Associations invitées dans les écoles: leurs interventions sont-elles bien neutres?

La question fait en tout cas débat. Ce mardi après-midi, l’intelligence des animaux et la maltraitance animale figuraient au programme de cette classe de 4èeme primaire de Trazegnies, dans la région de Charleroi. Pour aborder cette thématique, le professeur a fait appel à un animateur du groupe d’action dans l’intérêt des animaux, Gaia. "Le but de ces animations est de susciter de l’empathie, d’encourager les élèves à avoir un rapport avec les animaux dénués de violence et empreint de compassion", indique l’animateur invité de chez Gaia, Jean Gauthier.

Lors de certaines animations, des sujets sensibles, comme l’alimentation et l’élevage industriel sont aussi abordés auprès des élèves. Des sujets qui touchent à un débat plus large et sont fatalement orientés dans le discours de Gaia. "Les élevages industriels, ils existent. On ne peut rien y faire. Ils sont là. Maintenant, c’est vrai que Gaia essaie de faire reculer l’élevage industriel. Ce n’est pas un secret. Beaucoup de Belges sont contre les élevages industriels. C’est normal, car c’est choquant. Quand on parle d’animaux avec les élèves, on leur montre que ce sont des êtres sensibles qui méritent de vivre à l’abri de la souffrance. Et quand ils voient les élevages industriels, ils sont évidemment choqués. Je pense que ce débat a sa place à l’école. C’est de la sensibilisation", affirme Jean Gauthier.

Mais ces interventions sont-elles bien neutres ? La question, en tout cas, se pose. Le professeur qui a invité l’association Gaia, lui assume ce choix, et explique que cette invitation est liée à ses convictions. " Il y a le foie gras. Mais, on leur propose du faux gras. Au niveau gustatif, il paraît que c’est la même chose. Personnellement moi, j’ai mangé du faux gras, et il n’y a pas de différence. Donc, autant ne pas gaver l’estomac de l’animal. Je n’ai pas l’impression de spécialement les influencer à manger un produit plutôt qu’un autre. Ce sont eux qui vont décider quand ils seront adultes. Donc, est-ce qu’ils vont se souvenir de l’animation ? Oui, j’espère ou alors, tant pis. Cela sera un coup dans l’eau", déclare Benoît Hancq.

Echevinat de l’Enseignement de Charleroi : neutralité et prise de recul importante

Dans une école libre, comme celle dans laquelle le professeur que nous avons rencontré, exerce, il suffit d’un simple accord de la direction d’école pour faire venir un animateur en classe. Il faut également l’accord du pouvoir organisateur dans les autres réseaux. Du côté de l’échevinat de l’Enseignement de Charleroi, une certaine autonomie est laissée aux établissements scolaires, mais la neutralité est un principe essentiel. "On fait évidemment confiance à nos équipes éducatives. Toutefois, nous avons un pool de 5 personnes appartenant à l’Inspection pédagogique de la Ville de Charleroi, qui est là pour vérifier que les activités sont bien conformes à notre projet éducatif au niveau de la Ville de Charleroi, et surtout pour accompagner les enseignants qui le souhaitent. Concrètement, nous avons l’apport pédagogique qui est essentiel. Au niveau de l’enseignement officiel de la Ville de Charleroi, c’est un principe de neutralité, c’est-à-dire, pas de signe convictionnel, pas de volet politique, et on essaie aussi de privilégier des activités qui ne coûtent pas aux familles", affirme Julie Patte.

Concernant des thèmes comme ceux abordés par Gaia dans leurs animations, celle-ci précise que "cela n’est pas un problème à partir du moment où il y a une neutralité, et pas de parti pris dans le volet convictionnel. Il faut vraiment que les enseignants prennent du recul par rapport à ces différentes thématiques, mais l’ouverture est assez générale par rapport aux sujets. Et, un point de vue comme Gaia ne devrait pas poser de problème, mais c’est vraiment à l’équipe éducative de prendre du recul pour que ce principe de neutralité soit gardé au bout du compte."

En 2018, une plainte a été déposée à l’encontre de Gaia. Celle-ci a été jugée non fondée, mais le ministère souligne que si les parents ont des doutes quant au caractère impartial d’une animation, ils peuvent s’adresser au service de l’inspection de l’enseignement.

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