Attentats de Paris : "Le procès serait un échec si on empêchait les protagonistes de parler", estime l'ancien président François Hollande

Ce mercredi 8 septembre, le Palais de Justice de Paris accueille l’un des procès les plus importants de l’après-guerre : celui des attentats du 13 novembre 2015 dans la capitale française. Ce jour-là, trois commandos tuaient 130 personnes et faisaient plus de 1300 blessés. François Hollande, président de la République à l’époque, sera présent à ce procès, qu’il juge nécessaire. "Il y aura beaucoup de parties civiles qui viendront, non pas seulement demander justice, mais demander des explications aux accusés, aux autorités, et donc il y a un devoir de vérité qu’un procès doit accomplir", affirme-t-il ce mercredi dans Matin Première.


►►► À lire aussi : Attentats de Paris du 13 Novembre 2015 : la reconstitution des faits


François Hollande sera cité à comparaître comme témoin, au nom de l’Etat. Il sera probablement question de failles dans la gestion des événements. "Les familles des victimes ont souhaité que les acteurs principaux, qui étaient en situation de prendre des décisions, à commencer par le président de la République, soient entendus comme témoin, a précisé l’ancien chef de l’Etat français. J’aurais pu m’en extraire, mais je crois que c’était mon rôle de revenir sur ces faits pour montrer que nous avons réagi comme il convenait, mais aussi pour faire valoir que nous n’avions pas pu identifier ceux qui sont venus nous frapper."

Montrer que la démocratie est plus forte que le terrorisme

Selon l’ancien président français, il s’agit, non pas de venger les victimes, mais de faire valoir les valeurs de la démocratie : "la justice n’est pas la vengeance, c’est le droit." Même sur des questions aussi clivantes ? "Ce procès ne divisera pas, il doit unir, rassembler, assure-t-il. Nous allons démontrer aux yeux du monde que nous sommes capables de donner la parole aux victimes, pour qu’elles puissent exprimer leur douleur, […] et de montrer que la démocratie est plus forte que le terrorisme."


►►► À lire aussi : Qui est Olivia Ronen, la nouvelle avocate de Salah Abdeslam ?


Les accusés auront ainsi droit à un avocat, et pourront s’exprimer et apporter des réponses qu’attendent les victimes. Le feront-ils ? "Ne laissons pas penser que ce serait un échec si les protagonistes ne parlent pas, ce serait un échec si on empêchait les protagonistes de parler, rappelle François Hollande. Ils décideront de parler ou non. Je ne me tourne pas du côté de ce que vont faire les accusés, mais de ce que vont dire ou demander les parties civiles."

Le terrorisme islamiste n’a pas forcément les mêmes capacités d’action aujourd’hui

François Hollande estime également que cela mettra un point final à l’histoire de Daesh, l’organisation islamiste à l’origine de ces attentats. "Ce sera la démonstration que Daesh a été éradiquée, que le terrorisme islamiste est en recul, nous verrons que ces terroristes ont été neutralisés, arrêtés, et que nous avons été capables de démanteler un réseau", affirme-t-il.


►►► À lire aussi : L’Afghanistan, une fois aux mains des talibans, sera-t-il un Etat paria ? 5 raisons d’en douter


Pourtant, vingt ans après les attentats du 11 septembre 2001, et alors que les talibans sont à nouveau au pouvoir, les souvenirs remontent. "L’histoire ne se répète pas, objecte François Hollande. Ce ne sont pas les mêmes événements. Le terrorisme islamiste n’a pas forcément les mêmes capacités d’action aujourd’hui." Selon lui, le renseignement en Europe a aussi progressé : "les échanges d’information, les procédures nous dont un niveau d’information plus élevé qu’au moment des attentats", rappelle-t-il, tout en regrettant que la défense européenne, elle soit "notre faille", notamment parce qu’elle a trop compté sur les Etats-Unis pour se protéger.

En 2015, l’état d’urgence s’imposait, mais il ne faut pas s’habituer à perdre nos libertés

L’Etat français n’est pas seul en cause sur ce dossier : à l’époque, on a également reproché une mauvaise gestion de la Belgique, d’où étaient originaires certains des terroristes. "Des enquêtes sont menées en Belgique pour savoir si la police n’est pas passée à côté de certaines informations, notamment sur les frères Abdeslam", note François Hollande. Il comprend que la population demande aux autorités de rendre des comptes. "La question est toujours posée quand il y a un attentat : pouvait-on l’empêcher ? On en a déjoué de nombreux. Pas celui-là, donc il y a sûrement eu, du côté de la Belgique ou de nos propres services secrets, des dysfonctionnements", reconnaît-il.

Au lendemain des attentats, le président Hollande avait dû déclarer l’état d’urgence. Pour un socialiste comme lui, était-ce un déchirement ? "Non, répond l’intéressé, quand j’ai déclaré l’état d’urgence, il s’imposait de lui-même." Il rappelle toutefois qu’il faut "faire attention à ne pas introduire dans la législation des mesures qui sont extraordinaires". "Il faut être très strict sur les durées pendant lesquelles on prend des décisions exceptionnelles et ne pas se laisser entraîner à faire qu’on s’habitue à perdre nos libertés", affirme François Hollande.


►►► À lire aussi : A la veille du procès des attentats de Paris, Molenbeek veut tourner la page du radicalisme


Des propos qui ont une résonance particulière en pleine crise du Covid-19. Peut-on comparer les deux situations ? Selon l’ancien président français, c’est loin d’être la même chose. "Dans une crise sanitaire, nous devons tous accepter une perte de liberté, pour permettre de retrouver une sécurité ou une pause dans la circulation du virus, précise-t-il. La crise sanitaire a fait perdre beaucoup plus de libertés […], mais nous avons tous accepté de les perdre."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK