Atteindre 30% de zones protégées en 2030 : notre territoire wallon n’est-il pas assez vert ?

15 millions. La Wallonie doit planter 15 millions d’arbres pour sauvegarder ses forêts. En cause, les espèces plantées qui ne résistent pas aux ravageurs et aux épisodes de sécheresse. Voir ces arbres dépérir, c’est voir un tiers de notre territoire wallon se déliter. Les forêts représentent en effet 29,3% de la surface wallonne. Ce sont les zones en vert foncé sur la carte ci-dessous.

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A première vue, le territoire wallon est plutôt préservé. Les zones en rouge (terrains artificialisés) sont moins nombreuses que les zones vertes (forêts, prairies, cultures etc.) © Auteur : IWEPS, 2020 ; Sources : SPF Finances-AGDP ; traitements IWEPS

À première vue, le territoire wallon est donc plutôt préservé. Les zones "artificialisées", là où l’on a construit et qui sont en rouge sur la carte, semblent moins nombreuses que les zones vertes reprenant les forêts, les prairies, les cultures etc. Idem quand on regarde la part de superficie wallonne en 2020.

Et pourtant, il suffit de se promener un peu dans la campagne wallonne pour le constater : les nouvelles constructions poussent comme des champignons. Et ce n’est pas qu’une impression. Quand on compare le graphique d’aujourd’hui avec celui de 1985, on voit que la partie en rouge du camembert s’agrandit.

En effet, "entre 1985 et 2020, les terres artificialisées ont connu une croissance d’environ 552 km², soit environ 15,8 km²/an", explique l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (Iweps). Si les forêts ont perdu un peu de terrain, ce sont surtout les terres agricoles qui ont basculé en terrains résidentiels.

Les forêts auraient perdu 25 km2/an entre 1985 et 2020.

"Cette artificialisation s’est faite principalement au détriment des terres agricoles, ajoute l’Iweps, avec, d’après des chiffres issus du cadastre, une perte de superficie de 596 km2 entre 1985 et 2020 (soit – 6,4% en 35 ans). Toujours d’après les chiffres issus du cadastre, les forêts auraient perdu 25 km2/an entre 1985 et 2020."

Autrement dit, en 36 ans, la Wallonie s’est quelque peu "bétonnisée". Une tendance qui semble toutefois ralentir. C’est surtout "entre la fin des années 1980 et la fin des années 1990" que ces constructions ont eu lieu avec en moyenne plus de 18 km²/an. "Durant les années 2000, l’artificialisation est tombée à 16 km²/an et elle baisse encore sur la période 2010-2014 à 12,7 km²/an et pour la dernière période de 5 ans (2015-2019) à 11,2 km²/an", complète l’Iweps.

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Sur ce graphique, on constate que les terres "bétonnisées" sont de plus en plus nombreuses en Wallonie. © REEW – Sources : SPF Finances – AGDP (base de données Bodem/Sol) ; Statbel (SPF Économie – DG Statistique) (calculs IWEPS sur base de la nomenclature IWEPS/DGO3/CPDT (2008))

L'homme et la nature peuvent faire bon ménage

"On continue à artificialiser des sols alors que la demande en logement pourrait être réglée sans artificialiser des zones agricoles", complète Julien Charlier géographe à l’Iweps et auteur de ces graphiques, "mais plutôt en réutilisant des friches industrielles, des logements inoccupés qu’on pourrait rénover. On pourrait réutiliser des terrains qui ont déjà été artificialisés et qui sont en friche actuellement."

La demande en logement pourrait être réglée sans artificialiser des zones agricoles

"On pourrait aussi densifier davantage les centres des petites villes et villages wallons plutôt que de grappiller des terres agricoles qui sont amenées à l’avenir à nous nourrir. Elles ont aussi des fonctions importantes de captage de CO2 et de perméabilisation. Elles permettent à l’eau de s’infiltrer dans le sol et ainsi éviter les inondations."


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Une analyse qui rejoint celle d’Hélène Ancion, elle est chargée de mission en aménagement du territoire pour Inter Environnement Wallonie et est l’autrice du rapport "Stop béton". Elle dit comprendre l’envie de construire sa maison pour avoir celle que l’on souhaite exactement et pour être tout près de la nature ou encore de ses proches. "Il y a beaucoup d’affectif sous cette question", confie-t-elle. Mais ce n’est pas sans conséquences sur notre environnement. "Il y a des écosystèmes qui ont besoin d’une certaine amplitude dans leur mouvement, des espèces solitaires ont besoin de zones perçues comme 'vides'. Il ne s’agit pas d’espèces très nombreuses mais plutôt d’espaces pour se mouvoir et de configuration adaptée."


►►► Lire aussi : Un parc national en Wallonie ? En quoi est-ce différent (et complémentaire) de la réserve et du parc naturels ?


Difficile, en effet, de trouver des zones où il n’y a pas traces d’homme en Wallonie, même en forêt. Ce n’est pas forcément un souci pour Hélène Ancion. "Cette trace peut être complémentaire et avoir de bonnes interactions avec la nature. Le plus grand danger, c’est de simplifier et d’uniformiser avec une seule formule pour artificialiser le territoire. On en condamne certaines, en détruisant d’anciens bâtiments par exemple, alors que c’est peut-être un endroit où il y a des interfaces avec la nature."

Et de prendre l’exemple des carrières. "Il y a une biodiversité extraordinaire dans les carrières car le relief du sol est fort modifié, qu’il y a des espaces dégagés et abrupts ce qui multiplie les possibilités pour la faune et la flore, les champignons, les lichens et un tas de choses qu’on ne connaît pas encore puisqu’on ne connaît que 1% de ce qui habite notre sol."

30% de zones protégées d’ici 2030

Une richesse à préserver notamment via les objectifs de développement durables fixés par l’ONU pour 2030. Or, le dernier bulletin de la Belgique n’était pas parfait sur cet aspect : la Belgique n’atteint que 15% de zones protégées sur les 17% qu’il fallait atteindre en 2020. En 2030, cette proportion doit atteindre 30%.

Au regard des graphiques ci-dessus, nous pourrions nous dire que nous les avons atteints côté wallon avec toutes les zones en vert sur la carte. "Nenni hein !", répondra-t-on au sud du pays. Car si les zones en vert sont des zones boisées ou agricoles, elles ne sont pas pour autant "protégées" dans le sens où les écosystèmes, la faune et la flore peuvent y être modifiés, exploitées, perturbées… artificialisées dans certains cas.

Il y a tout un éventail de choses à faire dont beaucoup sont gratuites

En réalité, environ 13% du territoire wallon est couvert par un type d’aires protégées (Natura 2000, réserve naturelle…) pour 14,3% (en moyenne) dans les territoires voisins. Pour augmenter cette proportion, il est notamment prévu de mettre en place des parcs nationaux.

Pour Inter Environnement Wallonie, il est surtout important de penser de manière locale. "Il y a plus que 36 solutions, explique Hélène Ancion. Il y a tout un éventail de choses à faire dont beaucoup sont gratuites. Par exemple, plutôt que de demander aux ouvriers communaux de tailler et tondre plusieurs fois par mois, l’affecter à d’autres tâches qui préservent notre nature quel que soit son âge. Il ne faut pas toujours 'créer' de nouvelles forêts mais aussi préserver celles qui existent", conclut la chargée de mission. Et qui sont en bonne santé, pourrait-on ajouter.

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