Avec la pandémie, certains diplômés choisissent de faire des études supplémentaires ou un doctorat

Depuis plus d’un an, la pandémie a changé notre quotidien, y compris celui des étudiants. Cours à distance, manque de contacts sociaux, incertitudes professionnelles, … Certains diplômés et futurs diplômés se sont remis en question.

Sandra*, étudiante en dernière année à l’UCLouvain, a vu son projet s’évaporer à cause du covid. Elle devait partir en Russie avec une organisation mais le voyage a été suspendu. Elle a dû revoir ses plans : "Je n’avais pas envie de prévoir de partir ailleurs à cause du covid. Je pensais donc travailler mais mon stage s’est mal passé, tout était en distanciel et je n’ai eu aucun contact humain. Je me suis dit, si c’est ça le monde du travail à l’heure actuelle, je n’ai pas envie de rentrer là-dedans".

Elle a donc décidé de poursuivre ses études. "J’étais bloquée parce que je ne voulais pas non plus ne rien faire et puis, l’incertitude est totale. J’avais besoin de quelque chose de sécurisant, où j’avais toutes les cartes en main quoi qu’il arrive. Du coup j’ai décidé de faire un master de spécialisation en un an. Tous mes projets pourront se faire après".

Cela lui permet également de refaire un stage. "C’est un peu une deuxième chance, cela me permettra de refaire des choses dont le coronavirus m’a privée, aussi au niveau de la socialisation. C’est vraiment le covid qui m’a poussée à faire ça, sinon je ne l’aurais pas fait. D’autant plus qu’on m’avait refusé des stages aussi, on me disait qu’on ne prenait pas de stagiaires avec le covid".

L’occasion de choisir la bonne voie

Pour certains, la peur de ne pas décrocher un emploi a joué un rôle. C’est le cas de cette étudiante, qui a été diplômée l’année passée : "Quand la pandémie est arrivée, je rendais mon mémoire et je me suis dit, vu la situation actuelle, que j’allais sûrement ne pas avoir de boulot. On parlait beaucoup de chômage et j’avais aussi ce sentiment de ne pas encore être assez mature pour aller sur le marché du travail".

Elle a choisi de débuter en septembre dernier un master qui la tentait depuis longtemps. "J’ai toujours voulu faire ces études mais pour des raisons x ou y, je n’avais pas pu les faire avant cette année. Je me suis dit de poursuivre mon rêve, d’y aller, car de toute façon cette année serait pourrie".


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Mélissa, étudiante en communication, a également terminé ses études l’année dernière. N’ayant pas envie de rentrer dans la vie active, elle comptait voyager. "Je me suis dit que j’allais repousser, aussi pour que ça en vaille la peine. J’ai donc regardé si des études complémentaires me tentaient. Je suis tombée sur un master qui me plaisait et qui se déroulait en un an. Cela m’arrangeait car deux ans, cela allait être long. Je me suis dit que, dans un an, le covid serait sûrement fini".

Il y a du bon dans le fait de rester étudiant un an de plus.

Pour elle, c’était l’occasion de réfléchir à ce qu’elle souhaitait vraiment. "Mes études sont larges et c’était parfait ce master, je voulais travailler dans ce domaine. J’ai également fait un stage en même temps. Je voulais vraiment profiter de cette année pour me donner des outils et remplir un peu mon CV. Je fais également de la photographie et j’avais le temps d’en faire. Cela m’a permis de creuser cet aspect-là et maintenant, j’hésite même à faire ça en activité complémentaire. Il y a donc du bon dans le fait de rester étudiant un an de plus et moi ça m’a vraiment apporté du temps pour réfléchir et faire les choses que j’aime bien".


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L’envie de suivre un "vrai" master

Beaucoup n’ont pas eu l’impression de profiter pleinement de leurs dernières années dans le supérieur. C’est pour cette raison qu’Adelaïde, étudiante en ingénieur de gestion, a décidé d’entreprendre de nouvelles études alors qu’elle se voyait travailler directement. "J’ai envie de vivre encore une ou deux années d’insouciance et où je peux découvrir de nouvelles choses, faire de nouvelles expériences, telles que j’aurais pu en faire".

Elle a la sensation que la pandémie l’a privée d’une grande partie de sa vie étudiante. "J’ai l’impression d’avoir été propulsée au rang d’adulte en mars 2020 avec le confinement. On nous a demandé de rester avec nos familles et de protéger nos aînés. On nous a fait suivre des cours en ligne et à l’heure actuelle, je n’ai toujours pas eu un seul cours en présentiel. J’ai accepté de suivre ces mesures car j’en comprenais la nécessité. Mais pour des jeunes d’une vingtaine d’années, un an c’est beaucoup".

Au final, cela me permet d’acquérir un diplôme en plus.

Elle n’a pas non plus envie d’être à nouveau derrière un écran en télétravail. "Je me dis qu’attendre me permettra peut-être de découvrir le monde du travail 'normal'. Puis, chercher un travail dans ces circonstances, cela ne m’encourage pas vraiment. Au final, cela me permet d’acquérir un diplôme en plus. J’ai la chance de n’avoir jamais raté une année et d’avoir des parents prêts à financer deux années supplémentaires".

Le choix du doctorat

Amelia*, étudiante à l’UCLouvain, souhaitait elle aussi profiter de son master. Elle a finalement opté pour le doctorat. "Je voulais continuer mes études, pour faire un 'vrai' master et car je n’avais pas non plus envie de travailler tout de suite. En même temps, le covid a accéléré le fait que je n’en pouvais plus des examens, etc. Je n’ai plus le courage de recommencer un master. Je vais donc faire un doctorat parce que je suis intéressée par la recherche. C’est une sorte de compromis entre poursuivre les études et commencer à travailler".


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C’est aussi la situation actuelle qui a fait pencher la balance du côté du doctorat pour Odile*, qui termine l’ingénierie civile en informatique. "Cela a influencé mon choix, c’était un facteur parmi plusieurs qui me faisaient hésiter. Pouvoir profiter de Louvain-la-Neuve 'déconfinée', ne pas devoir commencer dans une nouvelle boîte en faisant 100% de télétravail, cela a joué. Ce n’est pas la crainte de ne pas avoir d’emploi car j’ai la chance d’étudier dans un domaine demandé par les entreprises".

L’opportunité de réaliser son Erasmus

Pour les étudiants qui désiraient partir en Erasmus, la situation n’a pas été simple non plus. Entre reports multiples, annulations et suivi du programme à distance, il a fallu s’organiser. Pour Anne*, la solution a été de prolonger son master.

"Je devais partir en juillet 2020 en Colombie pour un Erasmus de 6 mois mais j’ai dû le repousser au deuxième quadrimestre, je devais donc partir de janvier à juin 2021. Mais mon Erasmus était à nouveau compromis et ma faculté m’a proposé plusieurs choix. J’ai choisi de le déplacer au premier quadrimestre de l’année qui arrive, et donc de prolonger mon master de 6 mois, car je voulais me donner toutes les chances de partir en Colombie. C’était ma destination de rêve et j’avais travaillé pour". Les destinations leur sont en effet assignées sur base de leurs points aux examens.

Je n’en pouvais plus de vivre avec cette incertitude.

Elle a toutefois dû changer de pays. "En mars, j’ai su que mon Erasmus en Colombie était annulé. J’étais déçue mais j’ai pu choisir une nouvelle destination qui me convenait. J’ai finalement pris l’Espagne. On m’a proposé le Pérou ou le Chili mais je n’en pouvais plus de vivre avec cette incertitude. J’ai su que les Erasmus en Europe étaient dans tous les cas maintenus, même s’il y avait une nouvelle vague de covid, alors que hors Europe, non. Au final, avec l’Espagne, je me suis directement sentie soulagée".

Elle effectuera donc son Erasmus après avoir rendu son mémoire cet été. Une seconde chance pour accomplir son projet.

*Ces prénoms sont des noms d’emprunt.

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