Avec les températures printanières, les grues cendrées sont de retour

Avec les températures printanières, les grues cendrées remontent vers le nord et passent au-dessus de nos têtes, au-dessus de notre pays.

Jean-Yves Paquet, ornithologue et directeur du département Études chez Natagora, était l’invité de Matin Première ce jeudi pour en parler.

Ces oiseaux sont de grande taille, ils ont un plumage gris ardoise et ils sont assez gracieux. Ils ont donc passé l’hiver dans le Sud et commencent leur remontée vers le nord pour aller nidifier.

"Oui, c’est ça. Ils ont hiverné entre l’Espagne et l’Allemagne, sur un axe qui traverse l’Europe en diagonale, et celles qui sont plus au sud, chez nous, vont nous passer au-dessus pour aller nicher et se reproduire autour de la mer Baltique."

Elles ont passé l’hiver plus au sud. Vous avez évoqué l’Allemagne, mais c’est normalement souvent l’Espagne qui est leur pays de prédilection. Mais vous me disiez que la nourriture n’y est plus.

"Elle est en fait toujours là, parce qu’elles vont dans les régions du sud-ouest de l’Espagne, où il y a beaucoup de chênes, et elles vont se nourrir des glands dans ces forêts très claires de chênes. Mais ce qu’elles trouvent en chemin, c’est notamment beaucoup de cultures de maïs.

Depuis plusieurs dizaines d’années, il y a de plus en plus de maïs, qui reste un peu en hiver — il en reste toujours après la récolte et elles en profitent. Et elles ont maintenant pris l’habitude, pour une partie d’entre elles en tout cas, d’hiverner de plus en plus près de chez nous, notamment en France, près du lac du Der ou dans les Landes."

Elles ont donc déjà leur nourriture à portée de main. Si je vous comprends bien, il ne faut pas aller jusqu’en Espagne pour avoir leur nourriture, elles peuvent profiter du maïs qui reste dans certains champs. On parlait de leur vol qui est assez particulier, parce qu’elles forment souvent un V ou un Y, c’est ça ?

"Oui. En migration, quand elles doivent faire de longues distances, pour économiser de l’énergie, elles font comme les cyclistes, elles se mettent en rang et elles se relaient en tête de rang. On voit donc souvent des formations en V ou en W quand il y en a beaucoup. Mais c’est aussi caractéristique de voir qu’elles profitent des thermiques, de l’air chaud, pour prendre de l’altitude en cerclant, puis elles vont poursuivre leur vol tout droit. Et là, elles prennent la formation en V."

Profiter du sillage. Est-ce qu’il y a un meneur ou une meneuse ?

"Non, elles se relaient, vraiment comme les cyclistes. La plupart des adultes savent déjà où aller, donc elles suivent les éléments du paysage et elles ont une direction bien précise."

Et elles communiquent aussi par leur cri particulier qu’on a entendu.

"Oui, tout à fait. Il y a beaucoup d’oiseaux migrateurs dont on n’entend pas le cri parce qu’il est plus discret, mais les grues ont un cri très sonore. On les entend donc souvent avant de les voir."

Elles font escale chez nous, principalement dans l’est du pays, mais elles ne passent pas l’hiver ?

"Non, c’est très rare. Il y en a peut-être quelques-unes qui passent l’hiver, mais en général, on n’est vraiment que survolé à l’aller et au retour par ces grues. De temps en temps, elles passent la nuit sur le plateau des Hautes-Fagnes ou dans la vallée de la Semois par exemple, mais c’est plutôt rare. Chez nous, elles ne font que passer."

Est-ce que ce mouvement de migration a évolué ? Est-ce qu’il s’est modifié ces dernières années, avec notamment le changement climatique ?

"Il y a deux choses. D’une part, il y a de plus en plus de grues sur notre axe de migration. On estime qu’il y a, je pense, entre 200.000 et 300.000 grues sur la partie ouest de l’Europe. On en voit donc plus souvent qu’avant tout simplement parce qu’il y en a plus. Et aussi, comme elles hivernent plus près, elles passent aussi plus tôt chez nous. Maintenant, on voit effectivement les grues plutôt en février ou au printemps, alors qu’avant il fallait attendre le mois de mars pour voir le grand passage."

Ce week-end, avec des températures printanières que Denis Collard nous annonçait, je suppose que c’est un bon moment pour leur envol ?

"Oui, il y a déjà eu un gros passage dimanche, mais on sait qu’il y a des dizaines de milliers de grues qui ont décollé d’Espagne et qui remontent vers chez nous. La Belgique est à l’ouest du couloir, donc il faudrait idéalement qu’il y ait une petite composante est dans le vent pour en voir beaucoup. Mais on va en voir dans l’est de la Belgique, c’est sûr."

Il faut donc ouvrir les yeux et surtout les oreilles, puisqu’elles ont un cri particulier. Dernière question : la Belgique est-elle un axe, un couloir pour d’autres espèces migratoires ?

"Oui, il y a quand même pas mal d’espèces. Comme on est un peu au cœur de l’Europe, certaines espèces longent plus les côtes, ce qui n’est pas le cas de la grue. Mais on a aussi énormément de pigeons ramiers qui survolent la vallée de la Meuse, par exemple, en automne. Donc oui, on est une région de migration."

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