Auschwitz: un projet de ville modèle que les nazis n'ont jamais pu finaliser

Auschwitz n'est pas seulement le symbole de la Shoah, c'est aussi une surprenante histoire de colonisation et d'industrie.
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Auschwitz n'est pas seulement le symbole de la Shoah, c'est aussi une surprenante histoire de colonisation et d'industrie. - © C. Biourge - RTBF

Quand on parle ou entend le mot Auschwitz, une seule image nous vient en tête, celle d’un camp de concentration et d’extermination nazi. Or, Auschwitz n’est pas seulement le symbole de la Shoah, c’est aussi une surprenante histoire de colonisation et d’industrie. C’est ce qu’a voulu mettre en évidence Kaserne Dossin à Malines au travers d’une exposition temporaire: Auschwitz. camp.

"L’idée ici est de montrer Auschwitz dans toute son envergure. Parce que, évidemment, on connaît l’histoire concentrationnaire, beaucoup de gens pensent que le centre de mise à mort est situé à Auschwitz même, alors qu’il se trouve à Birkenau ; beaucoup de gens ont l’image symbolique de l’entrée du camp avec 'Arbeit macht frei' comme on l’a repris ici, et aussi les rails qui rentrent à l’intérieur du camp de concentration de Birkenau", explique Laurence Schram, historienne à la Kaserne Dossin.

"Auschwitz est une histoire compliquée"

"Cette exposition permet de visualiser géographiquement l’ampleur du projet nazi, mais aussi de pouvoir visionner où se trouve chacun des éléments. Car Auschwitz est une histoire compliquée : c’est un endroit où il y a, à la fois, un centre de mise à mort et plusieurs camps de concentration puisqu’on a plusieurs dizaines de commandos qui dépendant d’Auschwitz, donc de camps annexes. Et Birkenau est le camp des femmes, le camp des Tziganes, mais aussi, en dehors de ça, en périphérie du lieu, nous avons les chambres à gaz crématoires et les deux petites chambres à gaz, Bunker 1 et Bunker 2, qui font, elles, partie intégrante du centre de mise à mort", poursuit-elle.

Au centre de cette exposition figure une grande maquette, l’œuvre centrale :

"On montre le développement géographique du projet. À ma connaissance, il n’y a pas d’autres expos qui ont fait ce genre de chose. De permettre aux gens de clairement localiser les lieux, de comprendre l’imbrication entre cette histoire d’extermination et d’exploitation jusqu’à la mort d’une main-d’œuvre qui ne coûte rien", ajoute l’historienne.

De 1940 à 1944, les nazis ont donc essayé de créer une grande ville modèle avec une énorme zone industrielle et le développement d’une zone agricole et de fermes. Le contraste entre les vues aériennes des deux époques est d’ailleurs surprenant :

Un projet que les nazis n’ont finalement jamais pu finaliser. À peine les constructions terminées, ils ont été chassés par les troupes soviétiques.

Des photos inédites

Cette exposition, c’est aussi l’occasion d’observer une certaine dualité grâce à des clichés inédits d’une époque où il était interdit de prendre des photos dans les camps de détention et d’extermination. Des clichés extraits de l’album de l’officier SS Höcker qui mettent en parallèle le calvaire de ces prisonniers tandis que les gardes du camp profitent d’une vie insouciante : "Vous avez toujours des parallèles entre les photos de la vie quotidienne des SS qui finalement vivent en personne normale entre guillemets, qui profitent de la vie, vont en pique-nique, jouent de la musique, ils vont bronzer dans la campagne autour du camp… et cela ne les empêche pas, à côté de cela, de faire un métier tout à fait abominable".

Une petite exposition, sans prétention, qui devrait certainement permettre aux visiteurs de découvrir Auschwitz sous un autre jour comme le précise Laurence Schram : "Cela permet aux visiteurs qui iraient à cet endroit de mieux se situer dans le contexte historique global de la région, du camp et de cette politique de colonisation générale".

Cette exposition temporaire se tient jusqu’au 25 juin au Kaserne Dossin à Malines.

Rappelons que la Caserne Dossin a servi pendant la Deuxième Guerre mondiale de camp de déportation vers Auschwitz. Aujourd’hui, une partie de cette caserne a été transformée en musée et mémorial et porte le nom de Kaserne Dossin.

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