Avoir un enfant, c'est bon pour votre carrière. Si vous êtes un homme

Docteure en sociologie et professeure de l’Université du Massachusetts, Michelle Budig étudie les questions liées aux différentiels de salaires chez les parents depuis 15 ans. Elle a récemment publié une étude intitulée "Le bonus de la paternité, la pénalité de la maternité" et dont les conclusions sont plus qu’interpellantes.

Non seulement, elle démontre que les pères bénéficient du fait d’être pères dans leur carrière tandis que les femmes en pâtissent, mais surtout que ce sont les pères aux plus hauts revenus qui en bénéficient le plus et les femmes les plus précarisées qui sont les plus pénalisées.

Les pères sont plus facilement embauchés que les hommes sans enfants. Les mères ont par contre moins de chances d’être engagées, d’être perçues comme compétentes ou d’être payées comme leurs collègues masculins à qualification égale.

Cela tiendrait beaucoup à des perceptions très ancrées chez les employeurs bien qu’en décalage avec la réalité des faits. En effet, "les employeurs perçoivent les pères comme plus investis dans leur travail : ils ont une famille à nourrir, ils sont donc moins enclins au laisser-aller", explique Michelle Budig au New York Times. "C’est tout l’inverse de la façon dont la maternité est perçue par les employeurs. La perception la plus conventionnelle est qu’elles travaillent moins et sont plus facilement distraites au travail", car leurs enfants seraient leur première préoccupation.

Des stéréotypes qui ont des conséquences très concrètes

Les hommes comme pourvoyeurs de revenus du foyer et les femmes mères de famille avant toute chose? Les statistiques le démentent. Aux Etats-Unis, 71% des mères qui vivent avec leurs enfants ont un emploi et les femmes sont l’unique ou la principale source de revenus de 40% des foyers américains avec enfants, précise Claire Miller du New York Times.

Selon sa dernière étude, les revenus des hommes augmente de plus de 6% lorsqu’ils ont des enfants (et qu’ils vivent avec eux) alors que ceux des mères diminuent d’environ 4% par enfant. Devenir parent aggrave donc l’écart salarial homme/femme : les femmes sans enfant gagnent 96 cents pour chaque euro gagné par un homme tandis que les mères, mariées, ne gagnent que 76 cents.

Si certains facteurs nuancent ce constat, ils ne l’invalident pas pour autant. Par exemple, les pères travaillent tendanciellement plus une fois qu’ils ont des enfants. Mais cela n’explique qu’au plus 16% du "bonus" dont ils bénéficient. Il est également vrai que certaines mères réduisent leur temps de travail une fois qu’elles ont des enfants, mais à nouveau cela n’explique que très partiellement la pénalité salariale dont elles sont victimes.

Et pour la Belgique?

Nous n'avons pas trouvé d'étude aussi approfondie que celle de Michelle Budig pour ce qui concerne le cas belge. Toutefois, selon le rapport 2013 sur l'écart salarial en Belgique, on constate que les femmes seules sans enfant ne sont pas victimes de l'écart salarial (et en sont mêmes légèrement bénéifciaire) tandis que les femmes seules avec enfant(s) gagnent 6% de moins en moyenne que les hommes seuls avec enfant(s).

"Le fait d’avoir des enfants a quant à lui un effet sur le salaire des femmes, tandis que la présence d’enfants n’a qu’un effet très limité chez les hommes", résume le rapport pour expliquer l'effet de la maternité sur cet écart.

Toutefois, des études complémentaires devraient être menées pour pouvoir effectuer des comparaisons pertinentes avec l'étude de la sociologue de l'Université du Massachusetts.

Julien Vlassenbroek

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