Décroissance: avons-nous atteint un pic naturel de consommation?

Décroissance: avons-nous atteint notre plafond de consommation?
Décroissance: avons-nous atteint notre plafond de consommation? - © Archive Belga

Est-il possible de concilier baisse de la consommation avec croissance économique ? C’est le débat (re)lancé suite à une étude selon laquelle la Grande-Bretagne aurait atteint un pic de consommation début des années 2000 avant de connaître une baisse de consommation tout en continuant à voir progresser son PIB.

On le sait, le défunt XXème siècle a marqué une accélération sans précédent de la consommation d’énergie et de ressources naturelles, poussée par les progrès techniques et l’accroissement démographique.

La conséquence de cette explosion de la consommation a résulté dans une pollution toujours plus critique. La culture consumériste et le modèle occidental de croissance économique progressivement adopté par le reste du monde ont renforcé cette logique exponentielle.

Comme le souligne le théoricien de la décroissance Tim Jackson, ce modèle mène forcément à un dilemme : résister à la croissance économique basée sur la consommation, c’est risquer la crise sociale et économique mais poursuivre sur cette voie veut dire détruire l’écosystème dont nous dépendons pour notre survie à long terme.

Plus de croissance avec moins de consommation

Mais selon une récente étude britannique, ce dilemme pourrait être résolu de lui-même. En effet, la Grande-Bretagne aurait consommé moins au cours des dernières années, alors que le PIB et sa population ont continué à croître.

Avait-on dès lors atteint en ce tout début de XXIème siècle, un plafond de consommation en Grande-Bretagne? Un seuil "naturel" ? C’est en tout cas le postulat de l’étude de Chris Goodall, expert en questions énergétiques.

Affilié au Parti écologiste britannique, Chris Goodall développe l’idée qu’à un certain niveau de PIB, plus de croissance devient synonyme de plus d’efficacité dans l’utilisation des ressources et donc d’une consommation de "choses" (stuff) matérielles moins importante.

La Grande-Bretagne aurait atteint son "pic des objets"

Se basant sur le cas de la Grande-Bretagne, on constate que la quantité de "choses" utilisée par chaque citoyen britannique serait retombée à son niveau de 1989. Le "pic des objets", soit la période où chaque britannique consommait la plus grande quantité, aurait été atteint début des années 2000. Le tout alors que l’économie du pays n’a cessé de croître.

Des dynamiques semblables auraient traversé l’Europe "où la consommation d’énergie des ménages en 2009 était de 9 % inférieure au niveau de 2000. En France, en Suède et aux Pays-Bas, la baisse a même atteint 15 %", relève le blog écologie du Monde.

Pour Tim Jackson, "rien n'a réellement changé"

Alors, faut-il voir dans ces tendances les signes d’un tournant, de la mise en place d’une irréversible logique ? Ce n’est pas l’avis de Tim Jackson. L’auteur du célèbre ouvrage "La prospérité sans croissance" relativise nettement la baisse de consommation matérielle britannique et exprime son scepticisme concernant l’idée d’un "pic des objets".

D’après cet auteur, "toutes les baisses de la consommation au Royaume-Uni sont pour la majorité assez faibles : quelques pourcents sur une décennie" et dans de nombreux cas, cette baisse serait même inférieure à la marge d’erreur statistique.

En outre, rien n’aurait réellement changé dans les modèles de consommation, il y a juste eu une externalisation des activités énergivores. "D’une façon ou d’une autre, extraire et utiliser plus de ressources à l’étranger reste la base de nos styles de vie", explique Tim Jackson dans le Guardian.  

En prenant un angle d’étude plus large, l’économiste anglais relève d’ailleurs que "l’extraction des ressources au niveau global a connu une augmentation inexorable dans presque tous les secteurs" et que les émissions de carbone ont augmenté de 40% par rapport à leur niveau de 1990.

L’étude de Chris Goodall reste de ce point de vue un point de départ "essentiel" pour alimenter la réflexion sur la capacité de nos sociétés à découpler hausse de la consommation et croissance économique. Mais "l'idée que la transition vers une économie durable émergera spontanément en donnant libre cours au marché est fausse", selon Tim Jackson.

La baisse de consommation, suite naturelle des cycles de croissance?

Cependant, l’étude de Goodall a aussi de fervent partisans. Parmi ceux-ci, le chercheur de l’Université Rockefeller Jesse H. Ausubel, théoricien de la "dématérialisation". Ce dernier se base sur la théorie dite de la courbe de Kuznets. Il s’agit de l’idée selon laquelle la courbe représentant la consommation d’énergie et de ressources par pallier de PIB dessine un "U" inversé. Autrement, dans un premier temps, la croissance du PIB s’avère très vorace en énergie et en ressources mais cette consommation finirait par atteindre un pic.

Une fois ce pic atteint, la demande en ressources baisserait progressivement à mesure que les investissements sont consentis pour rendre plus efficace leur utilisation et limiter les gaspillages.

Dès lors, chaque point de croissance exige de moins en moins de consommation d’énergie et de matériel. D’où cette idée de "dématérialisation".

Julien Vlassenbroek 

 

 

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