Avec le réchauffement climatique, des arbres plus petits et des forêts plus jeunes... Et ce n'est pas une bonne nouvelle

La forêt primaire de Bielowieza en Pologne, un des derniers exemples en Europe (Photo lden)
La forêt primaire de Bielowieza en Pologne, un des derniers exemples en Europe (Photo lden) - © Tous droits réservés

C’est un paradoxe qui risque de nous coûter cher à l’avenir. L’augmentation des températures et des niveaux de CO2 dans l’atmosphère ne favorise pas du tout la croissance de nos forêts, que du contraire. Elle augmente le nombre des maladies, d’incendies, des sécheresses et des tempêtes.

Une étude de chercheurs du Pacific Northwest National Laboratory (Etats-Unis) révèle que tous ces phénomènes rattachés au réchauffement climatique en cours ont conduit, au cours du siècle écoulé, à une baisse spectaculaire de l'âge et de la stature des forêts du monde.

La déforestation se poursuit inexorablement: 150% de taux de déforestation au Brésil cette année

Alain Peeters est écologue et professeur en Agronomie à l’UCLouvain. Ce constat ne l’étonne pas du tout. Il renchérit même : "Les forêts se portent mal à l’échelle du monde parce qu’elles font l’objet de diverses pressions, ce sont notamment les pressions démographiques. On détruit les forêts pour augmenter l’espace dévolu aux hommes. Les forêts primaires ont pratiquement disparu. Nous remarquons cette année au Brésil un taux de déforestation de plus de 150% ! Par ailleurs, nous observons une extension des monocultures notamment de soja ou d’huile de palme sous les tropiques qui se substituent aux forêts traditionnelles sans en avoir la biodiversité".

La forêt stressée par le réchauffement climatique

Les chercheurs du Pacific Northwest National Laboratory, eux, expliquent qu'alors que des niveaux de CO2 plus élevés dans l’atmosphère pourraient laisser espérer une augmentation du taux de croissance des arbres, la plupart des forêts sont confrontées à des limitations en nutriments et en eau qui les empêchent de prospérer. Les températures qui montent limitent quant à elles la photosynthèse, la croissance et la régénération de la forêt tout en élevant la mortalité des arbres.

Pour Alain Peeters, le réchauffement climatique et les périodes de plus en plus longues de sécheresse en Europe stressent les forêts, les grands arbres en particulier. Et quand un arbre est stressé, il se fait attaquer par des insectes et des maladies. "C’est très clairement le cas du hêtre et de l’épicéa dévasté par les scolytes. Un phénomène identique ravage les grandes forêts boréales du Canada et de Russie", nous explique-t-il

Après les feux de forêt, les arbres ne poussent plus du tout ou plus lentement

L’exemple le plus récent, ce sont les incendies en Australie en janvier dernier. Mais, souvenez-vous l’été dernier, des incendies qui touchaient la Californie, la Scandinavie et la Sibérie. Ils sont une des conséquences immédiates des changements climatiques. L’extrême sécheresse de ces forêts déclenche des incendies dévastateurs. Ce phénomène va s’accentuer et va accélérer la déforestation. Des études ont déjà montré que les feux de forêt pourraient être de plus en plus fréquents. Et après un incendie, les arbres poussent plus lentement. Ou ne poussent plus du tout.

"Cette tendance est appelée à se poursuivre, déclare Nate McDowell, chercheur du Pacific Northwest National Laboratory, et une planète avec moins de grandes et vieilles forêts sera très différente de celle à laquelle nous sommes habitués. Les forêts anciennes abritent souvent une biodiversité bien plus importante que les forêts plus jeunes et elles stockent plus de carbone".

Alain Peeters observe, de son côté que dans les forêts traditionnelles, les arbres établissent des symbioses avec des champignons mycorhiziens qui les aident à capter de l’eau. En échange, l’arbre nourrit le champignon pour le remercier. Mais dans les plantations de résineux exotiques, par exemple, il y a beaucoup moins de mycorhize qui leur correspondent. Résultat, les résineux stockent moins d’eau et s’assèchent plus vite.

A l'avenir, plus de forêts biodiversifiées

Longtemps l’une des meilleures blagues belges, c’était la pluie. Aujourd’hui, la Belgique est devenue une terre dite "à risque" de stress hydrique, soit de pénurie d’eau. Et ce ne sont pas les quelques averses tombées sur le pays qui vont changer ce phénomène général.

À mesure que les hivers se réchauffent et que les étés s’assèchent, la terre souffre, de plus en plus. Selon Alain Peeters, nous pouvons améliorer le sol de telle façon que le drainage soit meilleur en hiver et que l’eau soit mieux maintenue l’été dans l’ecosystème.

Alain Peeters préconise à l’avenir, des forêts plus résilientes aux changements climatiques. Il insiste : "Les monocultures devraient être abandonnées au profit de forêts biodiversifiées, selon le bon principe ‘on ne met pas tous ses œufs dans le même panier’ pour mieux résister au réchauffement climatique. Nous pouvons imaginer aussi des migrations assistées d’espèces d’arbre du sud vers le Nord en choisissant bien les espèces. Désormais il faut avoir une sylviculture extrêmement respectueuse des sols".

 

Sujet d'archive du Journal télévisé: les forêts de demain

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