Attentats de Paris: l'argent de la belge Véronique Loute a-t-il servi à financer les attaques ?

Stade de France, le 13 novembre 2015
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Stade de France, le 13 novembre 2015 - © FRANCK FIFE - AFP

INFO RTBF/France Inter - Véronique Loute, la mère du djihadiste Sammy Djedou, a été une nouvelle fois entendue par les enquêteurs. Son argent pourrait avoir servi à financer les attentats de Paris. Sammy Djedou aurait en effet recruté, en Syrie, les terroristes qui ont attaqué la capitale française le 13 novembre 2015.

La justice vient d'inculper Sammy Djedou, pourtant décédé

Sammy Djedou serait mort, en décembre 2016, en Syrie. Il aurait été tué par une frappe de drone, un tir ciblé des Américains, qui le considéraient déjà à l’époque comme un personnage important du groupe terroriste Etat Islamique.

Mais sans certificat de décès, le jeune homme est toujours présumé vivant par les autorités judiciaires belges, qui viennent de l’inculper, comme coauteur pour les 130 assassinats terroristes du 13 novembre 2015 à Paris.

Un fils, recruteur de kamikazes

Ce sont les déclarations d’un autre djihadiste belge qui ont fait bouger les choses. Cet homme, dont nous ne divulguerons pas le nom, est rentré récemment en Belgique. Il a vécu plusieurs années au sein du groupe terroriste Etat Islamique. Voici ce qu’il raconte aux enquêteurs, à propos de "Sammy le Belge" :

"Il était à Raqqa et on pouvait le croiser de temps en temps. Il était discret et ne se mélangeait pas trop aux autres. C'est lui qui allait aborder les gens qui seraient envoyés en Europe pour commettre un attentat."

Il serait originaire de Laeken tout comme Oussama Atar

En Syrie, Sammy Djedou se faisait appeler Abou Moussab. Il est aussi présenté comme un proche d’Oussama Atar, le commanditaire présumé des attentats de Paris et de Bruxelles.

"Abou Moussab serait originaire de Laeken tout comme Oussama Atar. Abou Moussab serait entre-temps décédé, tué par un drone dans sa voiture à Raqqa. Il serait mort peu avant la prise de Raqqa."

Le nom "Abou Moussab", on le retrouve aussi dans l’ordinateur des terroristes de Bruxelles, qui se feront exploser le 22 mars 2016. Dans un message envoyé à leur chef Oussama Atar, en Syrie, ils écrivent : "Tu sais bien, on te passe tous le bonjour. On t'aime tous en Allah. Que Dieu te récompense et que Dieu te bénisse. Dis des excuses de ma part aux frères là, avec qui j'ai pu travailler tu vois, Abou- Thabet, Abou-Saleh, Abou Moussab etc."

Sa mère Véronique Loute dans le collimateur de la justice

Sammy Djedou pourrait donc avoir joué un rôle clé dans la préparation des attentats de Paris et de Bruxelles.

Ces informations rejaillissent aujourd’hui sur la mère de Sammy Djedou. Pendant le séjour de son fils en Syrie, entre 2013 et 2016, elle lui a envoyé à plusieurs reprises de l’argent, via la Turquie.

Au total, elle a versé 65.000 euros. Un montant très important, qui lui a valu d’être inculpée, cet été, pour financement du terrorisme.

"Je n’ai jamais pensé à mal, ni à envoyer à qui que ce soit d’autre qu’à lui. Tout cet argent n’allait, dans mon idée, qu’à mon fils. Je venais d'hériter de mes parents, je ne faisais que donner à mon fils la part qui lui revenait", nous explique Véronique Loute. "Je ne savais pas du tout ce qu’il faisait en Syrie. Il ne me disait rien sur ses activités. Ce n’est qu’après sa mort que j’ai appris qu’il aurait été un 'émir' de l’Etat Islamique."

Des versements en 2015 qui posent question

Véronique Loute risque aujourd’hui une nouvelle inculpation dans le dossier des attentats de Paris cette fois. Car les enquêteurs se demandent si son argent n’a pas servi directement au financement des attaques. Deux versements posent plus particulièrement question, en février et en mars 2015, "au moment où les attentats se préparent" selon la justice. Selon certaines estimations, les attentats de Paris auraient coûté 100.000 euros.

Mais Véronique Loute se défend. Son dernier virement daterait du 25 mars 2015. Quant au dernier contact avec son fils, il remonterait au 16 août de la même année, soit 3 mois avant les attentats.

Le 6 septembre dernier, la maman de Sammy Djedou a été longuement interrogée par les enquêteurs antiterroristes et par la juge d’instruction sur ce nouveau volet de l’affaire. Ses ordinateurs et téléphones portables ont été saisis pour être analysés. Jusqu’à présent, elle n’a pas été inculpée.

Archive : JT 31/08/2018

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