Aveugle, Alain met ses oreilles au service de la police

On peut être aveugle et travailler pour la police fédérale. Alain Thonet, un Bruxellois de 44 ans, le prouve au quotidien. Depuis treize ans, il est employé par le service de retranscription des écoutes téléphoniques de la police judiciaire fédérale de Bruxelles. Comme la plupart des personnes malvoyantes, Alain Thonet a davantage développé ses autres sens, dont son ouïe, extrêmement fine.

Son handicap, il en a fait un atout. "C’est pour cela qu’on m’a engagé", sourit-il depuis son austère bureau du septième étage d’un bâtiment de la police fédérale ultra-sécurisé. Et pour cause, ici, on traite des dossiers sensibles : trafic d’armes, trafic de drogue, fraude financière, etc.

Sa matière première ? Des conversations enregistrées, soit par téléphone, soit à l’aide d’un micro caché, qu’il décrypte autant que possible.

Cela demande beaucoup de concentration, selon la qualité sonore

Pour aider Alain Thonet à la retranscription, son poste de travail a été adapté : en plus de son clavier normal, il dispose d’un logiciel de synthèse vocal et d’un clavier en braille pour vérifier l’orthographe. Mais son outil le plus précieux, c’est son audition, au-dessus de la moyenne : ses collègues en savent quelque chose.

"Dans tout le bâtiment, ils savent que je suis là. J'ai parfois des demandes urgentes, parce qu'ils n'arrivent pas à identifier quelque chose. Je peux souvent apporter un élément complémentaire dans l'analyse audio", glisse-t-il avec malice mais humilité. Son acuité auditive lui permet de résoudre bien des équations. "Par exemple, on peut m'apporter deux supports audio et me demander si c'est la même voix. On peut aussi me demander d'identifier le lieu ou le contexte dans lequel l'enregistrement a été fait : dans une gare, un café, etc."

J'ai été l'un des premiers aveugles à être engagé par la police

Le recrutement d'Alain Thonet remonte à 2006. A cette époque, se basant sur une expérience menée aux Pays-Bas et prenant conscience des qualités auditives des personnes malvoyantes, le gouvernement fédéral fait engager six personnes déficientes visuelles à la police fédérale. Aujourd'hui, ils ne sont encore qu'une poignée à y travailler. Mais la police mène une campagne de sensibilisation pour faire savoir que des postes sont disponibles pour les personnes déficientes visuelles, et pas seulement au sein du service de retranscription des écoutes téléphoniques.

Les opportunités d'emploi concernent plusieurs autres postes administratifs, fait savoir la police. Alain Thonet songe à en profiter, même s'il aime sa fonction actuelle. Avec son diplôme en psychologie, "pourquoi ne pas travailler au sein des ressources humaines de la police? C'est tout à fait réalisable..."

 

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