Avec le coronavirus, les Belges ont perdu de l'espérance de vie, et ce dans toutes les classes sociales

L’impact du Covid-19 sur la mortalité des habitants du pays et sur leur espérance de vie ne laisse non seulement aucun doute mais il est, de plus, conséquent. La pandémie a ainsi provoqué une surmortalité de 17% l’année passée, si l’on compare les chiffres de 2020 avec la moyenne quotidienne des décès sur la période entre 2016 et 2019.

Parallèlement, l’espérance de vie a chuté d’un an alors qu’elle ne cessait de croître chaque année de 2 voire 3 mois. De surcroît, ces données ne sont pas homogènes partout en Belgique, Bruxelles apparaissant comme le territoire le plus touché par le Covid-19.

La surmortalité s’est envolée (+17%)

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Source STATBEL, traitement par le Centre de recherche en démographie de l’UCLouvain © Bertrand Massart – RTBF

La Belgique a comptabilisé 127.134 décès l’année passée, soit 18.000 de plus qu’en 2019 (+17%). Ces données reprennent toutes les causes de mortalité, pas uniquement le Covid-19. Si l’on observe le nombre moyen quotidien de morts en 2020, trois pics se dégagent clairement : un premier, très élevé, en mars-avril 2020 correspondant à la première vague, un deuxième, plus petit, en août en lien avec la canicule et, enfin, un troisième en novembre, élevé aussi, lié à la deuxième vague de l’épidémie de coronavirus (cf. graphique).

Trois pics de décès en 2020

Thierry Eggerickx, maître de recherches au FNRS et professeur en démographie à l’UCLouvain, a coécrit un rapport sur la surmortalité liée au Covid-19 en Belgique, pour la période allant du début de la pandémie à la fin août 2020. Il publiera un deuxième rapport en juin, reprenant les chiffres jusqu’aux dernières données disponibles.

En voici déjà quelques éléments : il en ressort qu’en 2020, les pics de surmortalité se sont produits lors des deux premières vagues de Covid-19 et de la canicule du mois d’août. Cette combinaison permet d’affirmer que la surmortalité constatée l’année passée est majoritairement liée au Covid-19, et dans une moindre mesure à la période caniculaire de l’été dernier.

Si l’on zoome non pas sur l’ensemble de 2020 mais sur les deux vagues de la pandémie, on constate 40% de décès supplémentaires lors de la première vague (mars-avril 2020) et 36% en plus lors de la deuxième vague (novembre).


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Le Covid a réduit notre espérance de vie

"Un autre élément important", précise le démographe Thierry Eggerickx, "c’est l’impact sur l’espérance de vie. En situation normale, avant le Covid-19, on gagnait 2 à 3 mois d’espérance de vie chaque année. L’année passée, nous avons perdu un an d’espérance de vie. C’est énorme et même inédit depuis la deuxième guerre mondiale même si ce n’est pas exclusivement lié au coronavirus. Clairement, on peut y voir les effets directs et indirects du Covid (principalement, ndlr) et de la canicule."

Habituellement, les chiffres de la mortalité permettent d’établir des liens entre les conditions socio-économiques, l’espérance de vie et la mortalité. Ce n’est pas le cas de la même manière avec le Covid-19.

Covid et différences socio-économiques

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Source STATBEL, traitement par le Centre de recherche en démographie de l’UCLouvain © Bertrand Massart – RTBF

Ainsi, en situation "normale", les hommes issus d’une population favorisée vivent 10 ans de plus en moyenne que ceux issus d’une population défavorisée (analyse des données sur la période 2011-2016).

Les femmes favorisées vivent, elles, 7 ans de plus. "Les chiffres que nous venons de traiter (surmortalité en 2020, ndlr) et qui sont en cours de validation montrent au contraire que l’espérance de vie a diminué en 2020", poursuit Thierry Eggerickx, "quel que soit le groupe social, même si les plus défavorisés sont touchés de manière plus intense."

Ces données mettent en évidence la réalité de la crise et ce n’est pas anodin. Il s’agit de la principale crise sanitaire depuis la deuxième guerre mondiale. "Jamais la mort et les inégalités sociales face à la mort n’auront autant été mises en avant ces dernières années. Dans ce sens, l’épidémie est un révélateur de l’évolution de notre société."

Avec le recul, force est de constater que le comptage des morts du Covid en Belgique, un temps décrié, aura été le bon puisqu’il "colle" à la réalité des chiffres consolidés, selon Thierry Eggerickx. Ce comptage est large et comprend, non seulement les cas de Covid-19 certifiés mais aussi les cas suspects (à l’hôpital, à domicile et dans les maisons de repos).

Surmortalité plus importante à Bruxelles

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Source STATBEL, traitement par le Centre de recherche en démographie de l’UCLouvain © Bertrand Massart – RTBF

Autre constatation de l’épidémie sur la démographie belge : le virus n’a pas touché les trois régions du pays de la même manière puisque la baisse de l’espérance de vie touche davantage les habitants de la Région de Bruxelles-Capitale, ensuite de Wallonie et enfin de Flandre.

Les causes sont à aller chercher notamment du côté de la densité de la population, de l’accès aux soins de santé et d’un risque de pauvreté plus élevé à Bruxelles que dans les deux autres régions.

Un effet de moisson chez les plus de 85 ans ?

Enfin, cette observation étonnante : la sous-mortalité observée entre le 17 janvier et le 4 avril, en comparaison aux années antérieures et un retour à une situation "habituelle" depuis le 5 avril. Pour le démographe de l’ULB, Jean-Michel Decroly, "On peut parler d’un effet de moisson avant que la vaccination se généralise ce printemps."

Qu’est-ce qu’un effet de moisson ? On considère que la mortalité liée à un phénomène extraordinaire comme une épidémie affecte les plus fragiles qui seraient morts de toute façon un peu plus tard (effet d’anticipation).


Lire aussi : Malgré plus de 1500 décès du Covid, pas de surmortalité observée en Belgique en 2021 : comment l’expliquer ?


Cet épisode de surmortalité est suivi d’un épisode de sous-mortalité parce que les individus qui auraient dû mourir à ce moment-là… le sont déjà.

Surmortalité en Belgique: Conférence de presse Sciensano du 04/11/2020

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