Au moins 400.000 ménages belges sont concernés par la précarité énergétique

400.000 ménages belges seraient touchés par la précarité énergétique
400.000 ménages belges seraient touchés par la précarité énergétique - © SISKA GREMMELPREZ - BELGA

Un nouveau rapport émis par la Commission de régulation de l’électricité et du gaz (CREG) concernant le poids de la facture d’électricité et de gaz naturel dans le budget des ménages belges en 2018 indique qu’au minimum 400.000 ménages sont aujourd’hui concernés par les hausses des prix. Ce sont principalement les familles monoparentales et les personnes isolées qui sont le plus impactées par le poids de leur facture énergétique en comparaison aux ménages composés au minimum de deux adultes, avec ou sans enfants à charge.

Selon les chiffres émis par la CREG, entre 40 et 50% de ces familles monoparentales et entre 20 et 30% des personnes isolées entrent dans la case "précaires" pour seulement 2% des ménages de deux adultes et 6 à 10% des ménages de deux adultes avec deux enfants à charge.

Ce décalage important s’explique par le fait que le budget moyen net disponible des familles monoparentales et des personnes isolées, après coût du logement, est proportionnellement inférieur à ceux des autres types de ménage, qui bénéficient généralement de plus d’une seule source de revenus.

Augmentation significative

Cela fait plusieurs années que les prix augmentent et que cette augmentation se fait ressentir sur le portefeuille des Belges. La raison s’explique principalement par des facteurs comme la hausse des tarifs de distribution, la hausse des surcharges et prélèvements, les coûts liés aux services auxiliaires ou encore la contribution aux énergies renouvelables.

De manière générale, les disparités liées au poids de la facture énergétique varient aussi en fonction de l’usage exclusif ou non de l’électricité pour couvrir ces besoins. Il apparaît d’ailleurs que pour tous les profils de ménages considérés et pour une consommation énergétique similaire, ceux se chauffant à l’électricité consacrent en moyenne une plus grande part de leur revenu disponible à leur facture d’énergie que ceux se chauffant au gaz naturel.

Entre 2007 et 2018, le prix moyen de l’électricité a augmenté de 62% à prix courants, passant ainsi d’une facture pour le consommateur de 160 €/MWh en 2007 à 259 €/MWh en 2018.

A prix constants, c’est-à-dire en neutralisant l’effet de l’inflation, le prix moyen de l’électricité pour un consommateur résidentiel est passé de 186 €2015/MWh en 2007 à 243 €/MWh en 2018, ce qui représente une hausse de 31%.

Le prix moyen du gaz naturel a, quant à lui, augmenté de 27% à prix courants et de 2,4% à prix constants entre 2007 et 2018.

Prix élevé de l’énergie, logement inefficient en termes d’isolation ou revenus pauvres… C’est lorsqu’un ou plusieurs de ces éléments entrent en compte que l’on peut dès lors parler de précarité énergétique.

De nombreux indicateurs sont proposés à titre d’exemple dans diverses publications ou baromètres. Dans cette étude, un indicateur est repris par la CREG pour calculer la précarité énergétique, à savoir un ménage qui dépense plus de 10% de son revenu net disponible (budget calculé hors logement) à sa facture de gaz et/ou d’électricité.

"On voulait lancer le débat car cet indicateur est repris dans d’autres pays européens et il semblait figurer comme un indicateur mesurable par rapport aux données dont nous disposons. Nous pensons qu’il y a un travail à effectuer en collaboration avec les instances concernées et compétentes pour réfléchir aux bons indicateurs de précarité énergétique", précise Sophie Lenoble, porte-parole de la CREG.

Tarif social

En analysant quatre types de ménage (personne isolée, famille monoparentale, ménage composé de deux adultes et deux enfants à charge, ménage composé de deux adultes sans enfants à charge), ce serait donc au minimum 400.000 ménages belges qui se trouveraient en situation de précarité énergétique.

Un chiffre susceptible d’être encore plus important considérant le fait que sont uniquement pris en compte dans l’étude de la CREG ces quatre types de situation familiale ainsi que les ménages qui consomment de l’électricité et du gaz naturel seulement.

Ni en Belgique ni au sein de l’Union européenne n’est fournie de définition précise de la précarité énergétique et le constat d’absence est le même quant aux indicateurs officiels pour mesurer cette précarité.

En Belgique, un tarif social électricité et gaz naturel a par ailleurs été instauré par le législateur, tarif gelé par le gouvernement fédéral en début d’année 2019. A titre d’exemple, les bénéficiaires de ce tarif social sont généralement ceux qui bénéficient du revenu d’intégration sociale, d’une allocation pour l’aide d’une tierce personne, les locataires d’un appartement social dans un immeuble à appartement ou encore les personnes bénéficiaires de la garantie de revenus aux personnes âgées (GRAPA).

Les “clients résidentiels protégés à revenus modestes ou situation précaire”, soit les ménages qui en bénéficient (environ 9% en Belgique des ménages raccordés), peuvent "profiter" d’un tarif environ 32% moins cher que le prix moyen de l’électricité et de 48% moins cher que le prix moyen du gaz naturel.

Néanmoins, ces tarifs ne permettent pas de couvrir l’ensemble des ménages belges avec les revenus les plus bas. Car les conditions pour l’obtention de ce tarif social ne dépendent pas uniquement du niveau de revenus mais également du statut.

De manière générale, les différences quant au poids de la facture énergétique entre ménages belges semblent relativement importantes et il apparaît de plus en plus évident que la mise en place d’indicateurs officiels sur ces disparités et des mesures fortes contre l’augmentation des tarifs contribueront à rétablir un meilleur équilibre.

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