Arnaques sur le web: risque accru pendant les vacances

Arnaques sur le web (image d'illustration)
Arnaques sur le web (image d'illustration) - © Archive TONY KARUMBA - BELGAIMAGE

Gare aux rencontres virtuelles. Les arnaques sont nombreuses et en augmentation. Les escrocs ne vous demandent pas toujours de l’argent, ils peuvent aussi vous en envoyer. Et, parole de policier, cela n’arrive pas qu’aux naïfs.

Dans cette boutique de produits africains en plein centre de Namur, Nadine voit tous les jours des victimes d’arnaques. Son magasin propose aussi un service de transfert d’argent. "Tous les jours. Cela arrive tous les jours. A partir de 1000 euros, je leur demande s’ils connaissent les personnes à qui ils envoient de l’argent. Quand ce sont des Belges ou des Français qui envoient en Côte d’ivoire, ou en Chine, ou ailleurs, je leur dis que c’est une arnaque. Mais ils envoient quand même."

Les clients réagissent souvent mal à ce type de mise en garde. "Ils me disent que je n’ai pas à me mêler de leur vie privée. Parfois ils s’énervent. Mais de toute façon, au bout de trois ou quatre envois, Moneygram les bloque parce qu’il voit bien que ces gens envoient toujours des grosses sommes à la même personne."

Une fois bloqué, le client s’en va bien souvent chez le concurrent pour continuer à faire ses envois d’argent.

Des scénarios multiples

Nadine ne les juge pas. "Leur profil ? Au début c’était surtout des personnes âgées. Maintenant, c’est tout-le-monde. Ca peut être vous, ou moi, cela peut être n’importe qui qui trouve l’amour, ou qui veut acheter quelque chose à l’étranger et à qui l’on demande de payer des frais. J’ai même eu un jour un homme de 50 ans qui est venu pour envoyer de l’argent en Espagne. Il avait soi-disant retrouvé son père qu’il n’avait jamais connu …"

Les scénarios sont nombreux et s’adaptent à chaque interlocuteur. Il y a évidemment l’arnaque sentimentale, mais aussi celle du seul héritier d’un père qu’il n’a jamais connu, ou encore celle d’une mission en Afrique qui a besoin d’argent pour secourir les enfants.

"Ce sont des gens qui souvent ont bon cœur et sont altruistes, explique Fabien Houlmont, commissaire à la police judiciaire de Namur (antenne Dinant). Pour avoir côtoyé beaucoup de victimes, je peux vous assurer qu’elles sont loin d’être naïves. Ce qu’on vous explique en quelques secondes prend souvent des semaines voire des mois de travail d’approche. C’est quelqu’un qui s’inscrit sur un réseau social et correspond avec une autre personne qui pendant plusieurs mois ne va pas du tout lui demander de l’argent. Donc la confiance s’installe. Et puis tout à coup, il y a une série d’incidents, familiaux ou d’affaire. Le correspondant va demander de l’argent ou alors demander d’encaisser de l’argent pour l’aider dans une transaction".

L’escroc ne demande pas toujours de l’argent

L’arnaque est d’autant plus insidieuse que l’escroc ne demande pas forcément de l’argent à la victime. Cathy [nom d’emprunt] est la victime d’une arnaque de ce type. "Je préfère témoigner anonymement parce que pour celui qui ne connaît pas toute l’histoire, je passe pour la naïve de service ", nous explique-t-elle. La femme que nous avons en face de nous a une quarantaine d’années, un emploi stable, des enfants. C’est une femme avec la tête bien vissée sur les épaules. Et pourtant, quand elle rencontre ce charmant anglais aux yeux bleus et à la voix agréable, il y a un peu plus d’un an, elle ne se méfie pas. " Je m’étais inscrite sur un site de rencontre réputé très sérieux. Il fallait d’ailleurs payer cher pour être membre. J’étais donc rassurée."

L’escroc, lui, avait profité de l’inscription gratuite les 24 premières heures et avait demandé à Cathy son adresse email pour pouvoir correspondre plus facilement. "On s’est écrit pendant des mois. Je lui ai même parlé sur skype, quand il était à Londres. Mais la connexion n’était pas bonne."

Fabien Houlmont met en garde contre skype. "Nous avons plusieurs dossiers ces derniers temps de gens qui se sont fait avoir par skype. Ils nous expliquent que la liaison n’était pas très bonne, qu’il y avait des coupures, etc. On reste persuadé, à la police, que ce sont des images de victimes qui sont réutilisées. Un peu comme un film avec sous-titrage. L’escroc parle sur une image qu’il a volée quelque part. C’est aussi le danger que courent les victimes de nos dossiers qui se sont exposées par caméras. Il y a un grand risque que leur image soit exploitée quelque part dans le monde pour pêcher d’autres victimes."

Cathy se souvient de ce beau bouquet de fleurs qu’elle avait reçu de celui qu’elle appelait son compagnon. "Par la suite on s’est rendu compte que ce bouquet avait été payé par une femme, dans un autre pays. Certainement aussi une victime… Quelle ironie." Cathy est amère, cynique. Et il y a de quoi.

Le drame : les victimes y laissent toutes leurs économies

Cathy et son correspondant jouent au chat et à la souris pendant des mois. "Moi aussi j’ai reporté le moment de la rencontre. Car je travaille beaucoup et je voyage pour mon travail. Lui faisait pareil. Et puis il est parti en voyage d’affaires en Chine. On s’était donné rendez-vous à son retour. Mais il est resté bloqué là-bas." L’homme lui raconte qu’il a un problème financier : il est soi-disant coincé dans un hôtel avec une dette à la douane qui l’empêche de reprendre son vol vers l’Europe. " Et puis, il m’a envoyé un chèque certifié international d’un très gros montant. Il m’a demandé de l’encaisser. Il m’a dit que j’aurais un financier qui s’occuperait de tout. " Cathy dépose ce chèque à sa banque et demande conseil. La banque ne repère pas la fraude et la conforte même dans ses démarches. " Et puis les frais sont arrivés : une taxe internationale, une taxe gouvernementale de non-résident, etc etc. Et c’étaient à chaque fois des pourcentages du montant du chèque qui était énorme. C’étaient des montants astronomiques."

Cathy ne s’inquiète pas car elle a est persuadée de retoucher, in fine, le montant du chèque. Elle est surendettée. La banque la suit. Jusqu’à plus de 300 000 euros.

"Le plus dur, c’est d’ouvrir les yeux. Vous êtes dans un cercle vicieux. Pendant des mois, j’ai eu tous les jours cinq escrocs sur le dos. Ils m’appelaient en permanence. Je maigrissais, je ne mangeais plus. Et puis, quand mon entourage a commencé à me dire que c’était une arnaque, je suis entrée dans un autre stress ! Si c’était vraiment une arnaque, j’étais perdue."

Fabien Houlmont insiste : cela peut arriver à n’importe qui. "Les quelques dossiers qu’on a par an, ce sont des gens qui ont tout perdu. Sans compter le sentiment de honte qui les envahit. Ce sont des situations dramatiques. Certaines victimes vont même jusqu’à emprunter à des proches. "

Des enquêtes difficiles

Entre le choc d’avoir perdu les économies de toute une vie et la honte de s’être fait rouler, très peu de victimes osent porter plainte.

Et une fois qu’un dossier est ouvert à la police, il faut encore que les justices européennes et internationales collaborent… "La Grande-Bretagne, on doit passer par une commission rogatoire normale, ajoute Fabien Houlmont. Cela prend quelques jours et les escrocs ont donc le temps de vider les comptes. Ils vont beaucoup plus vite que nous. D’autant que quand on a connaissance des faits, c’est parfois plusieurs semaines ou mois après que les victimes ont versé l’argent."

Et c’est encore plus complexe en dehors de l’Europe.

Quelques conseils

  • Si vous faites la connaissance d’une personne sur internet, rencontrez-la au plus vite dans la vie réelle, dans un endroit sûr, un lieu public.
  • Ne vous fiez pas à Skype. Les escrocs peuvent tout trafiquer.
  • Votre correspondant ne vous demandera pas forcément de l’argent. Il peut vous demander d’en encaisser. C’est tout aussi suspect.
  • Dès qu’on vous parle d’argent, d’urgence, de question de vie ou de mort, méfiez-vous.
  • Si vous pensez que cela n’arrive qu’aux naïfs ou aux personnes faibles, vous vous trompez. Vous êtes une victime potentielle.
  • Si vous êtes victime de ce type d'arnaque, vous pouvez chercher de l'aide auprès de l'antenne belge de l'association AVEN.

O. Leherte

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