Au temps du coronavirus, des funérailles à huis clos: "C'est très dur à vivre"

Des cérémonies clairsemées et expéditives. C’est la triste réalité des funérailles qui se déroulent depuis deux semaines. En cause, les nouvelles directives mises en place pour éviter la propagation du coronavirus. "Aux funérariums, aux crématoriums et dans les lieux de culte, il est désormais fortement recommandé de ne plus se réunir à plus de 20 personnes, nous explique Sarah Mertens, gestionnaire d’équipe d’une société de sous-traitance funéraire. On ne peut plus s’asseoir les uns à côté des autres, il faut maintenir ses distances, ne plus se faire d’accolades, ni même poser la main sur le cercueil pour un dernier au revoir."

En plus du deuil, la solitude

Lors de funérailles, plus question donc de se rassembler en large groupe, de se réchauffer ensemble autour d’un café, de s’embrasser, ni même de se serrer la main, pour présenter ses condoléances. Des consignes cruelles pour les familles endeuillées, comme celle de Juan Andres Roman, qui vient de perdre son père d’une longue maladie. "Mon papa sera enterré dans deux jours, explique-t-il, le jour de mon anniversaire… Malheureusement nous ne pourrons pas lui rendre hommage comme nous l’aurions souhaité. Tout va devoir aller très vite, comme aujourd’hui au funérarium où on nous a accordés une toute petite heure de visite, à raison d’une personne à la fois.".

Sa maman, catholique pratiquante, aurait souhaité une messe d’adieu, mais les mesures de confinement en ont décidé autrement. Elle devra donc se contenter d’une bénédiction au cimetière, en tout petit comité et en tenant bien ses distances. Le reste de la famille, les proches, les amis, resteront chez eux. "C’est très dur à vivre car dans ma famille on est très tactiles, précise Juan. Quand quelque chose ne va pas, on a l’habitude de se prendre dans les bras, de se câliner, de s’embrasser. Et ici, je ne peux même pas prendre ma mère dans les bras. C’est presque une punition. Mais on l’accepte. Ma mère est assez âgée et je ne prendrai certainement pas le risque d’être confronté à un nouveau décès.".

C’est difficile de dire aux gens qu’ils ne peuvent pas se prendre dans les bras pour se réconforter dans de tels moments.

Mais tout le monde ne résiste pas. Pour certains, le deuil est trop douloureux et le besoin d’une épaule ou d’une main amicale est indispensable pour rester debout. "C’est difficile de dire aux gens qu’ils ne peuvent pas se prendre dans les bras pour se réconforter dans de tels moments, admet Stéphane Godecharle. On ne peut pas les empêcher, c’est humain. Pour les rassemblements, c’est la même chose. Comment voulez-vous expliquer à une famille nombreuse qu’elle doit choisir qui des frères, des sœurs, des enfants, assistera à la cérémonie pour éviter d’être trop nombreux au même endroit ? C’est impossible."

Et si le défunt est décédé du coronavirus, c’est encore pire comme nous l’explique cette dame que nous rencontrons à l’entrée du crématorium d’Uccle. "A la morgue, nous n’avons pas pu voir une dernière fois le corps de notre ami. Il était enfermé dans un sac hermétique, pour des raisons de sécurité. C’était vraiment moche…".

A la demande de la veuve, ils ne sont qu’un tout petit groupe à rendre un dernier hommage au défunt au crématorium ce matin. Mais en temps normal, ils auraient été beaucoup plus nombreux "La cérémonie va durer un petit quart d’heure. Ensuite nous repartirons chacun de notre côté. C’est vraiment cruel. Mais en cette période, nous n’avons pas le choix, nous devons être sages et raisonnables, malgré la douleur".

Ainsi en va-t-il du deuil des familles et des proches qui perdent un être cher en cette période d’épidémie. Une épreuve qui se vit seul et en silence, presque à huis clos.

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