Asile en Europe: le calme après la "tempête"? Où sont passés les réfugiés?

Baisse généralisée des demandes d'asile en Europe, fermeture de la route des Balkans. Où vont les candidats à l'asile venus principalement de Syrie, Irak et Afghanistan?
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Baisse généralisée des demandes d'asile en Europe, fermeture de la route des Balkans. Où vont les candidats à l'asile venus principalement de Syrie, Irak et Afghanistan? - © JOE KLAMAR - AFP

Le nombre de demandes d'asile est en nette régression en Belgique, à tel point que les CPAS se demandent quoi faire de près de mille places d'accueil excédentaires, créées dans le cadre du plan de répartition lancé par Theo Francken, secrétaire d'Etat à l'Asile et aux Migrations. Face à ces déclarations, plusieurs questions se posent donc: en Europe, où se trouvent ces migrants qui essayent d'atteindre nos pays? Aurait-on créé trop de places d'accueil en Belgique?

De plus en plus de barrières sur le chemin vers l'asile

Avant de se pencher sur la situation dans notre pays, il faut prendre de la hauteur et observer le phénomène au niveau européen. La baisse des demandes d'asile s'observe pour la plupart des pays européens, excepté pour la Grèce, l'Espagne, l'Italie et surtout l'Allemagne qui ne cesse d'accueillir plus de migrants. Elle abrite près de 40% des demandeurs d'asile de l'Europe des 28. Si cette diminution dans le nombre de demandeurs d'asile est en partie due à l'arrivée de l'hiver, ce sont aussi les politiques européennes et nationales qui expliquent cette évolution des chiffres.

Depuis les arrivées de réfugiés de l'été 2015, une suite de d'actions ont été mises en place par l'Union européenne et surtout, par les pays situés aux portes de l'Europe et sur les routes migratoires pour réguler ce flux humain. Principalement, des fermetures et contrôles étroits aux frontières des pays des Balkans, ont rendu quasi impossible l'utilisation de cette route migratoire pour les candidats à l'asile.

Une solution inefficace, selon François Gemenne, chercheur en sciences politiques à Liège, au FNRS et SciencePo à Paris. "La fermeture des routes va seulement en ouvrir d'autres. On constate déjà qu'une nouvelle route s'est ouverte de la Libye vers l'Italie, avec tout le business des passeurs qui l'accompagne."

L'Union européenne, elle, se cherche une politique commune… mais n'y parvient pas. Elle a d'abord établi un plan de répartition des migrants séjournant en Grèce, Italie et en Hongrie en septembre dernier. Un plan qui ne fait pas l'unanimité, la Hongrie ayant refusé d'y participer et fermé ses frontières à l'aide de barrières et barbelés. Ce plan prévoyait de "redistribuer" 120 000 personnes. A l'heure actuelle, seules quelques centaines d'entre elles ont été accueillies, notamment en France et en Finlande.  Sa mise en œuvre se fait donc attendre.

L'Europe cherche à se défausser de ses responsabilités

Deuxième mesure européenne, le fameux accord avec la Turquie scellé en mars dernier, qui prévoit une sorte d'échange de migrants. La Turquie s'est engagée à accueillir tout migrant arrivé en Grèce de manière illégale, et en échange, elle enverra un réfugié Syrien vers l'UE. Alors que la Turquie accueille déjà près de trois millions de candidats à l'asile.

"Cet accord avec la Turquie, c'est un deal dégueulasse. L'Europe cherche juste à se défausser de ses responsabilités, et à ce que l'arrivée massive de migrants sur son territoire ait moins d'impact médiatique" s'insurge François Gemenne. "La solution pour réguler cet afflux, c'est l'ouverture des frontières. Ouvrir des routes humanitaires sûres et  avoir une politique d'asile européenne commune. Cette vision est souvent considérée comme une utopie, mais c'est une solution très pragmatique au problème."

Où sont les réfugiés venus en Belgique?

Depuis septembre 2015, le nombre de primo-arrivants, c'est-à-dire de réfugiés qui ont fait une première demande d'asile sur notre territoire, est en perte de vitesse. Après un pic de plus de 5000 demandes en juillet 2015, la tendance est à la baisse, avec un peu plus de 1000 demandes en mars 2016. C'est à peine 10% de plus qu'au mois de mars l'année précédente, avant l'arrivée massive des candidats réfugiés vers l'Europe.

Moins de réfugiés, ce qui veut dire que de plus en plus de places d'accueil sont vides. Les fédérations des CPAS tirent la sonnette d'alarme, près de 1000 places sur les 5000 créées sont vides… alors que le plan de répartition entre les communes entrera officiellement en vigueur le 1er mai.

"Nous sommes dans une situation où nous avons créé beaucoup de places d'accueil provisoires qui, petit à petit, se ferment face à la diminution du nombre de demandes d'asile, commente Malou Gay, co-directrice du Ciré (Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers).  Les primo-arrivants sont redirigés vers des places d'accueil structurelles."

Quid des places excédentaires?

Le plan de répartition entre communes a-t-il donc été mis en place trop tard? Pas forcément.

"Le plan de répartition européen devrait se mettre en marche. On nous a annoncé l'arrivée d'une centaine de migrants depuis la Grèce. Ces places libres devraient donc se remplir" ajoute la co-directrice du Ciré. De plus, avec la fin de l'hiver, les conditions météorologiques seront plus favorables à des traversées en mer. Le commerce des passeurs reprendra de plus bel. "Il ne faut donc pas se retrouver dans la situation où l'on va fermer des places qui devront rouvrir cet été." selon Malou Gay. De plus, la manière dont le modèle d'accueil est organisé en Belgique laisse prévoir que ces places seront bientôt occupées.

Actuellement, le nouveau modèle d'accueil prévoit que les migrants avec un certain statut accèdent directement à un logement individuel, sans passer par la case logement communautaire. "Ce sont les personnes qui ont une grande chance d'obtenir le statut de réfugié, comme les personnes de nationalité syrienne ou en situation de vulnérabilité. Et le pourcentage de reconnaissance du statut de réfugié est passé de 30% à 60% depuis juillet 2015." Lorsqu'elles obtiennent le statut de réfugié, ces personnes doivent trouver un logement dans les deux mois. "Les installer dès le début dans un centre d'accueil d'un CPAS facilite les démarches d'intégration."

Il faut penser à l'intégration des réfugiés sur le long terme

Selon François Gemenne, "les réfugiés ont tendance à se regrouper dans les grands centres urbains", là où ils ont plus de facilités de déplacement et d'accès à l'administration, et où ils retrouvent plus facilement des gens de leur communauté. "La répartition sur tout le territoire des migrants doit donc demander une certaine pédagogie de la part du fédéral" pour François Gemenne.

"Mais on observe un accueil de grande qualité dans les petits communes, commente Malou Gay. Toutes sortes d'initiatives locales sont mises en place, plus que dans les grandes villes. Et certaines communes voisines s'associent pour proposer des formations et un suivi adéquats de ces demandeurs d'asile."

L'intégration des réfugiés, un autre défi pour les autorités. "Il faut que nos ministres réfléchissent à l'intégration des personnes ayant le statut de réfugié, pointe Malou Gay. Pour l'instant, ils se renvoient la balle, arguant que c'est une compétence régionale ou que l'intégration dépend des communes. Mais il faut commencer à donner des moyens aux structures qui favorisent l'intégration des réfugiés sur le long terme."

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