Au moins 5000 Belges traités à la chloroquine en traitement empirique pour le coronavirus

Dans les hôpitaux du Royaume, au moins 5000 patients ont reçu de la chloroquine ou un dérivé pour traiter le coronavirus, rapportent lundi Le Soir et De Standaard. Au début de l’épidémie, l’administration de la chloroquine, et l’hydroxychloroquine était autorisée en hôpital, pour les groupes à risque, son action antivirale (et anti-inflammatoire pour l’hydroxychloroquine), et sa limite de dosage, étant connue depuis longtemps. Ce traitement n’étant pas cher, il était donc utilisé de manière empirique, "comme la médecine de guerre", précisait en avril L’infectiologue Stéphane de Wit de l’hôpital universitaire Saint-Pierre.

Ce n’est que le 27 mai que Sciensano a déconseillé l’usage de l’hydroxychloroquine (exception faite des essais cliniques) suite aux effets indésirables détectés, et en attente d’essais cliniques pour montrer, ou non, son efficacité.

En fonction de leur lieu d’admission, certains patients atteints de coronavirus ont reçu un traitement incluant la chloroquine ou une autre combinaison de médicaments. Les données collectées par Sciensano depuis le début de l’épidémie dans le cadre d’une étude rétrospective indiquent que le médicament a été administré à au moins 5000 patients hospitalisés (sur un total de 16.000) et dans la grande majorité des hôpitaux belges. C’est le cas au Chirec, à Erasme, au CHR de la Citadelle ou encore aux Cliniques universitaires Saint-Luc.

Selon une étude belge dont les résultats doivent encore être validés, la chloroquine n’a pas causé de surmortalité, a dévoilé Emmanuel Bottieau, infectiologue, professeur à l’Institut de médecine tropicale d’Anvers et membre du comité scientifique de Sciensano.

Une molécule, un infectiologue et une polémique qui n’en finit plus

Depuis les déclarations de l’infectiologue Didier Raoult début avril, affirmant que l’hydroxychloroquine (en association avec un antibiotique) fonctionnait contre le coronavirus, la polémique de cesse de s’alimenter autour de la réelle efficacité de ce traitement. Se basant sur une étude chinoise mettant en avant le potentiel de la chloroquine, l’équipe du Dr Raoult décide de l’administrer sur ses patients à l’IHU Méditerranée Infection de Marseille. Les résultats ont montré une diminution de la charge virale chez ces patients, mais l’étude présentait des failles méthodologiques qui ne permettaient pas de prouver, ou non, l’efficacité de ce traitement.

Une polémique tellement présente que certains ont demandé à être traité par ces molécules, voire même en prenaient déjà avant d'arriver à l'hôpital, précise l'article du Soir. Depuis que Sciensano ne recommande plus la molécule, la plupart des hôpitaux ont graduellement arrêté ces traitements sauf pour certains cas.

Présentée sur You Tube, sans la prudence habituelle qui accompagne la présentation de résultats scientifiques, cette étude a soulevé un débat qui fait encore rage, divisant une bonne partie de la société entre pro-hydroxychloroquine, et ceux qui appellent à la prudence et à l’attente d’essais cliniques suivant une méthodologie correcte. La rétractation — suite à des problèmes dans la base de données utilisée — d’une étude de The Lancet évoquant une surmortalité des patients traités à l’hydroxychloroquine, a récemment ravivé les flammes de cette polémique qui secoue la communauté scientifique.

Reportage de notre JT du 26 mai lors de la suspension de la chloroquine par mesure de précaution:

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK