Avec Blockbuster, le cinéma invite le théâtre à la révolte

Un spectacle à la rencontre du cinéma et du théâtre.
2 images
Un spectacle à la rencontre du cinéma et du théâtre. - © Tous droits réservés

Les yeux basculent frénétiquement de la scène à l'écran. Face au déferlement d'images et de sons, le spectateur alterne rire révolté et parfois larmes de jouissance. Depuis plusieurs mois, Blockbuster fait salle comble dans tous les théâtres de Wallonie, de Bruxelles et de France. Une seule séance par jour, celle de 20h30, pop-corn interdit et une flopée de stars: Michael Douglas en magnat financier, Julia Roberts en journaliste révoltée ou Brad Pitt en travailleur qui a du mal à joindre les deux bouts. 

Blockbuster, c'est la rencontre improbable entre Hollywood, son industrie de masse, et une performance théâtrale: "C'est un mash-up. On découpe des morceaux des plus grands films, les blockbusters américains, et on détourne ces séquences (1400 plans tout de même) pour recréer un montage, une toute nouvelle histoire, projetée sur l'écran sauf que les comédiens et les musiciens sur scène rejouent tout: la musique, les dialogues en doublage, les bruitages", décrit Baptise Isaia, acteur et membre du Collectif Mensuel.

Réglé comme du papier à musique 

Un travail préparatoire gigantesque. Des heures à "mater" des films. Compulsif. Une idée de départ, d'histoire et la recherche sans fin des bonnes séquences dans des dizaines de films hollywoodiens: "Nous savions ce que nous recherchions. Alors on regardait tout en accéléré, parfois juste pour quelques secondes où on peut juste apercevoir un verre de whisky servi", explique Renaud Riga, l'une des (nombreuses) voix du film. 

Une fois le scénario et le montage ficelés, restait encore à recréer toute l'ambiance sonore. Une véritable gageure: "Ce n'est pas comme un spectacle classique où les petites erreurs sont tolérées ou même rapidement rattrapées. Ici, il faut suivre le film, c'et lui qui dirige et qui nous impose une précision permanente, explique Sandrine Bergot, la voix féminine de Blockbuster. Nous avons appris avec des professionnels à réaliser le doublage des dialogues, puis à coordonner nos voix tout en réalisant les bruitages".

Rire et réfléchir

Le résultat? Un film (une pièce? Cela reste difficile à dire) corrosif qui selon ses auteurs, vise à dénoncer la toute puissance de la finance, la soumission des hommes et femmes politiques face aux multinationales: "A quoi cela sert-il de faire du théâtre si ce n'est pour faire passer un message?, justifie Renaud Riga. Le détournement de ces films, symboles de la culture du spectacle, de la culture de masse, nous faisait rire. Surtout pour montrer les changements d'un monde qui évolue, souvent vers le pire... Le but, c'est de conscientiser et de faire réfléchir à la possibilité de faire changer les choses mais différemment de ce qui est imposé par la pensée dominante... véhiculée justement en partie par Hollywood".

A la sortie, un public marqué. Touché mais aussi parfois choqué par la violence du spectacle, du discours. Mais un sentiment unanime tout de même: celui d'avoir vu une performance qui sort de l'ordinaire.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

Recevoir