Au Musée Magritte, on ne dessine pas, on regarde

Ceci n’est pas une école de dessin. Non, mais vraiment. Au Musée Magritte, il est interdit de dessiner dans les salles d’exposition. Ceci n’est pas une blague.

Dans tous les musées du monde, il est interdit de gribouiller sur les toiles. Les peintres s’en sont déjà chargés avant nous. Mais, au Musée Magritte, à Bruxelles, il est aussi interdit de dessiner sur un carnet de croquis.

La première raison de cette interdiction est assez simple : les droits d’auteur interdisent la reproduction de certaines œuvres, comme l’explique Isabelle Bastaits, la porte-parole des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique : "Les droits des prêteurs sont importants. Nous ne sommes pas propriétaires de toutes les œuvres. Il y a ce droit à l’image que nous devons respecter, parce que, sans prêteurs, il n’y a pas de musées".

Mais cette interdiction est spécifique au Musée Magritte, et le règlement des cinq autres Musées royaux est plus souple : "Le dessin y est permis, voire encouragé, parce que rien ne fait plus plaisir que de voir des jeunes qui dessinent. Cela arrive souvent, mais il faut juste se signaler au préalable, pour des questions d’encadrement. Nous autorisons aussi les photos dans tous les autres musées, et nous l’encourageons. Par exemple, nous avons autorisé la photographie au cours de la rétrospective que nous avons consacrée à Marc Chagall, en sachant que dans tous les grands musées du monde, il est habituellement interdit de prendre des photos au cours des expositions temporaires. Donc à côté des interdictions qui semblent bizarres, nous avons des autorisations par ailleurs plus encourageantes".

Normes de sécurité

Cette interdiction "bizarre" est aussi liée au confort des autres visiteurs. Les dessinateurs amateurs qui s’attardent dans les salles en empêcheraient d’autres de profiter de leur visite, selon Isabelle Bastaits : "Nous devons garantir les flux de visiteurs. Le Musée Magritte n’est pas immense, il s’étale sur 2500 mètres carrés, ce qui n’est pas énorme. Et on a des normes de sécurité, imposées par les pompiers, à savoir un certain nombre de personnes au même endroit au même moment, et on doit respecter ces normes. C’est ça aussi qui fait notre reconnaissance internationale : nous pouvons participer à des expos au niveau international, comme au Japon récemment avec la rétrospective Magritte. Les grands musées du monde nous font confiance parce que nous imposons des mesures drastiques de sécurité."

Au Musée Magritte, certaines toiles valent des millions d’euros, et avec des budgets fédéraux en baisse, les Musées royaux préfèrent jouer la prudence : "Nous sommes vraiment très soucieux de la sécurité, donc s’il n’y a pas un gardien au minimum par salle, nous n’ouvrons pas la salle. C’est un devoir que nous avons vis-à-vis du patrimoine. Tout cela est un cercle vicieux : moins nous avons de moyens, moins on a de libertés à offrir aux visiteurs. Il arrive donc que certaines salles ne soient pas ouvertes au public."

Casse-tête chinois et vases chinois

Malgré les mesures drastiques prises dans la plupart des musées, certains incidents peuvent se produire. Récemment, à Taïwan, un jeune garçon a trébuché et a planté un doigt dans une peinture du maître italien Paolo Porpora. La toile du 17ème siècle vaut plus d'un million euros, mais le musée n’a pas souhaité porter plainte contre le garçon, au plus grand soulagement de sa famille.

En 2006, à Cambridge, un visiteur a marché sur ses lacets. Dans sa chute, il a entraîné plusieurs vases chinois vieux de 300 ans.

Et en 2013, au Louvre-Lens, une femme de 28 ans a volontairement vandalisé un tableau d’Eugène Delacroix en y traçant une inscription au feutre noir. Les restaurateurs du musée sont finalement parvenus à effacer les traces de ce méfait.

La sécurité est un casse-tête pour les responsables de musées. Ils sont tiraillés entre leur devoir de conserver les œuvres intactes (photographie au flash interdite !), et leur mission d’éducation, qui leur impose d’exposer des œuvres de plusieurs millions d’euros au plus près du public. Le Musée Magritte n’échappe apparemment pas à cette équation compliquée…

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