Attentats de jihadistes sur le sol européen: quels sont les risques?

Selon le ministre britannique des Affaires étrangères, Philipp Hammond, les combattants de l'Etat islamique "chercheront tôt ou tard à frapper la Grande-Bretagne sur son sol". Des propos qui font suite à la publication de l'identité du bourreau de James Foley, un londonien de 23 ans parti faire le jihad en Syrie.

"Jamais encore les djihadistes n’avaient occupé autant de territoire Ils peuvent d’ailleurs frapper l’Occident à tout moment." Ces propos sont de Montasser Alde'emeh, chercheur à la KuLeuven et à l'Université d'Anvers, spécialisé dans la radicalisation de l'Islam.

"Les jihadistes retourneront en Europe. Et en Europe, nous sommes littéralement à leur porte. La Turquie est une passoire par laquelle ils rentrent et sortent du territoire qui est aujourd’hui un " Jihadistan." C'est la récente sortie médiatique qu'a fait Jean-Pierre Filiu, spécialiste de l'Islam contemporain, à nos confrères de RFI.

Autant d'alertes lancées ces derniers jours aux citoyens européens. Depuis les attentats du World Trade Center survenus le 11 septembre 2001, nous sommes habitués à recevoir des menaces d'entités jihadistes. Mais pour quels résultats sur le sol européen ?

Londres et Madrid, principales victimes

Au mois de mars étaient commémorés les dix ans des attentats de Madrid. Revendiquées par Al-Qaida, quatre bombes explosaient dans quatre trains de banlieue de différentes gares à Madrid. Le bilan humain: 191 victimes et quelque 2000 blessés. Comme lors des attentats du 11 septembre, les poseurs de bombes ont fait exploser leurs charges au matin, entre 7h34 et 7h39, là où le trafic est le plus dense. Pourquoi les jihadistes avaient-ils choisi Madrid? Car le gouvernement Aznar avait soutenu activement les guerres d'Irak et d’Afghanistan avec leurs alliés occidentaux. Hasard du calendrier, ces attentats survenaient trois jours avant les élections espagnoles. Devant l'ampleur du drame, elles seront reportées. 

Moins d'un an plus tard, le 7 juillet 2005, Londres était le théâtre d'un quadruple attentat, faisant 52 morts et plus de 700 blessés avec le même mode opératoire qu'à Madrid : des explosions presque simultanées sur trois sites de transports en commun (rames de métro de Liverpool Street, King's Cross et Edgwar Road) faisant 39 victimes et dans un bus à étage où 13 personnes décèdent. La Grande-Bretagne étant l'allié de longue date de Washington, il fait peu de doute que l'alliance américano-britannique soit la justification de ce quadruple attentat dans la capitale. Comme pour Madrid, ces attaques surviennent dans un contexte politique: l'ouverture du 31ème sommet du G8 qui regroupe les huit pays les plus puissants du monde. Les jours qui suivent permettent à Scotland Yard d'identifier les coupables. Il s'agit de Mohammad Sidique, Khan Shehzad Tanweer, Germaine Lindsay, Hasib Hussain, quatre musulmans intégristes britanniques. 

Deuxième attentat, même schéma

Moins de deux semaines plus tard, le 21 juillet 2005, Londres était de nouveau dans le viseur des terroristes. Fait troublant, il s'agit exactement du même schéma survenu deux semaines plus tôt: trois rames de métro et un bus visés. Par chance, aucune victime n'est a déplorer, car seuls les détonateurs ont explosé. Les quatre commanditaires écoperont de la peine maximale, avec un minimum de 40 années d'emprisonnement. 

La dernière affaire en date concerne l'attentat de Woolwich, ou un soldat britannique fut sauvagement assassiné devant sa caserne par deux intégristes musulmans. Disant vouloir appliquer la loi du talion, l'un des protagonistes avait déclaré dans un film amateur: "Nous devons les combattre comme ils nous combattent, oeil pour oeil, dent pour dent." Encore une fois, c'est l'implication des forces britanniques sur des théâtres d'opérations au Moyen-Orient qui est en cause.

Une menace intérieure

Le récent attentat au musée juif de Bruxelles, même s'il ne s'agit pas d'un acte jihadiste, a refait surgir cette crainte d'un possible attentat "d'envergure" en Europe.

Une crainte que partage Samuel Laurent, consultant international qui a sillonné les régions contrôlés par Al-Qaida : "En Europe, des réseaux puissants et bien organisés, incitent les jeunes à partir et les accueillent à leur retour. Les jihadistes bénéficient de l'appui et du soutien de ces mouvements salafistes en France, en Angleterre ou en Belgique. Ils leur permettent de se déplacer, de vivre incognito, et de se procurer des armes lorsqu'ils décident de passer à l'action. Nemmouche en est l'illustration parfaite."

Mais ce profil de loup solitaire, Samuel Laurent n'y croit pas vraiment. Il table plutôt sur un autre profil de jihadistes. "Al-Qaïda utilise désormais le flux intarissable de volontaires européens qui se déverse en Syrie pour créer des cellules dormantes à l'intérieur de notre continent, qui représente un danger infiniment bien plus grave que celui des hommes comme Nemmouche. Au terme d'une réimplantation longue et délicate qui leur permet d'échapper à la surveillance des services de renseignements, ces hommes se tiennent prêt à frapper des cibles de grande ampleurIls ne correspondent absolument pas au profil établi par nos services, puisqu'ils s'intègrent parfaitement dans notre société."

Les menaces existent et sont donc bien réelles, mais impossible de savoir où, quand et avec quel intensité un éventuel attentat pourrait nous atteindre, nous, citoyens européens.

Mathieu Menif 

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