-t-il.

Dans ce cadre, la viande de synthèse n'est pas une mauvaise idée. mais c'est "très anecdotique, cette affaire-là", estime Bruno Parmentier. "Je ne vois pas le grand public se précipiter sur la viande de synthèse, alors qu'on ne veut pas des OGM".

Ce qu'il faut, précise-t-il, c'est "renouveler de façon très importante toutes les techniques de production".

Par exemple, les pesticides peuvent trouver une alternative dans la nature. "La forêt vierge par exemple est quelque chose d’extraordinaire", explique Bruno Parmentier. L'homme n'y a rien mis, mais la variété et la richesse y sont. "Or cette agriculture qu'on a mise en place il y a  50 ans consiste à se méfier de la nature..." Pour l'expert, "Il y a une autre voie qui consiste à dire: on va essayer de comprendre la nature et la laisser s'exprimer".

"C'est ce qu'on appelle l'agro-écologie": on intensifie les processus naturels.

Par exemple, il faudrait ne pas laisser les champs vides la moitié de l'année: il faudrait les couvrir. "Dans ces champs qu'on va couvrir, on va mettre des plantes avec des racines profondes, et des plantes avec des racines superficielles, etc..." Y remettre des arbres est également important afin d'utiliser au mieux les ressources. En effet, explique Bruno Parmentier, avec les cultures traditionnelles, "on n'utilise que que 50 cm des ressources naturelles", les racines étant peu profondes. Pour un arbre, c'est sur 5 mètres de profondeur: "on a plus de chances d'avoir des ressources". 

Une autre alternative consiste à élever des chauves-souris, pour lutter contre les insectes; des chouettes pour éviter les mulots; des scarabées, des vers de terre... "Et c'est possible à grande échelle", ajoute Bruno Parmentier.

Enfin, le spécialiste estime qu'une des luttes les plus importantes est celle qui porte sur les déchets. Car on gaspille en moyenne un tiers de la production en alimentation.

W. F.

 

 

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