Aucune preuve qu’un ancien vice-président de Pfizer ait déclaré que les personnes vaccinées mourraient dans les deux ans

"Mike Yeadon, ancien scientifique en chef de Pfizer, a déclaré qu’il était trop tard pour sauver quiconque à qui a été injecté un vaccin Covid-19." Ce message inquiétant a été largement partagé sur les réseaux sociaux et sur les messageries comme Whatsapp. Aucun élément ne permet de confirmer qu’il ait bien tenu ces propos, et aucun élément n’indique non plus que les personnes vaccinées contre le coronavirus vont décéder à courte échéance en raison de l’injection. Mais ce n’est pas un hasard si le nom de Mike Yeadon est associé à cette supposée déclaration. Il est devenu l’un des "héros" des "coronasceptiques" et des "anti-vaccins".

Le message alarmiste qui circule sur différentes plateformes et dans plusieurs langues indique notamment que : "Immédiatement après avoir reçu la première injection, environ 0,8% des personnes décèdent dans les deux semaines. Les survivants ont une espérance de vie moyenne de 2 ans, mais l’espérance de vie diminue à chaque injection de rappel."


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En fin de message, une autre déclaration prétendue de Michael Yaedon indique : "Des milliards sont déjà condamnés à une mort certaine, immuable et atroce. Chaque personne qui a reçu l’injection mourra sûrement prématurément, et 3 ans est une estimation généreuse de combien de temps ils peuvent espérer rester en vie."

Le message qui circule sur Whatsapp

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Une information inquiétante à propos des vaccines contre le coronavirus, mais sans aucun fondement, circule sur les réseaux sociaux et la messagerie Whatsapp. © Capture d’écran Whatsapp

Après ce message dont le contenu ne se base sur aucun fait scientifique, il y a le lien vers un article publié le 7 avril par le site de Life Site News. Dans cet article, on peut y lire une interview de Michael (Mike) Yeadon. Les propos qui lui sont attribués dans la publication qui circule sur les réseaux ne collent pas avec ceux repris dans l’article mentionné.

Le site Web "Life Site" se décrit comme l’un des pionniers en tant que "premier site Web d’information pro-vie (pro-life en anglais)", ce qui signifie anti-avortement en français. La plateforme se définit également comme un "service Internet à but non lucratif" qui publie des articles sur des thématiques comme la culture, la vie et la famille.

Dès le début de l’article, il est également indiqué que "LifeSiteNews" a été "banni de façon permanente par YouTube". Une recherche nous indique que c’est parce que le site diffusait de façon répétée des vidéos sur YouTube qui répandaient de la désinformation autour du Covid-19 et des vaccins contre ce coronavirus.

Que dit exactement l’article ?

Dans l’interview avec Life Site News qui a été partagé et commenté des dizaines de milliers de fois, l’ancien vice-président de Pfizer Michael Yeadon fait des déclarations qui ne passent pas inaperçues, mais on ne retrouve nulle part les mêmes citations évoquant la mort imminente des personnes vaccinées contre le Covid-19.

L’ancien travailleur de chez Pfizer réfute d’abord les théories indiquant que la vaccination pourrait entraîner l’arrivée de nouveaux variants, comme le suggère le Dr Geert Vanden Bossche et se prononce clairement en opposition avec cette vision des choses.

Plus loin, il réitère certaines de ces déclarations comme celles indiquant que les vaccins contre le coronavirus ne sont pas nécessaires pour les moins de 60 ans ou que la pandémie est fondamentalement terminée (lire plus bas, pour plus d’explications).


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En fin d’article il évoque cependant la thématique des morts liés aux campagnes de vaccinations actuelles et déclare, selon Site News : "Je suis d’avis qu’il est tout à fait possible que cela soit utilisé pour un dépeuplement à grande échelle."

Son raisonnement serait donc le suivant :

"Comme ils ne sont pas nécessaires (ndlr : les vaccins contre le Covid-19), mais qu’ils sont fabriqués dans le secteur pharmaceutique, et que les régulateurs se sont écartés (pas de tests de sécurité), je ne peux qu’en déduire qu’ils seront utilisés à des fins néfastes".

"Par exemple, si quelqu’un souhaitait nuire ou tuer une proportion significative de la population mondiale au cours des prochaines années, les systèmes mis en place en ce moment le permettront".

Des propos chocs (et contestables) mais qui ne collent pas avec les déclarations reprises dans le message qui circule. Les prétendues déclarations reprises dans le message qui circule sur les réseaux ne sont pas présentes dans l’interview mise en lien dans la publication.

Par ailleurs, nous n’avons retrouvé nulle part trace de ces prétendues déclarations sur la "mort imminente" des personnes vaccinées. Nos confrères néerlandophones de Knack et de l’agence de presse DPA qui ont mené l’enquête suite à la publication de messages similaires en néerlandais, non plus.

Il n’y a donc actuellement aucune preuve que Michael Yaedon ait tenu de tels propos.

Des déclarations faussement attribuées à Michael Yaedon

Ce n’est pas la première fois que le nom de Michael Yaedon apparaît dans des publications "coronasceptiques", "anti-vaccins" ou à tendance complotiste.

En décembre dernier, plusieurs médecins et scientifiques, dont Michael Yeadon, lancent une pétition demandant la suspension des études sur les vaccins contre le Covid-19. L’un de leurs arguments : puisqu’une protéine essentielle pour la formation du placenta ressemble à celle du SRAS-CoV-2, les médecins évoquent la possibilité que ces anticorps s’attaquent également à la protéine du placenta, rendant ainsi les femmes infertiles.

Comme l’indiquent nos confrères de Radio Canada, il n’en faut pas moins pour que ce qui est évoqué par ces scientifiques "rassuristes" comme "une possibilité", devienne "un fait" dans de nombreux articles peu fiables relayés sur les réseaux.

La supposition sans preuve scientifique s’est répandue comme une traînée de poudre et a fait tache d’huile. La conviction que la vaccination contre le coronavirus engendrerait l’infertilité est d’ailleurs largement partagée (13% des non-vaccinés aux États-Unis, selon une étude) et engendre énormément de méfiance parmi la population, notamment en Belgique.

Aucune raison de penser que le vaccin pose des problèmes de fertilité

Pourtant, si on ne peut affirmer hors de tout doute que le vaccin de Pfizer-BioNTech ne provoque pas l’infertilité chez les femmes, parce que ses effets à long terme ne sont pas encore connus, il n’existe aucune preuve scientifique soutenant la thèse de l’infertilité causée par ce vaccin. Plusieurs experts estiment d’ailleurs que cette assertion est hautement improbable, voire presque impossible.

S’il est vrai que la protéine essentielle pour la formation du placenta (la syncitine-1) partage des séquences d’acides aminés avec celle du SRAS-CoV-2 (moins de 1%) contre laquelle nous immunise le vaccin, à savoir la protéine "Spike", il n’en reste pas moins que ces protéines sont différentes et que les anticorps créés par le vaccin ne devraient pas les confondre.

Par ailleurs, les personnes infectées par le virus Covid-19 ont toutes produit des anticorps contre cette protéine "Spike" sans que cela ne suggère un problème de fertilité. Il n’y a donc aucune raison de penser que cela se produise avec le vaccin, comme l’explique une virologue française qui fait du fact checking sur Instagram.

Qui est Mike Yeadon ?

Mais ce n’est pas un hasard si les propos de l’ancien de chez Pfizer ont été déformés. Ces derniers mois, l’ancien employé du géant pharmaceutique américain s’est fait remarquer par des déclarations chocs sur la pandémie actuelle et les "coronasceptiques", "antivaccins" et les réseaux à tendance complotiste tentent d’exploiter l’image de cet homme de science, proche de l’industrie pharmaceutique.

Une enquête approfondie menée par des journalistes de l’agence de presse Reuters s’est intéressée à ce personnage devenu controversé et a analysé des milliers de ses Tweets.

Publié en mars dernier, l’article nous apprend que Michael (Mike) Yaedon a 60 ans et qu’il est un ancien vice-président de Pfizer, où il a passé 16 ans en tant que chercheur sur les allergies et les voies respiratoires. Yeadon n’était pas le "scientifique en chef" de Pfizer, comme le dit le message partagé sur les réseaux mais il était bien vice-président.

L’homme perd son poste dans la société pharmaceutique américaine en 2011 et cofonde une entreprise de biotechnologie que le fabricant suisse de médicaments Novartis achète alors pour au moins 325 millions de dollars en 2017.

Héros improbable du mouvement anti-vaccin

Ces derniers mois, Michael Yeadon est apparu comme un "héros improbable du mouvement anti-vaccin", selon les termes de Reuters. Ce mouvement a amplifié les opinions sceptiques de Yeadon sur les vaccins et les tests pour détecter le Covid-19, les confinements décrétés par les gouvernements et la gestion de la pandémie.

Le scientifique britannique a déclaré qu’il ne s’opposait pas personnellement à l’utilisation de tous les vaccins. Mais de nombreux experts de la santé et responsables gouvernementaux craignent que des opinions telles que son hésitation à se faire vacciner fassent tache d’huile et induisent une réticence ou un refus de se faire vacciner dans la population, ce qui selon eux pourrait prolonger la pandémie alors que le Covid-19 a déjà tué plus de 3,14 millions de personnes dans le monde.

Ce qui donne à Yeadon une crédibilité particulière, c’est le fait qu’il ait travaillé chez Pfizer, a déclaré à Reuters Imran Ahmed, directeur général du Center for Countering Digital Hate, une organisation qui lutte contre la désinformation en ligne. "Les antécédents de Yeadon confèrent à ses messages dangereux et nuisibles une fausse crédibilité."

Invités à répondre à des questions par les journalistes de Reuters, ni le principal intéressé, ni la société Pfizer n’ont souhaité faire des commentaires. Seuls, des collègues estimant notamment qu’il s’agissait d’un "bon scientifique" ou indiquant "ne pas reconnaître le gars rencontré il y a vingt ans", ont accepté de témoigner.

Une série de déclarations fausses ou controversées

Car au-delà des réticences exprimées sur la vaccination contre le coronavirus, le docteur a également fait une série de déclarations remarquées depuis l’apparition du Covid-19. Certaines d’entre elles sont douteuses, d’autres carrément fausses factuellement.

Pourtant, lorsque la pandémie de coronavirus a atteint le Royaume-Uni en mars 2020, M. Yeadon a d’abord exprimé son soutien au développement d’un vaccin. Il tweete alors : "Le coronavirus 19 ne va pas disparaître. Tant que nous n’aurons pas de vaccin ou d’immunité collective", "tout ce que nous pouvons faire est de ralentir sa propagation." Une semaine plus tard, il tweete encore : "Un vaccin pourrait arriver vers la fin de l’année 2021, si nous avons vraiment de la chance."

Ensuite, sa vision des choses évolue et la tonalité de ses messages change.

Le virus n’est pas spécialement virulent et il disparaîtra (printemps 2020)

Alors que la Grande-Bretagne en est encore à son premier confinement au printemps dernier, il déclare : "Il n’y a rien de particulièrement virulent ou effrayant dans le covid 19… tout cela va s’estomper… Il s’agit d’un virus commun, auquel le monde a réagi de manière excessive".

Un an plus tard, les chiffres de la pandémie de coronavirus dans le monde lui donnent clairement tort.

Il est improbable que le nombre de morts du Covid au Royaume-Uni atteigne les 40.000 (printemps 2020)

Un peu plus tard Michael Yaeton prédit dans un tweet qu’il était "peu probable" que le nombre de morts au Royaume-Uni atteigne les 40.000.


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À l’heure actuelle, le bilan du nombre de morts liés au Covid-19 au Royaume-Uni s’élève à plus de 127.000 victimes. Plus de trois fois plus que la prédiction jugée "peu probable" par l’ancien de chez Pfizer.

La pandémie est fondamentalement terminée au Royaume-Uni et il n’y aura pas de seconde vague (de Covid-19) au Royaume-Uni (septembre 2020)

En septembre dernier, Michael Yaeton fait à nouveau parler de lui. Il co-écrit un long article sur un site web appelé Lockdown Sceptics (sceptiques du confinement) en déclarant que "la pandémie en tant qu’événement au Royaume-Uni est essentiellement terminée." Et, "il n’y a aucun principe biologique qui nous amène à s’attendre une seconde vague."

Pourtant, peu de temps après, la Grande-Bretagne entre dans une seconde vague qui sera encore plus mortelle que la précédente.

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© Capture d’écran Twitter réalisée par Reuters

Les vaccins sont inutiles (octobre 2020)

Dans la foulée, le 16 octobre, il publie un autre article pour ce même site Web "Lockdown Sceptics". Dans cette publication, il indique : "Il n’y a absolument aucun besoin de vaccins pour éteindre la pandémie. Je n’ai jamais entendu parler d’une telle absurdité à propos des vaccins. On ne vaccine pas des personnes qui ne sont pas exposées à une maladie."

Les preuves scientifiques de l’utilité de la vaccination pour combattre la pandémie se multiplient chaque jour. Notamment au regard de la situation en Israël, qui avec plus de 80% de sa population de plus de 16 ans vaccinée voit ses principaux indicateurs de la pandémie (nombre de cas, hospitalisations et décès) chuter, alors que le pays lève petit à petit les restrictions.

Dans d’autres pays comme la Belgique, la vaccination des citoyens est au centre des préoccupations des gouvernements car il y a un consensus scientifique large autour de l’efficacité des vaccins pour lutter contre le Covid-19. Comme l’indique l’agence européenne du médicament : "Des vaccins sûrs et efficaces contre le Covid-19 sont nécessaires car ils protègent les individus contre la maladie. Ceci est particulièrement important pour les professionnels de la santé et les populations vulnérables telles que les personnes âgées et les personnes atteintes de maladies de longue durée."

Les gestes barrières comme la distance physique ou le port du masque sont inutiles (décembre 2020)

En décembre 2020, Yeadon poste sur Twitter une affiche humoristique qui indique : "JETEZ LE MASQUE" et invitant la population à ne plus respecter les gestes barrières comme la distanciation physique.

L’un de ces ex-collègues chez Pfizer, Sterghios A. Moschos, diplômé en biologie moléculaire et en pharmacie répond dans la foulée : "Mike, c’est quoi ce bordel ? ! Est-ce que tu es en train de tuer activement des gens ? Tu te rends compte que si tu te trompes, tes suggestions entraîneront des morts ?".

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© Capture d’écran Twitter réalisée par Reuters

Dans une autre vidéo postée en avril, Yaedon indique encore : "Vous n’avez pas besoin de masques, ils ne fonctionnent pas."

Il y a bien eu des hésitations sur les recommandations de port du masque de la part des experts lors des premières semaines au cours desquelles le virus est arrivé, notamment en Belgique. Cependant, comme l’indique le site de fact checking "Full Fact", les masques sont efficaces. Diverses études (notamment sur l’ensemble des gestes barrières) ont démontré que les masques réduisaient la transmission des particules virales.

Les masques FFP2 sont par exemple plus efficaces que les masques chirurgicaux, mais ces derniers sont tout de même bénéfiques. Il y a bien une raison pour laquelle ils sont utilisés, et ce depuis des décennies, dans les établissements de santé.

Le départ de Michael Yeadon de Twitter

Le 4 février, Yeadon indique de manière énigmatique dans un tweet, "Je serai bientôt parti". Deux jours plus tard, il quitte Twitter. Ses followers ont été accueillis avec ce message : "Ce compte n’existe pas." Son profil LinkedIn a également été adapté, indiquant désormais qu’il est "entièrement retraité".

Certains de ses partisans estiment qu’il a été muselé par les réseaux sociaux, où ses vidéos ont parfois fait l’objet d’indication comme "fausses informations". Ces mentions, présentes sur Facebook notamment, apparaissent lorsque des organes de presse qui produisent des articles de fact checking en collaboration avec la plateforme arrivent à mettre en évidence que le contenu diffusé contient de la désinformation.

Mais le héros des anti-vaccins n’a peut-être pas dit son dernier mot et cherchera peut-être à continuer de se faire entendre auprès de ses nombreux partisans, malgré ses prises de liberté avec la réalité scientifique, mais aussi avec les faits les plus élémentaires.

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