Arc-Nucleart, le laboratoire qui a rendu vie à des merveilles oubliées de l'archéologie

La momie de Ramses II, le bébé mammouth Khroma, le bateau gallo-romain de Lyon Saint-Georges. Des pièces archéologiques uniques au monde. Ces bois, cuirs ou matériaux organiques sont particulièrement fragiles et périssables avec le temps. Pour leur conservation et leur restauration, ils bénéficient de nouvelles techniques de traitement.

Pour mieux les comprendre nous nous sommes rendus dans un laboratoire français à l’expertise mondialement reconnue : Arc-Nucleart. Niché au pied des alpes, dans la ville de Grenoble, le laboratoire propose une série de techniques de traitement. Le premier d’entre eux et le plus fréquemment utilisé s’appelle l’imprégnation.

Dans un immense hangar, des bassins d’eau immenses s’alignent. A l’intérieur, des bois. Il s’agit de tous les éléments d’une coque d’un bateau gallo-romain coulé il y a plus de 2000 ans. Loïc Caillat est le biologiste responsable du laboratoire imprégnation. Il nous explique qu’il a reçu tous les éléments de cette coque en pièce détachée dans des bacs d’eau. "Ici, raconte-t-il, nous allons les tremper dans une solution qui est une résine. Elle a pour propriété de se mélanger à l’eau. On dit qu’elle est hydrophile. Il va y avoir un échange entre l’eau pure absorbée par le bois imprégné et cette résine qui va progressivement s’y substituer".

Imaginez un sachet de thé qui infuse mais l’infusion, ici, dure plus de huit mois. Une fois cette étape terminée, les pièces de bois sont ensuite séchées dans un lyophilisateur. Il va congeler les objets à -30°. Dans un 2e étape, on va faire le vide avec des pompes. Avec ce vide, la glace va se transformer en vapeur d’eau et disparaître. Mais si l’eau part, la résine, elle, reste dans le bois et soutient la structure du bois.

Un traitement de ce type, c’est ce que Benoît Wery, conservateur du château fort de Logne près de Liège espère pour sa roue à écureuil du 15e siècle. Elle fait six mètres vingt de diamètre et servait à remonter l’eau du puits du château fort. Et c’est précisément au fond de ce puits, qu’elle a été retrouvée à l’état de puzzle, suite à des fouilles archéologiques. Depuis 15 ans, ses débris sont conservés dans les dépendances du musée de Logne au fond de bacs d’eau. Selon Patrick Hoffsummer, archéologue spécialiste du bois, l’eau permet de bien maintenir formellement le bois parce qu’il y est complètement à l’abri de l’oxygène.

Récemment, une équipe Arc-Nucléart est venue sur place et a constaté la présence de sulfure de fer dans les bois de la roue à écureuil. C’est la raison pour laquelle elle devra sans doute subir un autre traitement, le bombardement aux rayons nucléaires gamma.

Laurent Costella est responsable du laboratoire rayon gamma : "Si le bois est associé à du métal, les produits utilisés habituellement vont faciliter l’oxydation tandis qu’avec la méthode rayonnement gamma, on n’a pas de problème de rouille. Le résultat reste très stable."

Le laboratoire restaure, en ce moment, des statues religieuses du 17e et 18e siècle. Elles vont aussi subir leur cure aux rayons gamma mais pour d’autres raisons. Leur bois est creusé par des xylophages que le traitement aux rayons gamma va complètement détruire.

Rayonnement gamma, traitement résine, lyophilisation autant de traitements différents pour un même but. Assurer une nouvelle vie à des objets qui ont traversé miraculeusement les siècles. 

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK