Au Ghana, malgré la croissance économique, de nombreux candidats au départ

Au Ghana, malgré la croissance économique, de nombreux candidats au départ
Au Ghana, malgré la croissance économique, de nombreux candidats au départ - © Tous droits réservés

Plusieurs milliers de Ghanéens tentent de rejoindre l’Europe. Après un long périple à travers le Burkina Faso, le Niger et la Libye, ils sont la plupart du temps coincés à Tripoli, où les conditions de vie sont précaires. L’organisation internationale pour les migrations a mis en place un programme pour le retour de ces migrants.

Un périple de près de 3400 kilomètres à travers quatre pays. Ayub Alhassan, un électricien de formation, galère à trouver un emploi. Habitant Kasoa, une ville pauvre située à une heure de voiture au nord de la capitale Accra, le jeune homme ne voit pas de perspective d’avenir. " Il est très difficile de trouver un emploi ", confie-t-il, assis sur une petite chaise en bois devant la petite maison qu’il partage avec sa mère, son frère et ses cousines.

En 2015, comme beaucoup, il décide d’aller tenter sa chance en Europe. Son rêve : atteindre l’Allemagne. Il achète son premier billet de bus au marché d’Accra, direction Niamey, la capitale du Niger. " Cela nous a pris deux jours pour arriver à destination ", se souvient-il. Après s’être rendu à Agadis, il prend de nouveau un bus, cette fois pour rejoindre Tripoli. " J’ai mis plus de deux semaines pour arriver à destination ", déclare-t-il. Le trajet lui aura coûté 3500 cedis (environ 650 euros), soit près de 6 fois le salaire mensuel ghanéen. " Je voulais partir depuis 2011 et c’est à ce moment que j’ai commencé à économiser ", soutient-il.

Arrivé en Libye, il est complètement fauché. Il doit alors travailler pour payer la traversée. " J’ai commencé par laver des voitures, mais parfois je pouvais rester plusieurs jours sans travailler et je gagnais presque rien ", se remémore-t-il. Pendant plus d’un an et demi, il travaille comme technicien et homme d’entretien à la American University of Libya. Mais sans titre de séjour ou de travail en règle, ses conditions de vie sont particulièrement précaires. " Mon salaire était de 50 dollars et ils me payaient quand ils voulaient ", déclare-t-il.

Il entre alors en contact avec un passeur qui doit l’aider à prendre un bateau pour atteindre les côtes italiennes. " Je devais débourser plus de 200 dollars. J’ai dû remettre la somme à un homme dans un taxi, mais ensuite, je n’ai plus eu de nouvelles ", déclare-t-il. Floué par les passeurs, Ayub Alhassan doit aussi faire face au racisme de certains Libyens. " La plupart du temps, ils ne voulaient pas que l’on mange avec eux, c’était clairement de la discrimination ", s’insurge-t-il. " Un ami à moi a également été enlevé et battu. Sa famille a du payer une rançon pour qu’il soit libéré ", poursuit-il.

Le jeune homme est alors présent en Libye depuis près de deux ans. En 2017, il est mis en relation avec l’organisation internationale pour les migrations (OIM), qui lui propose de rentrer au Ghana et de lui payer le billet d’avion. " C’était le jour le plus heureux de ma vie, quand j’ai quitté la Libye pour rejoindre le Ghana ", confie-t-il.

C’est aussi l’un des paradoxes du Ghana. Le petit pays d’Afrique de l’ouest, qui compte près de 28 millions d’habitants, a connu en 2018 la plus forte croissance du continent avec un PIB qui a cru de près de 8 %. Le pays est tiré par les revenus pétroliers et l’exploitation de l’or et du bauxite. Mais derrière ces chiffres mirifiques, se cache une autre réalité. Le pays se classe au 177ème rang en terme d’indice de développement humain et près de 265 bidonvilles ont été répertoriés rien qu’à Accra. De plus, les exilés n’ont pratiquement aucune chance d’obtenir l’asile en Europe. Le Ghana, pays stable et démocratique avec une vraie liberté de la presse, ne connaît pas de conflits. Ils ne rentrent donc pas dans les critères d’attribution du droit d’asile. Depuis 2016, l’OIM a mis en place un programme pour le retour dans leurs pays de migrants coincés en Libye. En 2019, plus de 1000 Ghanéens ont bénéficié de cette aide.

Après deux ans en Libye, Ayub Alhassan est retourné vivre à Kasoa. Il a reçu quelques aides de la part de l’OIM, comme l’installation d’un enclos dans lequel se trouvent des vaches. Mais il n’a pas pour autant abandonné son objectif. " La prochaine fois, je veux faire les choses légalement et obtenir des papiers pour aller en Allemagne ", confie-t-il.