Après le (et à cause du) coronavirus, bientôt une épidémie de rougeole ?

Les campagnes de vaccination sont suspendues par l'OMS depuis le 26 mars. Faut-il craindre une résurgence de la rougeole ou de la polio?
Les campagnes de vaccination sont suspendues par l'OMS depuis le 26 mars. Faut-il craindre une résurgence de la rougeole ou de la polio? - © BRUNO ARNOLD - BELGA

Fièvre jaune, diphtérie, rougeole, hépatite, polio : toutes les campagnes de vaccination sont suspendues depuis le 26 mars, sur recommandation de l’Organisation mondiale pour la santé (OMS). Une mesure préconisée pour assurer la distanciation sociale nécessaire à l'endiguement du coronavirus.

Les centre de soins en Afrique, Asie et Amérique latine sont surchargés

Koen Vanormelingen, expert retraité en santé publique à l’Unicef, nous explique que les campagnes de vaccinations en Afrique, en Asie et en Amérique latine dépendent des services de santé. " Actuellement, leur logistique se concentre, essentiellement, sur la lutte contre le coronavirus. Les vaccins habituels tels que rougeole, diphtérie, hépatite, sont effectivement suspendus, à la fois en raison.de problèmes d’approvisionnement mais aussi en raison de la surcharge des services de santé. "


►►► À lire aussi : Consultations médicales suspendues : l'alerte d'une médecin liégeoise contre le risque de "seconde crise sanitaire"


 

C’est donc la suspension des services de routine sur ces trois continents mais en Europe ?

L'ONE ne suspend pas ses vaccinations en Belgique

" Les vaccinations de routine se faisant chez les généralistes, il y en a forcément beaucoup moins ", nous explique cet expert.

Par contre, à l’ONE, l’Office de la Naissance et de l’Enfance, le service de vaccination n’a pas mis la clef sous le paillasson. Ses bénévoles n’assistent plus le médecin de l’ONE mais les parents peuvent toujours faire vacciner leur nouveau-né dans le centre ONE le plus proche. Tout au plus, les rendez-vous sont espacés, pour éviter le croisement des familles et des mesures d’hygiène, clairement expliquées dans cette vidéo réalisée par l’ONE, sont à respecter.

Si les pays d’Europe sont mieux organisés pour assurer certains services de routine, l’absence de vaccination, dans certaines zones du monde risque, néanmoins, de faire ressurgir des maladies pratiquement endiguées jusqu’à présent. Certains experts craignent, notamment, une résurgence de la polio en en Afrique. Des enfants paralysés vont réapparaître dans certains pays tels que l’Afghanistan et le Pakistan, où subsiste encore des souches du virus de la polio.

Le coronavirus, un bon exemple pour plus de vigilance à la vaccination

L’Alliance du vaccin (Gavi), un partenariat public-privé rassemblant notamment l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la Banque Mondiale et des représentants de l'industrie pharmaceutique craint surtout une épidémie de rougeole. 13,5millions d'enfants ont déjà manqué la vaccination contre la rougeole depuis le début de l’épidémie de coronavirus.

 

En Afrique, Koen Vanormlingen concède que ça peut devenir un problème :"Le groupe de non immunisé augmente. La cohorte de non vaccinés s’accumule. Pour la rougeole, c’est un vrai problème car l’immunité de groupe ne fonctionne plus en-dessous du seuil de 90% de personnes correctement vaccinées. "

En République démocratique du Congo (RDC), l'épidémie de rougeole est pourtant cette année particulièrement virulente. Depuis début 2019, la maladie a infecté 341.000 personnes et causé 6.400 décès, trois fois plus qu'Ebola durant la même période.

Et la rougeole est beaucoup plus contagieuse encore que le coronavirus. Elle resurgit en Europe depuis deux ans. L’hiver dernier, elle a fait 10 morts en Europe et 397 cas de cette maladie étaient recensés en Belgique.

Le monde va-t-il se retrouver coincé entre coronavirus et rougeole à la fin de ce confinement ? Pas si vite, nous répond Koen Vanormelingen : " Il faudra mettre en place des stratégies de rattrapage, c’est-à-dire mener des campagnes de masse pour que ceux qui ont manqué leur tour de vaccination puissent se rattraper. C’est une opportunité car la crise du coronavirus a fait prendre conscience à une majorité de personnes que les vaccins sont nécessaires. Nous espérons, à l’avenir, voir diminuer la résistance de certaines familles à la vaccination. "

 

 

.