Arnaque à la location: une nouvelle fraude venue d'Italie combine Immoweb et Airbnb

Arnaque à la location: une nouvelle fraude venue d'Italie combine Immoweb et Airbnb
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Arnaque à la location: une nouvelle fraude venue d'Italie combine Immoweb et Airbnb - © Tous droits réservés

Une annonce de rêve. Un beau quartier de Bruxelles, un appartement lumineux de 82 mètres carrés. Deux chambres, deux salles de bain. Et, pourtant, un prix dérisoire : 400 euros par mois. Charges comprises.

Elle vient d'être publiée sur Immoweb, la plateforme la plus utilisée en Belgique pour les petites annonces immobilières. Catheline réfléchit à peine, avant de décider de contacter le propriétaire.

"La réponse a été assez rapide", raconte la jeune femme qui vient de décrocher un job à Bruxelles et souhaite dès lors s'y installer. Les premiers échanges par mail sont cordiaux. S'exprimant en anglais, l'homme (un certain Joann Turner) dit être actuellement en Italie : "J'ai signé un contrat avec mon entreprise pour une mission de cinq ans à Rome, j'ai donc décidé de louer mon appartement". On sent qu'il veut le louer au plus vite.

Dès la deuxième salve d'e-mails, les choses s'accélèrent. "Je viens de discuter avec mon avocat il y a quelques minutes (...), nous sommes d'accord pour vous louer mon appartement (...), j'accepte des locations à court terme, 2 à 4 mois, et à long terme, 5 à 7 ans, ou davantage, selon votre décision."

Catheline lui fait encore confiance : "Il s'est donné un certain statut, celui d'un homme parti pour les affaires en Italie. J'ai malgré tout fait des recherches sur Internet avec son nom, parce que son adresse e-mail ne me paraissait pas très sérieuse. Mais je n'ai rien trouvé et je me suis dit que je fabulais peut-être tout seule. Alors j'ai poursuivi la démarche".

La correspondance reprend rapidement. L'homme aborde à nouveau la question du loyer : il sera de 400 euros – "toutes les factures incluses". La somme n'est pas très importante pour un tel appartement, mais, dans la foulée, Joann alourdit rapidement la note : "J'ai aussi besoin du dépôt d'une garantie de 700 euros (que vous récupérez lorsque vous déménagerez)". La procédure est tout à fait classique jusque-là.

Un "permis de visite" de deux jours

Le soi-disant propriétaire évoque alors, pour la première fois, Airbnb. Il se dit prêt à envoyer les clefs en Belgique pour permettre à Catheline de visiter l'appartement, et ce "durant deux jours". Mais, "pour être sûr de pouvoir se faire confiance mutuellement, nous ferons un 'permis de visite' via Airbnb".

Un "permis de visite" ? Catheline demande plus d'explication. Sans jamais le dire de façon directe, il réclame à la jeune femme un paiement provisoire sur un compte bancaire basé en Italie, supposément lié à un "agent de location" Airbnb.

Après les deux jours de visite, si Catheline ne souhaite finalement pas prendre l'appartement, l'agent Airbnb lui donnerait en main propre la somme. En liquide donc.

Catheline finit par recevoir un autre mail en guise de réponse à ses demandes de précisions. Celui-là est estampillé Airbnb. On y croirait. À un détail près : "Je n'ai jamais cliqué sur le lien, ça me paraissait bizarre, confie Catheline. Une adresse e-mail est renseignée, mais elle ne ressemblait en rien à des adresses e-mail officielles d'Airbnb. Donc je n'ai plus rien fait à partir de là".

En cliquant sur le lien, pas de virus, mais une simple page, arborant le logo Airbnb et le design de la célèbre plateforme communautaire de réservation de logements de particuliers. Une série d'instructions, un faux compte avec une photo, des données bancaires d'un certain "Agalbato Michele" présenté comme agent Airbnb responsable de l'opération... et une facture : 1100 euros.

Un pictogramme et une mention "Cette réservation est protégée par une garantie de location de 1100 euros de Airbnb" finissent de donner des airs crédibles à la page de paiement.

Contacté, Airbnb n'a pas donné suite à nos sollicitations.

Les fraudeurs sont de plus en plus doués

L'annonce est restée moins de 24 heures sur Immoweb. Une simple recherche par l'adresse donne une nouvelle preuve de l'arnaque : elle donne le lieu d'un... hôtel, dans le quartier de la Porte de Namur.

Du côté d'Immoweb, la plateforme d'annonces immobilières, utilisée par le fraudeur pour trouver des cibles, nous confie n'avoir encore jamais entendu parler de ce type d'arnaque, et ajoute ne pas être armé pour y mettre un terme.

"Les fraudeurs sont de plus en plus doués, commente Vincent Dumont, responsable marketing d'Immoweb. Avant, il y avait des fautes d'orthographe dans les annonces. C'était assez grossier. Mais là, ça nous échappe totalement. Ils utilisent notre plateforme pour grappiller des adresses e-mail et puis continuent leurs escroqueries en dehors, en utilisant dans ce cas-ci la réputation d'une autre plateforme dans un second temps..."

Il existe un point de contact vers lequel particuliers et entreprises peuvent se tourner en cas d'arnaque sur internet. Mais malgré cela, pour Vincent Dumont, le problème c'est qu'il n'existe pas d'"autorité de lutte contre la fraude sur internet", Immoweb ne peut alors que sensibiliser ses utilisateurs et les inviter à la méfiance : "On ne peut rien contre le phishing (technique de fraude dite du "hameçonnage", ndlr), cela nous échappe totalement, car il sort de nos serveurs, là où nous pouvons agir. Il faudrait que nous entamions des poursuites judiciaires à chaque fois; mais ce serait intenable et elles n'auraient que peu de chance d'aboutir. Alors, nous supprimons les annonces dès que nous remarquons quelque chose d'anormal ou lorsque des utilisateurs nous le signalent."

Des annonces en Belgique, en Finlande, en Allemagne...

L'annonce belge dont Catheline a failli être la victime a visé trois autres personnes.

Pas particulièrement protégé, le nom de domaine du fraudeur laisse en effet voir l'ampleur de l'arnaque. Le faux propriétaire "Joann Turner" porte en fait un numéro : il s'agit du quinzième profil factice créé par le fraudeur, sur un total d'au moins 18, dont certains ont visiblement été supprimés au fur et à mesure.

Seuls cinq de ces profils sont encore probablement actifs et le nombre de leurs cibles et potentielles victimes atteint une vingtaine de personnes.

Tous ces profils renvoient vers l'Italie, les numéros de compte varient régulièrement, les noms également, mais les photos sont toujours les mêmes.

La fraude ne touche pas que la Belgique : la Finlande, l'Allemagne et les États-Unis au moins sont concernés. Les sommes réclamées montent jusqu'à 2300 euros.

Impossible par contre de connaître les sommes que ce ou ces arnaqueurs basés en Italie ont effectivement réussi à extorquer. Ni combien de personnes sont potentiellement tombées dans le panneau depuis qu'ils ont recours à cette technique.

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