Attentats de Bruxelles : un tournant pour le service d'identification des victimes

L’inspecteur principal Patricia Vanderlinden et le commissaire Thierry Wouters travaillent au DVI (Disaster victim identification), le service d’identification des victimes de la police fédérale. Et le souvenir du 22 mars 2016 est évidemment gravé dans leur mémoire. Un souvenir semblable, pour deux sites d’attentats distincts.

Elle, lorsqu’elle arrive à l’aéroport de Zaventem, se retrouve "sur ce qui semble être une zone de guerre". Lui, à la station de métro Maelbeek, découvre "une scène de guerre, impressionnante".

Premier attentat

Habituellement, le DVI est appelé après des accidents. La 1e fois, c’était en 1987, lors du naufrage du Herald of Free Enterprise au large de Zeebruges. Depuis, il y a eu les explosions de Ghislenghien et de la rue Léopold à Liège, les accidents de trains à Pécrot et à Buizingen, et de nombreux autres drames humains, en Belgique et à l’étranger.

Mais il y a 5 ans, les agents de ce service policier ont été confrontés à quelque chose de nouveau : des attaques terroristes. "Notre travail était identique, mais avec toutefois une différence majeure. Cette fois, nous devions identifier les victimes, mais aussi les auteurs des attentats", se rappelle Thierry Wouters.

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Patricia Vanderlinden et Thierry Wouters, du DVI © Rudy Hermans - RTBF

Douleur des familles

Ce qui ne change pas, c’est la peine des proches des victimes, et leur volonté de récupérer rapidement le corps de la personne disparue pour entamer le travail de deuil. "C’est tout à fait légitime et humain, et c’est d’ailleurs notre volonté également, mais c’est une grosse pression. Or l’identification d’un corps est parfois longue, et nous ne pouvons pas nous permettre la moindre erreur", explique Patricia Vanderlinden. "Notre travail est terminé quand nous sommes certains à 100% de l’identité de la victime. S’il manque 1/10e de pourcent, on ne va jamais prévenir la famille, ajoute son collègue. Chaque personne réagit différemment, et il faut gérer cela, tenter de canaliser la peine et le stress, en faisant preuve d’empathie".

Depuis, le DVI a fait l’acquisition de matériel qui lui permet de gagner du temps lors du difficile processus d’identification.

Et puis, avant, pour l’assistance psychologique apportée aux familles, le DVI s’entourait de volontaires de la Croix-Rouge, qui faisaient "un travail remarquable", mais n’étaient pas toujours disponibles pour un suivi individualisé et à long terme. Depuis les attentats de 2016, le SAPV a pris le relais. Le Service d’assistance policière aux victimes est un organe interne formé à l’"annonce des mauvaises nouvelles et à l’encadrement des proches des victimes", précise Thierry Wouters.

"Désormais, nous veillons également à ce que chaque policier ne suive pas trop de familles différentes, car pour eux aussi c’est parfois beaucoup trop lourd d’un point de vue psychologique", précise encore Patricia Vanderlinden.

5 ans plus tard, le DVI poursuit sa mission au quotidien. Mais les attentats restent un dossier particulièrement marquant pour le service, et pour certains agents. "Quand je retourne à l’aéroport, je revois la scène de l’attentat. Ça reste ancré en moi, se confie la policière. Mais ça me conforte encore davantage dans l’envie de faire ce travail, parce que malheureusement, dans ce genre de situation, s’il n’y a plus rien à faire pour les victimes, il y a tellement à faire pour ceux qui restent".

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