Aura-t-on la 5G en Belgique avant la fin de l'année?

Aura-t-on la 5G en Belgique avant la fin de l’année ?
Aura-t-on la 5G en Belgique avant la fin de l’année ? - © FABRICE COFFRINI - AFP

Une centaine de personnes ont manifesté samedi après-midi, place de l'Albertine à Bruxelles, contre le déploiement de la 5G en Belgique, à l'initiative du collectif stop5G.be. Selon ces derniers, cette technologie fait notamment peser des risques sur la santé publique et les autorités en informent trop peu la population. Un déploiement que soutient pourtant l’Europe. L’Union européenne lançait en septembre 2016 le plan d’action pour la 5G. Ce plan prévoit un calendrier pour le lancement de cette 5e génération des normes de la téléphonie mobile. Cette année, chaque Etat membre devra avoir au moins une grande ville couverte par l’internet mobile ultrarapide qui succédera à la 4G. Dans cinq ans, toutes les zones urbaines et principaux axes de transport devront être équipés de cette technologie. "La 5G apportera une bande passante élevée, une faible latence et un IdO massif (ndlr, Internet des objets), c’est-à-dire la possibilité de connecter énormément d’objets de façon simultanée sur le réseau", explique le porte-parole de Proximus, Haroun Feraux.

Pourtant, nous sommes en 2020 et la Belgique ne semble pas encore prête à accueillir cette nouvelle technologie. Notre pays est encore loin des pays comme la Chine, le Japon, les Etats-Unis ou encore la Corée du Sud qui comptait plus de quatre millions d’abonnés 5G fin 2019. En Europe, l’Allemagne et l’Angleterre sont parmi les pays plus avancés. En septembre dernier, l’opérateur allemand Deutsche Telekom a annoncé lancer le réseau 5G dans cinq villes du pays. Au Royaume-Uni, plus d’une dizaine de villes sont couvertes par le réseau 5G. 

Chez nous, "on est bloqué", lance Agoria, la Fédération de l’industrie technologique. Elle défend les opérateurs belges. "L’ensemble des opérateurs est prêt. On a fait des tests", confirme Haroun Fénaux, porte-parole de Proximus. Mais certains aspects bloquent encore le développement de la technologie. "On est tous dépendants de ce qui va se passer au niveau fédéral et régional également", surenchérit Coralie Miserque, porte-parole de Telenet.

Problème N°1 : la mise aux enchères des bandes de fréquence

Le problème est double en Belgique. Le premier point de blocage, c’est la mise aux enchères des bandes de fréquence auprès des différents opérateurs intéressés. "Le montant cumulé de ce qui sera mis en vente atteint un prix de départ de 800 millions d’euros", explique Michel Van Bellinghen, directeur de l’Institut belge des services postaux et des télécommunications (IBPT). Cette compétence est liée au gouvernement fédéral. La mise aux enchères avait été discutée au sein du gouvernement Michel, une position avait été arrêtée par l’exécutif sur les différents paramètres à mettre en place, mais au final, rien n’avait avancé.

Depuis, le gouvernement est tombé, il y a eu les élections fédérales. Aujourd’hui, avec un gouvernement en affaires courantes, les choses sont bloquées. "On espère un gouvernement rapidement ", martèle Floriane de Kerchove, experte en Télécom auprès d’Agoria.

Problème N°2 : les normes d’émission des antennes

Il y a donc peu de chance qu’une ville belge soit équipée d’un réseau 5G avant la fin de l’année 2020. La Belgique risque ainsi de ne pas répondre aux attentes européennes. D’autant qu’il existe un deuxième point de blocage. "Les normes ne sont pas les mêmes d’une région à l’autre. A Bruxelles par exemple, les normes d’émissions sont plus strictes. Avec la 4G, on sature déjà dans la capitale", explique Coralie Miserque, porte-parole de Base/Telenet. C’est donc une compétence régionale. "Nous sommes en discussion avec les régions, confirme Agoria. Du côté flamand, c’est plus facile, ils sont plus ouverts par rapport à un certain changement. Du côté wallon et bruxellois, ils veulent avancer, c’est dans les accords de gouvernement, mais ils sont plus prudents".

D’après la Fédération de l’industrie technologique, les normes d’émission sont quatre fois plus strictes en Flandre, un peu plus encore en Wallonie et 50 fois plus strictes à Bruxelles que les normes recommandées par l’Organisation Mondiale de la Santé. "On ne peut pas déployer la 5G avec ces normes, elles sont trop basses", poursuit Floriane de Kerchove.

La Belgique à la traîne

Pour Agoria, certaines industries belges perdent du terrain par rapport à leurs concurrents étrangers. La moitié des entreprises manufacturières industrielles de notre pays estiment que la 5G pourrait permettre d’organiser la production de manière plus efficace et flexible, indique la Fédération. L'opérateur Orange demande de passer à la vitesse supérieure. "Il est capital d'avancer sur ce dossier pour éviter de miner la compétitivité de nos entreprises", indique le porte-parole, Younes Al Bouchouari. Même discours du côté du ministre en charge des télécommunications, Philippe De Backer (Open VLD): "Nous risquons de prendre un sérieux retard. Cela aura un impact négatif sur notre croissance économique et sur l'emploi." Cette mise aux enchères des bandes de fréquence prendrait environ dix mois. "Après, il y a encore les demandes de permis d’urbanisme et d’environnement pour les antennes", conclut l’experte télécoms. "On risque d’être à la traîne ", ajoute l’un des opérateurs belges.

En attendant des décisions définitives qui, on l'a compris, prendront du temps, le gouvernement en affaires courantes travaille sur des solutions alternatives. "Étant donné que les délais européens doivent être respectés, un gouvernement d'affaires courantes peut rechercher une solution", explique Philippe De Backer. Nous n'en saurons pas plus. 

Le nord du Pays, plus réceptif à la 5G

La Flandre semble un peu plus ouverte à la 5G. On sait que des villes comme Hasselt, dans le Limbourg, et Hasrode, dans la région de Louvain, sont régulièrement à la pointe de la technologie, mais "qui sera la première ville équipée de la 5G ?, s’interroge la porte-parole de Telenet, cela semble compliqué de le dire. A Bruxelles en tout cas, c’est difficile", conclut-elle. "Aucune ville n'est prête pour la 5G", surenchérit le ministre fédéral.

Orange a par ailleurs déjà testé la 5G en Flandre où les normes d’émissions sont donc moins restrictives. L’opérateur a pu faire des tests dans le Port d’Anvers grâce à des licences spécifiques. "Ce pôle de test est un bon indicateur de la volonté des entreprises actives en Belgique d'exploiter le potentiel économique de la 5G, notamment dans le secteur industriel", souligne Orange. "Aujourd’hui, les opérateurs attendent que ça se fasse, confirme Agoria. Ce qui est compliqué pour eux, c’est l’incertitude du timing. Si au moins, ils connaissaient une date de lancement, ils prépareraient un plan d’investissement car ça prend du temps".

Pas de 5G en 2020

Conclusion: la 5G ne devrait pas arriver en Belgique cette année. "2020 ne sera certainement pas l’année de la 5G, conclut Michel Van Bellinghen de l’IBPT. Ce ne sera pas l’année de la disponibilité de la technologie, mais pas non plus l’année où les enchères pourront être faites." La Commission européenne n’attendra probablement pas. La Belgique pourrait donc être mise en demeure par l’Europe, avant une éventuelle amende. La Belgique est tenue d'octroyer certaines fréquences avant fin juin 2020.

Au niveau technologique cependant, la 5G a encore un peu de temps devant elle. Rares sont les téléphones vendus en Belgique qui sont compatibles avec la 5G. "On en est aux balbutiements", confirme le porte-parole de Proximus.

 

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