Attentat sur les Champs-Elysées: Karim Cheurfi, un violent, obsédé par les policiers, pas un radicalisé

Le procureur Molins a expliqué les antécédents de Karim Cheurfi, l'auteur de l'attaque sur les Champs Elysées, mais pas connu comme radicalisé.
Le procureur Molins a expliqué les antécédents de Karim Cheurfi, l'auteur de l'attaque sur les Champs Elysées, mais pas connu comme radicalisé. - © RTBF

Lors d’une conférence de presse donnée à 18H François Molins, procureur de la République de Paris a fourni quelques précisions sur l’attaque survenue, jeudi soir, sur les Champs Elysées à Paris. Karim Cheurfi, 39 ans, était un récidiviste notoire, manifestement obsédé par l'idée de s'en prendre aux forces de l'ordre, mais malgré l'intérêt des enquêteurs pour son profil violent, jamais il n'est apparu comme un islamiste radicalisé. 

Le procureur Molins a présenté le déroulé de l’attaque de jeudi avec précision. "A 20h47, l’individu est arrivé par la rue de Berri dans une Audi. Son véhicule s’est porté, au côté d’une voiture de police au niveau 102 de la rue des Champs Elysées et a fait feu avec une kalachnikov en atteignant mortellement le policier au volant de son véhicule de deux balles dans la tête. L’agresseur a ensuite tiré à plusieurs reprises sur les policiers en faction devant l’office du tourisme de Turquie. Il a ainsi blessé deux policiers. Une passante a également été légèrement blessée au pied." Il a ensuite été abattu par les forces de l'ordre. 

L’identification de l’auteur de l’attaque n’a pas été longue, puisque ses papiers étaient dans le véhicule et que son identité a été confirmée par ses empreintes digitales.

Une morceau de papier évoquant Daesh

Près du corps de Karim Cheurfi, a été trouvé "un morceau de papier tombé de sa poche, qui supportait un message défendant la cause de Daesh. Dans le coffre de l'Audi, un sac de sport noir contenait un fusil à pompe un couteau de cuisine, un sécateur et un coran." Le procureur de la République François Molins a encore précisé que le téléphone de l'auteur des faits a été trouvé. Trois proches sont entendus sous le régime de la garde à vue.

François Molins confirme que l'auteur était connu des services de police et que sa volonté de se procurer des armes et de vouloir tuer des policiers n'était pas un secret pour les forces de police.

Un lourd pédigré

Né le 31 décembre 1977 à Livry-Gargan, une commune de la région parisienne, il avait été arrêté le 23 février, après avoir affirmé en décembre à un proche vouloir "tuer des policiers en représailles de ce qui se passait en Syrie", pris des contacts pour acheter des armes et acheté des couteaux commando, une mini-caméra et des masques sur internet. 

Depuis mars, il était toutefois visé par une enquête antiterroriste, a encore précisé le procureur de la république. Une enquête préliminaire avait  bien été ouverte le 13 janvier 2017 et l'agresseur avait été placé en garde à vue le 23 février."A l'issue de sa garde à vue, il a été relâché, faute d'éléments attestant une volonté criminelle"... Il s’était fait livrer, via internet, des couteaux de chasse et une caméra Go Pro. Mais cela "ne caractérisait pas les menaces de crime et d'association de malfaiteurs. La garde à vue avait donc été levée par le parquet de Maux."

François Molins a expliqué que depuis sa sortie de prison en octobre 2015, il faisait l’objet d’un suivi par un juge d’application des peines de Maux. Et que le 7 avril dernier, après un voyage en Algérie, il s’était bien présenté devant son juge.

Quatre fois incarcéré

Cet homme sans profession connue avait déjà eu affaire plusieurs fois à la justice, pour des faits de vols avec violence puis trois tentatives d'homicide. François Molins énumère des tentatives de meurtre et d'assassinat sur agents détenteurs de l'autorité publique en 2001, des faits de violence en 2008 et des violences aggravées sur codétenus en 2009. Et enfin vol avec effraction, recel et usurpation de plaques d’immatriculation en 2014. 

En février 2005, il avait ainsi été condamné à quinze ans de réclusion pour avoir tenté de tuer un élève gardien de la paix portant un brassard de police ainsi que le frère de celui-ci.

Haine contre la police

Sorti de prison en juillet 2013, il sera de nouveau condamné en 2014 pour vol aggravé à quatre ans de prison dont deux ans de sursis avec mise à l'épreuve, mais sortira finalement en 2015, en liberté conditionnelle.

Selon une source proche de l'enquête, il n'avait pas présenté de signes de radicalisation en détention.

"Il était marqué par la prison mais pas marqué par la religion ou autre", estime Mohammed, 21 ans, qui vit dans un immeuble proche du pavillon où Karim Cheurfi vivait chez sa mère. "Il avait une haine de la justice et de la police (...), il a peut-être pété un plomb en sortant de prison".

Après sa libération conditionnelle, il n'avait pas particulièrement fait parler de lui. "Il avait réussi à se faire un peu oublier", rapporte une source policière.

Une revendication qui pose question

Son attaque sur les Champs-Elysées a été revendiquée par le groupe jihadiste Etat islamique (EI), mais cette revendication pose question puisque l'organisation donne le nom de guerre d'un jihadiste belge nommé comme "Abu Yussef le Belge". 

Dans son voisinage, Karim Cheurfi n'est pas décrit comme un homme radicalisé ayant pu graviter dans la nébuleuse salafiste jihadiste.

"Il ne savait même pas se servir d'une télécommande, alors aller sur internet et contacter Daech, j'imagine pas!", lance Salim.

Abdel, un autre voisin de 23 ans, abonde: "Il avait une haine contre la police, contre la France. Il était marqué par la prison. Mais Daech, c'est n'importe quoi".

L'homme n'était cependant pas connu comme ayant une quelconque pratique musulmane communautaire. "Je vais souvent à la mosquée, je ne l'y ai jamais vu", dit Salim.

 

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