Assassinat de Valentin Vermeesch: l'effet de groupe peut-il tout expliquer?

Valentin Vermeesch est un adolescent de 18 ans. Il accuse un léger retard mental. Il y a 2 ans, il a été violé, torturé, séquestré et tué. Une mort horrible puisqu’il a été jeté dans la Meuse, menotté, alors qu’il ne savait pas nager.

La cour d’Assises de Liège va juger cinq accusés, des jeunes gens dont un mineur au moment des faits. Ils se connaissaient entre eux, et ils connaissaient la victime. L’acte a-t-il pu être renforcé par ce que l’on appelle l’effet de groupe ?

Le pouvoir du conformisme

Dans les années 50, une expérience du psychologue Solomon Asch est perturbante : un individu naïf et 4 comédiens, complice de l’expérience sont assis autour d’une table. On leur montre des images avec des lignes et on leur demande laquelle des 3 lignes de droite correspond à celle de gauche. Le groupe doit donner la réponse à voix haute.

« Alors que le sujet voit clairement quelle est la bonne réponse, il va se laisser influencer par le groupe qui va donner intentionnellement une mauvaise réponse, commente Benoît Dardenne, psychologue à l’Ulg, spécialisé dans l’étude du fonctionnement des personnes. La majorité des sujets va se conformer à cette mauvaise réponse. C’est une des formes de l’effet de groupe. Et dans le cas de cette expérience, les sujets ne se connaissent pas entre eux. »

Dans le cas des bourreaux de Valentin Vermeesch, l’effet de groupe semble être évident. Avec une seule et même idée : détruire. Un sentiment de puissance qui pallie une fragilité sociale. Le juge d’instruction en charge de l’enquête avait d’ailleurs demandé une expertise systémique, ciblée sur l’effet de groupe.

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Benoît Dardenne poursuit : « L’idée est que lorsque l’on fonctionne dans un groupe, on peut perdre certains repères. Les repères nous sont donnés par nous-mêmes mais aussi par la situation dans laquelle nous sommes, par le groupe dans lequel nous sommes… Et à un moment donné, le groupe peut faire éclater ces repères. Alors, on peut assister à des comportements extravagants, exagérés, extraordinaires ».

Tout le monde peut être confronté à l’effet de groupe

Les exemples sont nombreux, lors de matches de foot, lors des baptêmes étudiants, ou comme il y a 2 ans, une émeute dans le carré au centre-ville de Liège. Les mouvements de foules se sont multipliés. Alors que les individus pris séparément ne seraient peut-être pas arrivés aux mêmes comportements.

Manuel Comeron, psychologue au plan de prévention de la Ville de Liège, a dû gérer de nombreuses situations où l’effet de groupe a entraîné des dérives. « Il y a des facteurs facilitateurs, analyse-t-il. Ça peut être l’alcool, par exemple, ou dans le contexte du hooliganisme, ça peut être la compétition du foot, avec des groupes qui développent une forme de sous-culture entre eux ; dans le cas du radicalisme, ça va être une idéologie qui va pousser la violence à l’extrême, jusqu’aux meurtres d’individus. »

Il est clair que l’effet de groupe explique, en partie, certains comportements. Mais peut-il faire l’objet de circonstances atténuantes ? Pour certains accusés ? Dans le procès des assassins présumés de Valentin Vermeesch, c’est la justice qui en décidera.

Journal télévisé 30/04/2019

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