Aux manifestants anti-racistes de dimanche : "Respectez strictement les gestes barrières et soyez attentifs aux symptômes du coronavirus"

Le rassemblement anti-raciste de dimanche à Bruxelles risque-t-il d’aggraver l’épidémie de coronavirus en Belgique ? Interrogé par la RTBF, l’épidémiologiste Marius Gilbert (ULB) confirme qu’il "y a un risque, mais qui n’est pas lié qu’à cet événement. Il y a une série d’activités qui reprennent ce lundi. Mais, de façon plus générale, je pense que tout l’enjeu de ce déconfinement jusqu’à présent n’a jamais été d’être un risque zéro. On cherche toujours à équilibrer un risque sanitaire avec la reprise d’un certain nombre d’activités. Il y a des gens qui reprennent le métro ou le train sans distance sociale. Ils portent des masques. Je pense que l’exercice de valeurs démocratiques fondamentales en fait partie. C’est un événement qui se déroulait à l’extérieur, avec masques, de ce point de vue c’est bien".

Le virologue Emmanuel André, ancien porte-parole interfédéral de la lutte contre le Covid-19, demande via Twitter aux manifestants "de respecter strictement les gestes barrières pendant 15 jours".

Pour Marius Gilbert, "comme l’a suggéré Emmanuel André, le plus important c’est que, pour les personnes qui y ont participé, qu’ils soient très attentifs à leurs symptômes dans les jours qui viennent. Cela permettrait de limiter un peu l’impact sanitaire de cet événement".

Quant à la question de savoir s’il fallait ou non autoriser la manifestation, Marius Gilbert explique : "Le bourgmestre a pris ses responsabilités. Cela va à l’encontre de la recommandation qui avait été faite d’éviter les grands groupes. Je pense que le moment d’émotion était important et que cela n’aurait pas eu de sens de faire cela dans trois semaines, au moment où cela aurait été permis".


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Marius Gilbert "comprend très bien" que certains aient été choqués de voir une foule de 10.000 manifestants rassemblés, alors que le citoyen doit limiter ses contacts à une dizaine de personnes, et que les sorties au restaurant sont limitées à 10 personnes. "Mais il y a quand même une forte différence lorsqu’on est à l’intérieur et sans masque, il y a une série de barrières en moins".

"C’est toujours un arbitrage extrêmement délicat : selon les contextes, selon les endroits et selon les nécessités, on a inévitablement des règles à géométrie variable. En fait ce qu’on autorise dans les restaurants, on ne l’autorise pas dans les transports en commun par exemple. Donc forcément, les règles ne sont pas identiques partout", poursuit-il.

"Je pense qu’il ne faut pas toujours s’emparer d’arguments sanitaires pour en faire des questions politiques". Le fait d’autoriser ou non une telle manifestation "est évidemment une question éminemment politique, plus qu’une question sanitaire. La recommandation d’éviter les grands groupes en toujours en cours. Et le rassemblement de dimanche allait à l’encontre de cela. Mais il faut quand même admettre que du point de vue des valeurs démocratiques il y avait un événement exceptionnel par rapport à ce rassemblement", conclut-il.

Tous les virologues ne condamnent pas la manifestation

"Cela aurait été mortel il y a deux mois. Aujourd’hui, nous pouvons nous permettre davantage de choses, mais certainement pas 10.000 personnes. Il y aura certainement des gens malades à la suite de ces événements", a ainsi déclaré le virologue Marc Van Ranst au Morgen. "Il est également très ennuyeux que je doive encore expliquer qu’un barbecue avec onze personnes dans votre jardin n’est pas autorisé, alors qu’il y avait 10.000 personnes à Bruxelles", a-t-il ajouté.

"C’était un très grand risque. Je regrette que tant de gens se soient rassemblés. Épistémologiquement, nous ne sommes pas prêts", a de son côté souligné Erika Vlieghe, la présidente du GEES, le groupe d’experts qui préside au déconfinement du pays.

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