Assises de Liège: le tumultueux passé des tueurs présumés d'Ihsane Jarfi

Assises de Liège: le tumultueux passé des tueurs présumés d'Ihsane Jarfi
Assises de Liège: le tumultueux passé des tueurs présumés d'Ihsane Jarfi - © NICOLAS LAMBERT - BELGA

Les interrogatoires des accusés ont débuté lundi après-midi devant la cour d'assises de Liège au procès des tueurs présumés d'Ihsane Jarfi. Les quatre accusés ont résumé les différentes étapes de leur existence. Tous ont vécu une vie tumultueuse avec des épisodes de violences.

L'interrogatoire des accusés réalisé ce lundi par le président Philippe Gorlé portait uniquement sur leur personnalité. Ils ont été questionnés sur leur situation familiale, sur leur parcours scolaire et sur leur situation professionnelle à l'époque des faits.

Mutlu Kizilaslan est né d'un couple de parents turcs musulmans établis à Verviers. L'accusé a étudié la maçonnerie et la gestion, puis il s'est lancé dans la tenue d'un snack pitta à Waremme. Après la fermeture, il a occupé divers jobs d'intérimaire en qualité de pontier ou d'opérateur. En 2009, à l'âge de 25 ans, Mutlu Kizilaslan était déjà endetté pour 35 000 euros.

Après avoir causé un incendie volontaire, Mutlu Kizilaslan a été impliqué dans une scène de règlement de compte, lors de laquelle il a reçu une balle dans la jambe. "C'est à partir de cet événement que ma vie a basculé", a soutenu l'accusé. Kizilaslan a consommé de l'alcool et de la drogue. Il a tenté de mettre fin à ses jours.

En avril 2010, Mutlu Kizilaslan a été impliqué dans un vol avec violence. "Mais ce n'était rien de grave", a-t-il affirmé. En 2011, l'accusé a suivi une cure de désintoxication, où son agression était calmée à coups de sédatifs. Il a ensuite renoué avec sa compagne, laquelle a constaté une augmentation de son degré d'agitation lorsqu'il a cessé de prendre des sédatifs. Incarcéré depuis l'homicide d'Ihsane Jarfi, Mutlu Kizilaslan est devenu père d'une fille en octobre 2012. Selon lui, dans la religion islamique, l'homosexualité se situe à un degré de gravité plus élevé que la consommation d'alcool.

Jérémy Wintgens a vécu une scolarité médiocre. Il était connu pour être gentil mais aussi pour certains épisodes de violences. En 2008, il a été impliqué dans une dispute avec son voisin et l'a atteint de trois tirs de carabine à plomb. En mars 2010, le jour de l'enterrement de sa maman, Jérémy Wintgens a violemment projeté sa soeur sur une voiture puis lui a donné un coup de pied dans le dos. Il aurait été mécontent du partage inégal de l'héritage.

Jérémy Wintgens a aussi été impliqué dans un vol avec violence avec Mutlu Kizilaslan dans une station-service et dans différentes scènes de coups. Il a fait la connaissance de Lekeu et Parmentier à l'Asbl Régie de Quartier d'Engis. Il a pratiqué la boxe en leur compagnie mais ses principales occupations reposent sur les jeux vidéo et la consommation de drogue et d'alcool avec ses amis.

Lors de son interrogatoire, Jonathan Lekeu a confirmé qu'il a suivi des études primaires avec succès mais qu'il s'est ensuite orienté vers des activités plus manuelles. Il a fait une formation de menuisier. A l'exception de petits jobs temporaires, il n'a jamais connu de longue occupation professionnelle. En octobre 2010, il a été impliqué dans l'agression violente d'un handicapé sexagénaire.

Eric Parmentier a également vécu une scolarité chaotique. Il a terminé ses études primaires mais a galvaudé ses années de formation professionnelle. Cet accusé a connu sa première incarcération à l'âge de 19 ans. Il a multiplié les faits de délinquance et a endossé de nombreuses condamnations. Son casier judiciaire comporte 4 pages. Parmentier a épousé récemment une dame qui a été condamnée pour meurtre.

Mardi, la seconde journée du procès sera intégralement consacrée aux interrogatoires des accusés. Le président Philippe Gorlé les interrogera cette fois sur le fond de l'affaire.

L'accusation décrit une scène d'une extrême violence

En attendant, l'acte d'accusation a décrit une scène d'une très grande violence. Ihsane Jarfi aurait été victime de nombreux coups et a agonisé plusieurs heures à l'endroit où il avait été abandonné.

L'homme de 32 ans, disparu depuis la nuit du dimanche 22 avril 2012, avait été retrouvé mort le 1er mai 2012 dans la région de Tinlot. Il avait été la cible de nombreux coups violents qui ont entraîné sa mort. Mutlu Kizilaslan (30 ans), Jérémy Wintgens (30 ans), Jonathan Lekeu (25 ans) et Eric Parmentier (36 ans) sont accusés de l'avoir assassiné parce qu'il était homosexuel.

Le corps avait été découvert à Seny par un homme qui circulait en voiture. Le cadavre reposait au pied d'un pylône électrique, accessible uniquement par un chemin boueux qui serpente à travers les bois.

Durant la lecture de l'acte d'accusation, les lésions observées lors de l'autopsie ont été détaillées. Celles-ci avaient démontré qu'Ihsane Jarfi avait été la cible d'une scène particulièrement violente. Il est question de coups de poings et de pieds répétés. L'autopsie avait également démontré un écrasement de la cage thoracique avec 17 côtes brisées, un écrasement cervical et des traces de coups portés avec acharnement à la tête, au thorax et à l'abdomen. L'agonie d'Ihsane Jarfi a duré entre 4 et 6 heures.

Le caractère homophobe des faits a également été abordé dans l'acte d'accusation. Le soir des faits, Mutlu Kizilaslan n'aurait pas supporté d'entendre un homosexuel parler de religion islamique et de musulmans. C'est ainsi qu'il avait justifié les premiers coups portés à Ihsane Jarfi. Eric Parmentier admet pour sa part avoir perdu son calme lorsqu'Ihsane Jarfi lui a fait des propositions homosexuelles.

L'un des quatre accusés ciblé grâce à une enquête téléphonique

Au cours de l'audience de ce lundi, on a également appris que c'est grâce à une enquête téléphonique que les enquêteurs ont pu cibler l'un des quatre accusés, puis les arrêter tous les quatre.

Les enquêteurs ont d'abord essayé de localiser le jeune homme disparu. Et pour ça, ils ont tenté de localiser son gsm. Ils le repèrent cinq jours après la disparition. Un nouveau numéro d'appel est introduit dans le GSM d'Ihsane Jarfi. Ce numéro de téléphone, c'est celui de Mutlu Kizilaslan, le premier des quatre accusés.

Mutlu Kizilaslan est entendu par les enquêteurs. Il nie. L'enquête téléphonique continue sur son GSM. La nuit de la disparition d'Ihsane Jarfi, Mutlu Kizilaslan a beaucoup appelé Jérémy Wintgens, Jonathan Lekeu et Eric Parmentier... qui possède une voiture semblable à celle dans laquelle un témoin a vu monter Ihsane Jarfi. Wintgens et Lekeu sont entendus. Lekeu admet avoir donné des coups violents. Tous les trois sont incarcérés. Puis Kizilasan admet avoir rencontré Ihsane Jarfi.

Des quatre, il en reste un en fuite: Eric Parmentier. Les enquêteurs entendent sa compagne. Pendant l'audition, elle reçoit un coup de fil du fuyard qui est repéré et arrêté à Barvaux. Eric Parmentier reconnaît les faits, mais il minimise. Le corps mutilé de la victime Ihsane Jarfi avait, lui, été retrouvé deux jours plus tôt à Seny, le long d'un chemin forestier tout proche du pylône qui avait accroché le téléphone d'un des quatre accusés.

RTBF avec Belga

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