Attendre un enfant et accoucher à l’ère Covid

Le coronavirus a changé les habitudes de toute une société mais aussi celles des maternités où les émotions se succèdent. Attendre un enfant et accoucher dans ces conditions n’est pas forcément évident.  Nous nous sommes rendus dans les différents services de maternité de la Citadelle à Liège.

" Le partage des émotions nous manque "

Cécilia et Quentin sont fiers de nous présenter la petite Thalya. Tous deux portent un masque et les contacts physiques ou les rencontres avec la famille sont remis à plus tard. Ces absences sont douloureuses : "La famille et le partage de toutes ces émotions nous manquent ", confie Cécilia émue. Ils sont confinés dans leur chambre avec leur bébé. Le personnel les rassure, mais l'ambiance à la maternité a bien changé. " Les couloirs manquent de présence.  Il n’y a plus de fleurs, de rires ou de cadeaux pour le moment ", déplore Angie Amico, la sage-femme en chef de la maternité.

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Quentin, Cécilia Drazenovic et la petite Talya © RTBF

Mais les attentes et les espoirs sont bien là. Comme ceux de Mathilde Evrard, qui porte en elle l’un de ces enfants qui naîtront à l'ère Covid. " On ne sait pas de quoi demain sera fait. On se pose beaucoup de questions sur les changements de vie. Peut-être qu’il ne connaitra que ça et peut-être qu’il naitra avec un petit masque ", ironise-t-elle.  Mathilde fait preuve d’un peu d’humour comme pour chasser les appréhensions.

Car derrière chaque échographie, chaque battement de cœur, se cachent les inquiétudes des futures mamans.

Audrez Pattiama est enceinte de 35 semaines.  Elle craint une situation compliquée pour gérer l’arrivée de son bébé. "Le confinement risque d’être difficile pour l’accueillir dans les meilleures conditions ".

Sarah et Sébastien eux, se préparent à accueillir leur troisième enfant. Ils savent que l'expérience sera inédite. "J’appréhende l'accouchement dans quelques heures avec le masque. Ce n’est déjà pas évident de respirer rien que pour parler,… mais l'équipe est extraordinaire", se rassure Sarah.    

Des équipes d’accouchement soumises au stress

A la maternité de la Citadelle, on gère 2.500 accouchements par an. Mais depuis plus d'un mois, les codes ont changé. Par exemple, les allées et venues de gynécologues qui suivent leur patiente sont interdits.  

Pour limiter les risques de transmission, nous avons instauré un système de garde au bloc d’accouchement. Chaque jour, un gynécologue prend en charge les patientes qui sont au bloc d’accouchement.  C’est frustrant pour tout le monde de ne pas pouvoir écrire l’histoire ensemble ", explique Nathalie Habay, gynécologue.

Un lieu d’accueil qui a désormais des barrières

Chaque jour, les patientes qui entrent en salle d’accouchement sont interrogées, testées et triés, car certaines sont positives au virus.  Deux circuits de trajets de soins ont été instaurés: "L’un est dédié aux patientes atteintes ou suspectées de covid-19, et pour éviter toute transmission du virus, l’autre trajet est réservé aux patientes saines ", explique le professeur Michelle Nisolle, cheffe de service universitaire gynécologie et obstétrique.  

" Une rupture encore plus fragilisante " pour les mamans positives

Derrière une porte, une mère positive au coronavirus, vient d'accoucher par césarienne, avec des précautions maximales. L'enfant a été placé en couveuse, le papa ne peut être présent et par la force des choses, la mère est seule. "Son bébé né un peu tôt, est en néonatalogie. La proximité n’est pas recommandée. Nous allons procéder au dépistage aussi chez le bébé et tant que la maman est toujours porteuse et symptomatique, elle ne pourra pas l’approcher avant la quinzaine de jours de rigueur. Cette rupture est encore plus fragilisante ", explique Nora Boubagraouy, sage-femme en chef (référente accouchement bloc Covid et non Covid).

Ce bébé est donc surveillé de près, tout comme Fatima, un autre nouveau-né.

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Eva Khali - Maman de Fatima © RTBF

L’enfant n’est pas suspecté de Covid-19, mais la petite fille est née avec une détresse respiratoire. Sa mère doit donc veiller seule sur elle, avec ce masque à porter en permanence.  "Parfois je me demande si elle me reconnait avec le masque, … mais ça va aller, on va bientôt rentrer à la maison", témoigne la maman de Fatima, très émue.

En attendant ce moment, parents et personnel soignant font face, peut-être plus liés que jamais. Ils savent que dans une autre aile de l'hôpital, on lutte contre la mort, alors qu’eux, malgré les difficultés, célèbrent la vie.

Reportage de notre journal télévisé