Arrêter de fumer, c'est possible à tout âge, mais nous ne sommes pas tous égaux devant la dépendance

La Semaine sans tabac en Belgique débute ce lundi en vue de la Journée mondiale sans tabac le 31 mai. En Belgique, un Belge sur 5 fume mais la consommation de tabac a nettement diminué ces 20 dernières années.  Qu’est-ce qui a permis cette baisse ? La pandémie va-t-elle changer quelque chose ? Invitée sur la Première, Éloïse Delforge, chargée de projet à l’ASBL Farès (fonds des Affections Respiratoires) répond à ces questions.

Le coronavirus a-t-il influencé la consommation de cigarettes ?

Éloïse Delforge : "On ne peut pas encore le dire exactement actuellement, mais il y a eu une enquête qui a été faite à la fin du premier confinement et on a remarqué qu’il y avait eu 30% des fumeurs qui avaient augmenté leur consommation, mais il y avait aussi 30% d’entre eux qui avaient diminué ou arrêté, et il y avait 30% restants des répondants pour qui c’était le statu quo. Donc, finalement, on se rend compte que quand le contexte de vie des personnes change, c’est un levier vers le changement de comportement. Donc, au-delà de l’aspect motivationnel, un changement de contexte de vie peut parfois être un levier pour un changement."

Entre 1997 et 2018, on note quand même une nette diminution des fumeurs, moins 40%. Comment l’expliquer ?

"Je pense justement qu’il n’y a pas une seule chose qui est responsable de cette diminution, mais ce sont bien de multiples facteurs et de multiples actions à différents niveaux, que ce soit au niveau de la législation, de l’environnement, même si on essaye d’approcher les personnes avec une approche motivationnelle et positive, comme on le fait dans cette campagne de la Semaine sans tabac.


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Le but est d’essayer de mettre en avant les bénéfices de l’arrêt du tabac plutôt que de se concentrer sur la peur. Pour rejoindre les fumeurs qui fument encore actuellement, il est important d’adopter une approche positive et de mettre en avant les bénéfices de l’arrêt du tabac."

Mettre chaque jour un bénéfice de l’arrêt du tabac. Par exemple ?

"Par exemple, aujourd’hui, ça va être le bénéfice du goût et de l’odorat que le fumeur retrouve dès la diminution ou l’arrêt. Demain, ce sera le bénéfice des économies financières. Il sera possible de calculer ses économies. Ensuite, il y aura le bénéfice de la liberté, le meilleur souffle, un meilleur cœur, mais aussi la santé sexuelle et la fertilité, et il y aura aussi le bénéfice de l’impact environnemental."

Il est toujours temps d’arrêter de fumer, quel que soit son âge ?

"Exactement, et c’est pour cela que dans cette campagne, on ne vise pas un âge en particulier, mais bien tous, que ce soit jeune ou moins jeune. Il est toujours temps et il y a toujours des bénéfices à retirer d’une réduction ou de l’arrêt du tabac."

Sommes-nous tous égaux devant le tabac, la dépendance au tabac ?

"Il y a certaines personnes qui sont plus vulnérables, et je pense par exemple aux nouveau-nés, aux jeunes enfants ou même aux jeunes adolescents. Leur cerveau est en développement et le contact avec la nicotine peut entraîner, à l’âge adulte, des dépressions ou des difficultés de concentration. Il y a aussi toutes les personnes qui ont des comorbidités ou des pathologies respiratoires.


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Après, il y a aussi des différences entre les hommes et les femmes. C’est une évaluation, ça ne peut pas toujours être comme ça, mais on estime qu’un homme va être dépendant à six mois, tandis qu’une femme va être dépendante à la nicotine après trois mois de contact avec la nicotine. C’est aussi pour ça que pendant la Semaine sans tabac, un groupe de parole s’organise uniquement à destination des femmes, pour avoir une approche un peu plus genrée par rapport à ça, puisque les enjeux ne sont pas toujours les mêmes. Et puis, il faut savoir que la prévalence du tabagisme est plus élevée chez certains groupes de la population. Je pense par exemple aux personnes en situation de précarité, mais aussi aux personnes qui présentent des troubles psychiatriques."

Pour arrêter de fumer, il y a autant de parcours de sevrage que de fumeurs ?

"C’est justement ça l’objectif de la Semaine sans tabac : faire découvrir aux fumeurs, aux fumeuses et à leur entourage toutes les possibilités qui s’offrent à eux et toutes les aides qui sont là pour les soutenir et les encourager. Je pense par exemple au soutien que peut offrir un tabacologue. On sait que l’accompagnement d’un tabacologue offre trois fois plus de chances de réussite dans le sevrage, et c’est pour cela que pendant la Semaine sans tabac, on propose des séances gratuites de 20 minutes pour découvrir ce qu’est un tabacologue et toutes les possibilités que peut offrir le suivi avec un tel professionnel, puisqu’il peut aussi aider le fumeur ou la fumeuse à découvrir quelles aides sont adaptées à ses besoins."

La cigarette électronique, faut-il s’en méfier ?

"C’est une porte de sortie pour certains, c’est-à-dire que ça va être un outil qui va permettre de réduire les risques pour les gros fumeurs qui fument depuis des années, qui ne parviennent pas à arrêter et qui veulent quand même réduire leur risque pour la santé. À ce moment-là, la cigarette électronique est un bel outil. Ça peut être aussi une étape vers le sevrage.

Mais d’un autre côté, ça peut aussi être une porte d’entrée, et c’est pour cela que je dis attention. Pour les jeunes, ça peut être une rebanalisation du tabagisme et ça peut être une porte d’entrée parce que c’est un premier contact avec la nicotine. On déconseille donc toujours la cigarette électronique pour les femmes enceintes, les jeunes et les non-fumeurs. Mais ça reste quand même un très bel outil pour certaines personnes."

Rendez-vous sur le site semainesanstabac.be pour avoir la liste de toutes les activités organisées. Notez également ce numéro de téléphone, celui de Tabacstop : 0 800 111 00.

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