Après un an et demi à accueillir des migrants dans le jardin familial, Ameline lève le camp

Une habitante de Spy loge, comme elle peut, des migrants dans le jardin familial à quelques dizaines de mètres de l’aire d’autoroute de Spy. Elle doit enlever une bonne partie des tentes la mort dans l’âme. A défaut d’aide supplémentaire, elle n’en a plus le temps.

Elle a vu les premiers migrants débarquer chez elle en 2017. D’abord quelques uns venant demander un service, à manger ou juste une prise pour charger leur téléphone quelques heures : « Quand je les ai vus, la première fois, en 2017, j’étais effrayée parce que j’en ai vu une vingtaine devant ma porte. Mais finalement, on a créé des liens avec certains. J’ai parlé beaucoup avec eux. Ils ont vécu dans leur pays, au Soudan, en Libye, il y a des femmes violées. Des hommes frappés. Ils ont des cicatrices qui me font vraiment mal au cœur parce que ce sont des gens comme nous, ce sont des humains, pas des bêtes ». Touchée, elle leur vient en aide. Ils sont basés à l’aire d’autoroute de Spy. Là, les camionneurs se reposent et ces migrants, Érythréens pour la plupart, tentent d’entrer dans les bennes pour rejoindre l’Angleterre.

24h/24

Certains s’installent dans le jardin familial. Toute la famille s’investit. Mais le camp est devenu de plus en plus grand, parfois jusqu’à 100 personnes : « Là, c’est la tente militaire qu’on a reçue. Là, on peut en mettre 50. Avec des matelas et des couvertures qu’on a eues par la Croix Rouge de Belgrade ». Une situation qui demande toujours plus d’investissement : « Je fais à manger pour eux tous les soirs jusqu’à minuit. A minuit et demi, ils viennent rechercher leurs GSM qu’ils ont chargés et puis ils partent au parking de Spy. 24h sur 24, on est avec eux. Si on part pendant 1h, on revient et devant notre porte, ils sont tous là. Parfois à 30 devant notre porte, on ne sait même plus rentrer chez nous parce qu’ils nous demandent beaucoup de choses. C’est très fatigant ».

Ameline et sa famille auraient aimé recevoir davantage d’aide, notamment d’un collectif créé lorsque les premiers migrants se sont installés chez elle mais aussi au bord de la bretelle d’autoroute. Mais ce collectif s’investit trois heures chaque jour alors que la famille d’Ameline accueille des personnes en permanence. Aujourd’hui, à la fin de son congé de maternité, alors qu’elle consacre une partie de ses revenus à leur venir en aide, elle doit jeter l’éponge, en partie du moins : « Ils savent très bien que je serai moins disponible pour eux. Ils savent très bien qu’on va retirer les tentes. Ça va me faire vraiment bizarre et mal parce que c’est quand même » ma famille «. On leur a dit qu’on serait toujours là pour eux pour manger, boire, pour les amener à l’hôpital, je serai là mais moins qu’avant. A partir de 21h, je ne serai plus là, je serai chez moi et maman aussi se reposera parce qu’on a besoin de repos ».

Un choix à contrecœur mais dicté aussi par le besoin de respecter les voisins. Mais Ameline le promet, même si sa démarche gêne certains, elle continuera à les aider à atteindre leur but : l’Angleterre. Elle affirme garder des contacts avec les « anciens » qui ont réussi à rejoindre l’île britannique et se réjouit de voir qu’ils se portent bien.

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