Assassinat de Laure Nobels: "Après presque 8 ans, notre procès n'est pas encore terminé", indiquent les parents

Le 9 mai 2012, Laure Nobels, 16 ans, a été assassinée par son petit ami parce qu’elle lui avait reproché de l’avoir à nouveau trompée avec une autre fille. Bien qu’au début de l’enquête il ait nié avoir eu une intention homicide, il avait avoué plus tard avoir effectivement voulu "arracher la vie" à sa petite amie lorsqu’il avait senti qu’elle allait le quitter. 

Comme Laure, 38% de l'ensemble des meurtres des femmes dans le monde sont commis par leur ex partenaire, selon un rapport de l'ONU. En 2019, en Belgique, 22 femmes sont mortes sous les coups de leur partenaire. 

Et en ce 25 novembre, journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, les parents de Laure, Isabelle et Claude Nobels étaient les invités de La Première lundi matin. Ils sont venus pour témoigner de leur combat contre le harcèlement et les violences faites aux femmes, à tout âge, et dans tous les milieux et sont pour une prise de conscience, dès l’école, dès l’adolescence.


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Isabelle et Claude n’étaient effectivement pas au courant des violences qu’avait déjà subies leur adolescente. "On a découvert avec l’enquête qu’il y avait un rapport de domination. Il n’a pas supporté le fait qu’elle le quitte et qu’il n’ait plus ce rapport de domination sur elle. Il n’y avait pas de signes avant-coureurs. On voyait bien que la relation était un peu tumultueuse, qu’il lui avait menti. J’ai parlé de ça avec elle", explique Isabelle.

"Il y a 7 ans, on ne parlait pas de féminicides"

L’enquête a également démontré qu’elle a plusieurs fois été harcelée, notamment via les réseaux sociaux. "Je pense que les jeunes vont souvent dans les téléphones des uns des autres, ce qui n’est pas normal. Ils posent la question de la confiance. Ce sont des raisonnements à l’inverse d’une relation de confiance. On a découvert qu’il s’était fait passer pour elle auprès d’un ex à elle pour avoir accès à leurs anciennes conversations. C’est inacceptable. Mais ce n’es pas le signe qu’une personne va tuer quelqu’un d’autre."

Claude, le papa, a tenu a adressé un message aux jeunes. "Ne donnez jamais vos codes secrets. Gardez votre intimité. On n’a pas d’expériences avec les nouvelles technologies. Maintenant on naît avec un téléphone dans les mains."

Dimanche après-midi à Bruxelles une manifestation a rassemblé 10.000 personnes contre les féminicides. Féminicide dont a été victime Laure. Mais au départ, les parents n'ont pas utilisé ce terme. "Il y a 7 ans, on ne parlait pas de féminicides. C’est un néologisme assez récent. On s’est rendu compte que ça l’était, il l’a tuée parce que c’était une femme."

Failles du système judiciaire

Les parents pointent également les failles du système judiciaire. L’assassin de Laure Nobels a été libéré sous conditions en juin 2019. Condamné en décembre 2016 à 14 ans de détention, il n’a donc presté qu’un an et demi de prison.

A l’époque des faits, le jeune homme avait 17 ans. Il est donc d’abord passé par l’IPPJ, puis par la case prison pendant 1 an. Mais entre l’IPPJ et les juridictions pour adulte, il y a eu une période d’attente de procès, pendant laquelle il a pu s’inscrire à l’ULB. Ce que les parents de Laure dénoncent.

"Il y a eu un appel pour qu’il quitte ce campus et dans un premier temps la justice a dit "ok". Mais en janvier, la chambre des mises en accusation avait dit qu’il pouvait terminer son année sur le campus. Ce qui est aberrant. D’abord au détriment des victimes et puis aussi car on ne savait pas exclure sa dangerosité. Et puis, c’est difficile aussi pour les proches de Laure, présents sur le campus. Quelle est la conscience de la gravité de la situation ? Je ne sais pas..", s'interroge Isabelle.

Je ne peux pas comprendre que quelqu’un qui fait un an et demi de prison ferme soit libéré comme ça

Claude aussi se désole de la façon dont les proches des victimes sont traités. "Pendant tout le parcours pénal on a été complètement maltraité. Il faut savoir que depuis l’affaire Julie et Melissa, on écoute un peu les parents et proches des victimes, mais c’est surtout de la courtoisie. Notre procès n’est pas encore terminé après presque 8 ans. Et on va faire appel au civil l’année prochaine."

Quant à la libération du meurtrier, il se dit "estomaqué". "Je ne peux pas comprendre que quelqu’un qui fait un an et demi de prison ferme soit libéré comme ça. C’est complètement fou. Il y a deux interdits fondamentaux chez nous, l’inceste et le meurtre. On ne tue pas. Et si on tue on doit être fortement sanctionné."

Un ressenti partagé pour les amis de Laure. "Pour eux, c’est une injustice flagrante. Il y a eu des traumatismes. Ils ne sont pas satisfaits de la justice."

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