Après le nucléaire, le 100% durable n'est pas pour tout de suite

Après le nucléaire, se dirige-t-on vers une énergie 100% durable ?
Après le nucléaire, se dirige-t-on vers une énergie 100% durable ? - © P. Steeger - Getty Images

Engie arrête ses investissements dans le nucléaire. L’objectif du gouvernement fédéral est que la Belgique en sorte en 2025 même si elle laisse encore une porte ouverte à garder deux des sept réacteurs que compte la Belgique. Le nucléaire devrait être remplacé par des centrales au gaz temporairement et à certains moments seulement. Le temps que les énergies renouvelables prennent une place plus importante dans le mix énergétique et dans le cas où les ressources (vent, soleil) se font plus rares. On se dirige donc vers une Belgique plus verte, mais pas à 100%.

"C’est comme la rénovation d’une maison. La situation s’aggrave avant de s’améliorer. D’abord, vous êtes dans la poussière et ensuite vous êtes heureux d’avoir fait cet effort." Cette phrase est celle de notre ministre de l’Energie Tinne Ven der Straeten. Elle illustre le virage énergétique que notre pays doit prendre.

Les centrales au gaz

Car en supprimant les centrales nucléaires et en les remplaçant en partie et temporairement par les centrales au gaz, nous allons augmenter nos émissions de CO2. Ce CO2 est le résultat de la combustion du méthane (le gaz naturel) utilisé dans ces centrales.

"A chaque fois qu’on brûle un kilogramme de gaz dans une turbine pour faire de l’électricité, on émet du CO2, explique Francesco Contino, professeur en énergie durable à l’UCLouvain. On appelle ça du gaz naturel, c’est du gaz fossile, du méthane. Il vient de puis à différents endroits : aux Etats-Unis, en Arctique, en Russie etc." Il est acheté et amené par gazoduc chez nous.

Énergie fossile, émissions de CO2… Voilà des mots qui ne donnent pas l’impression de se diriger vers une production d’énergie plus verte. "Le fonctionnement des centrales au gaz implique des émissions de CO2 proportionnellement aux quantités d’électricité produite, confirme Michel Huart, enseignant à l’ULB, spécialiste en énergie renouvelable. Il est attendu qu’elles fonctionneront progressivement moins avec le développement des solutions renouvelables."


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C’est la fameuse "poussière" dont parle la ministre dans "ses travaux de rénovation". Pour Fawaz Al Bitar, directeur général d’Edora, la Fédération des énergies renouvelables, il est important de ne pas créer trop de centrales au gaz par rapport à nos besoins. "Construire des centrales au gaz semble une évidence. L’enjeu est de ne pas en construire trop. Et quand on voit dans les rapports d’Elia que ces centrales ne seraient amenées à fonctionner que quelques heures par an, ce n’est pas acceptable. Nous devons privilégier les solutions alternatives."

Et ces solutions alternatives, ce sont bien les énergies renouvelables.

Les énergies renouvelables

L’éolien, le solaire, la biomasse, l’hydroélectricité et la géothermie : voilà les quatre ressources d’énergies renouvelables. Pour le moment, elles représentent, 11,68% de notre production d’énergie en Belgique (alors que les objectifs européens nous fixent une production de 13%). L’objectif, c’est d’atteindre 50% de la production d’énergie via le renouvelable en 2030.

Ce type d’énergie est très variable car elle dépend du vent, du soleil, de la lumière etc. "La variabilité des productions renouvelables doit être compensée par diverses mesures dont l’utilisation d’énergie stockée, explique Michel Huart. Aujourd’hui, les options au gaz naturel sont les moins coûteuses et directement opérationnelles."


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Autre défaut de ces énergies au regard de l’émission #Investigation diffusée ce mercredi, leur production ne serait pas si verte et durable qu’annoncé. On y voit qu’en Chine, l’extraction de graphite contamine les terres ou que celle de cuivre au Chili engendrerait la pollution de l’air de la ville située à côté de ces mines gigantesques. Autrement dit, on délocaliserait notre pollution à l’autre bout du monde pour ne plus émettre de CO2 chez nous.

Ce qui pose problème, c’est la production de ces métaux rares (lithium, graphite, cuivre…) utilisés dans la construction d’éoliennes ou les panneaux solaires. Mais pour les spécialistes que nous avons interviewés, ce n’est pas tellement la technologie, l’enjeu. Ce sont plutôt les règles internationales mises en place autour de leur production.

"L’enjeu n’est pas de pointer du doigt une utilisation, mais d’œuvrer à faire respecter les règles d’exploitation qui répondent aux conditions environnementales et sociales souhaitées pour maintenir la santé et la biodiversité sur terre", commente Michel Huart. Car ce sont les mêmes métaux rares que ceux utilisés dans nos smartphones par exemple.


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"Si nous estimons que certaines ressources sont inacceptables dans leur cycle de vie, interdisons-les pour toutes les applications. Aujourd’hui, elles sont disponibles légalement sur les marchés, pourquoi les interdire pour les énergies renouvelables et les accepter pour d’autres utilisations ?" Pour lui, il est tout à fait envisageable de fabriquer de l’énergie renouvelable sans ces métaux rares, à condition de changer les règles de notre modèle économique.

Même constat pour Francesco Contino (UCLouvain). "Ce qu’on montre dans cette enquête paraît catastrophique mais il faut le mettre au regard des quantités en jeu. L’alternative, c’est le gaz et le pétrole qui sont plus terribles en terme environnemental. L’alternative n’est pas mieux. Ce qui ne va pas, c’est quand les entreprises 'trichent'. Si elle est censée ne pas rejeter ses déchets dans l’environnement et qu’elle le fait, c’est là qu’est le problème." Et pas forcément dans la technologie en elle-même.

Réduire la consommation

Pour l’ensemble des personnes interviewées, l’un des enjeux est surtout de réduire notre consommation d’électricité aussi bien dans nos modes de vie que dans la production industrielle.

C’est le triangle avec trois choix incompatibles, pour Francesco Contino. "Soit vous réduisez la consommation, soit vous êtes prêts à payer plus cher et à mettre du renouvelable partout, soit vous mettez du nucléaire pour vous aider." Pour le professeur de l’UCLouvain, oui, on va vers du plus vert mais pas d’ici la fin annoncée du nucléaire. "L’augmentation de l’énergie renouvelable et la diminution de nos consommations ne sont malheureusement pas assez rapides pour atteindre nos objectifs en termes de CO2."

Les niveaux gigantesques de consommation de ressources énergétiques et minérales que nous connaissons ne sont pas soutenables

Michel Huart parle lui aussi de sobriété énergétique. "Les niveaux gigantesques de consommation de ressources énergétiques et minérales que nous connaissons ne sont pas soutenables. La question de la réduction de la demande d’énergie mondiale permettant de rester dans les limites écologiques est centrale. La solution est surtout non-technologique. Comment faire évoluer nos pratiques sociales pour d’avantages de durabilité ?" C’est l’une des nombreuses réponses que doit trouver notre gouvernement pour sortir du nucléaire.

Engie veut sortir du nécléaire: JT du 18/11/2020

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