Attentats du 22 mars à Bruxelles: deux ans après, où en est l'enquête?

Attentats du 22 mars à Bruxelles: deux ans après, où en est l'enquête?
Attentats du 22 mars à Bruxelles: deux ans après, où en est l'enquête? - © VIRGINIE LEFOUR - BELGA

D’ici la fin de l’année, les juges d’instruction espèrent avoir terminé leur enquête. Le rôle de chacun des suspects sera alors déterminé avec précision. L’enquête bouclée, à l’issue du règlement de la procédure, accusation et défense pourront débattre en chambre du conseil. Tenant compte d'éventuels devoirs complémentaires et de recours toujours possibles, le procès d’assises pourrait se tenir en 2019. Ce sera probablement avant le procès des attentats de Paris. Pour le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw cela ne pose pas de problème de principe :

"Je ne vois pas en quoi cela pourrait poser un souci. Nous avons un dialogue constant avec les autorités françaises. Il est clair qu’on fait très attention pour que les différentes procédures ne soient pas des obstacles dans l’un ou l’autre pays. Cela demande énormément de dialogue mais on l’a déjà fait pour le procès de la rue du Dries. Le fait que l’on respecte ou non la chronologie, ce n'est pas quelque chose d’extrêmement important pour la façon dont les procès vont se dérouler."

Deux suspects ont livré une version en concordance avec les faits

Du coté des accusés, les principales figures de ce procès seront bien évidemment dans l’ordre, Mohamed Abrini, connu comme l’homme au chapeau depuis qu’il a été aperçu sur les caméras de l’aéroport lors de sa fuite. Ensuite, Osama Krayem, le second "kamikaze" qui devait accompagner Khalid El Bakroui dans le métro. Point commun entre ces deux hommes: ils ont chacun renoncé à se faire exploser.

Confronté graduellement aux résultats du travail des enquêteurs (ADN, téléphonie, interrogatoires), ils ont livré une version des faits compatible avec les éléments du dossier. L’un et l’autre affirmant n’avoir jamais eu l’intention de mourir en martyr lors d’un attentat chez nous. Des propos à prendre avec prudence car les suspects ont toujours le droit de mentir pour leur défense. 

Le moment où les deux hommes ont renoncé à se faire exploser

Sur les faits du 22 mars, Osama Krayem a confirmé dans l’une de ses auditions que l’objectif était que Khalid El Bakraoui et lui se placent chacun à une extrémité du métro. En témoigne ce PV d'audition dans lequel il déclare : "Il m’avait dit que lorsque j’entendrais la première explosion, je devais appuyer sur le bouton afin de me faire exploser."

Mais contrairement à ce qui avait été concerté entre les deux hommes, Osama Krayem a pris la décision de ne pas activer les explosifs dans son sac à dos avant de quitter l’appartement de la rue des casernes. Suite aux instructions de Khalid El Bakraoui, il était censé avoir branché ses deux batteries ce qu’il n’avait pas fait, à l’insu de son complice. Ce n’est qu'à la station Pétillon qu’Osama Krayem a indiqué qu’il n’avait pas l’intention de commettre l’attentat. Khalid El Bakraoui lui aurait alors répondu "qu’il allait le faire et qu’il s’en foutait si je venais ou pas".

Osama Krayem fait alors demi-tour pour retourner à l'appartement de la rue des casernes où il va se débarrasser progressivement des explosifs dans les toilettes. Il affirme que dès qu'il a su qu'il devait mourir dans un attentat, il aurait pris la décision de suivre les autres jusqu'au bout pour esquiver au dernier moment : "J'attendais la mort des autres pour pouvoir partir (...) Même la police disait que sur la vidéo El Bakraoui était stressé et moi zen. J'ai répondu que c'était parce que je savais que j'allais revenir", peut-on lire dans un PV d'audition.

Quant au rôle de Mohamed Abrini, c'était également de se faire exploser à l'aéroport, déclare Osama Krayem sur interpellation des enquêteurs : "A un certain moment, il s'est désisté. On ne comprend pas pourquoi en réalité. Je crois qu'il a eu peur. En principe, il était parti pour se faire exploser. Tout à fait comme comme moi."

Des zones d’ombre peut être jamais levées

La participation au procès des deux hommes devrait permettre de répondre à une partie des questions légitimement posées par les victimes. Mais pour Frédéric Van Leeuw, procureur fédéral, il restera sans doute des zones d’ombre :

"A partir du moment où il y a une série d’auteurs qui sont morts, qui ne savent plus parler, d’autres suspects toujours en Syrie ou en Irak... C’est clair qu'il y a des volets du dossier sur lesquels les juges d’instruction aimeraient avoir dans des éclaircissements. Des questions, il y en aura toujours mais il faudra bien à un moment décider d’attendre ou d’avancer si l’on veut avoir un procès dans un délai raisonnable."

Parmi les questions non éclaircies à ce jour, le rôle joué par un éventuel commanditaire en Syrie. Les éléments d’enquête font état du rôle joué par Oussama Atar, le cousin des frères El Bakraoui. C’est lui qui était en contact depuis la Syrie avec les terroristes du 22 mars. C’est lui aussi qui aurait joué un rôle important dans le processus de radicalisation de ses deux cousins. Selon les travaux de la commission d'enquête, il apparaît qu'Oussama Atar a rendu visite à près de vingt reprises à son cousin Khalid El Bakraoui alors que celui-ci était en prison. La mort annoncée d'Oussama Atar en Syrie n’est à l’heure actuelle toujours pas officiellement certifiée.

Un rôle secondaire pour les autres suspects

Les sept autres suspects n’ont joué qu’un rôle secondaire dans le dossier. Soit en hébergeant un ou plusieurs terroristes soit en leur apportant une aide concrète. Quatre d'entre-eux ont été libérés sous conditions. Tous sont poursuivis pour participation aux activités d'un groupe terroriste, assassinats, ou tentatives d'assassinats dans un contexte terroriste, comme auteur, co-auteur, ou complice. 

Plusieurs centaines de victimes seront représentées lors du procès

Plus de 550 constitutions de parties civiles ont été enregistrées jusqu’à présent dans le cadre des attentats du 22 mars sur un millier de victimes recensées. Deux associations de victimes se sont également constituées dans la perspective du futur procès.

L’enquête sur les attentats du 22 mars en chiffres 

  • Nombre d’heures de travail à la police judiciaire fédérale : 73.000
  • Nombre de perquisitions : 80
  • Nombre d’auditions : 650

Un niveau de la menace qui a baissé graduellement depuis 2016

2162 dossiers pour terrorisme ont été initiés en 2016.  215 nouveaux dossiers ont été ouvert depuis le début de l'année 2018. Si cette tendance se poursuit ce sera près de la moitié de dossiers en moins par rapport à 2016, l'année des attentats. Il reste malgré tout encore des dossiers classés "rouge", comme le furent ceux des frères Abdeslam à l'été 2015, c'est-à-dire des dossiers jugés non prioritaire en raison d'un manque de capacités policières. 

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