Après le coronavirus, les maisons de repos vont-elles vivre une crise financière ?

Les établissements pour soigner et héberger les personnes âgées ont été frappés de plein fouet par la crise du coronavirus. Certaines maisons de repos ont connu un nombre de décès important, d’autres moins et d’autres ont été épargnées. Mais toutes craignent à présent de payer une lourde addition. En cause : les lits inoccupés pendant la crise qui ont un impact financier. Il y a aussi eu tous les frais liés aux mesures de sécurité à respecter et qui ont un coût.

Exemple à Waterloo où la résidence "Le Gibloux" compte 115 lits. L’ambiance est détendue dans la cafétéria car il n’y a eu aucun cas de décès ici lors de la crise sanitaire. Mais l’impact sur les finances est bien là. "Pendant trois mois, il n’y a pas eu d’entrées de nouveaux résidents. Des chambres sont restées vides et donc il n’y a pas eu de rentrées financières", explique Etienne Verdin (MR), vice-président de la Fédération des CPAS wallons et président de celui de Waterloo.

"Les futures entrées se feront seulement dans quelques semaines. Pour certains établissements en Wallonie, les taux d’inoccupation sont de 20%, notamment là où il y a eu de nombreux cas de décès liés au coronavirus. Ceux-ci auront plus difficile que les autres à se remettre financièrement de cette crise".

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Etienne Verdin est vice-président de la Fédération des CPAS wallons et président de celui de Waterloo. Selon lui, les maisons de repos pourraient être touchées une seconde fois après la crise sanitaire. Car le taux de lits inoccupés a été parfois importan © Mathieu Baugniet

Les communes vont devoir mettre la main au portefeuille

En moyenne le taux d’inoccupation des lits est de 10% à Bruxelles et en Wallonie. Un manque à gagner en plus des frais liés aux mesures de sécurité à mettre en place durant la crise sanitaire. Pour le secteur public, les maisons de repos sont en majorité gérer par les CPAS. "Certaines communes réalisent déjà le prix que cela leur coûtera pour combler le vide locatif et les frais supplémentaires. Certaines ont déjà ajusté leur budget ou celui du CPAS", conclut Etienne Verdin (MR).

Pour les maisons de retraite publiques, les communes devraient éponger les dettes. Par contre pour le privé cela sera plus compliqué. "Nous n’avons pas de possibilités d’avoir recours à l’argent public. Bien sûr nous recevons des aides en Wallonie et à Bruxelles pour chaque lit agréé (mesures prises durant la crise du coronavirus) mais celles-ci ne sont pas suffisantes pour combler toutes les pertes", détaille Vincent Frédéricq secrétaire général de Femarbel, la Fédération professionnelle des maisons de repos.

Double impact pour les maisons de repos touchées par de nombreux décès

Dans le Namurois, les cas de décès dans des maisons de repos privées ont été nombreux. Et pour ces établissements, c’est une double sanction qui les attend selon Vincent Frédéricq. "C’est un établissement qui est touché deux fois. Une première fois par la crise sanitaire avec des décès dus au coronavirus et une seconde fois par des problèmes financiers qui vont arriver. Puisque ces lieux ont eu des taux d’inoccupation plus élevés, le vide locatif et le manque à gagner ont été plus importants. C’est la double peine dans leur cas", explique le secrétaire général de Femarbel.

Quelles seront donc les conséquences sur les prix, faillites ou éventuelles pertes d’emploi ? Pour le responsable de la Fédération professionnelle des maisons de repos, "une faillite est toujours possible, c’est clair. Je crois que les augmentations de prix à court terme ne sont pas à craindre. Mais il ne faudrait pas plusieurs années comme celle-ci. Quant aux établissements très touchés par le coronavirus, les pertes d’emploi sont à craindre. Exemple : pour un établissement de 100 lits à qui il manque 30 résidents avec toute une équipe à charge, la situation va devenir très compliquée à l’heure du bilan financier", explique Vincent Frédéricq.

Quant à l’intervention des pouvoirs publics en Wallonie, le montant est par exemple de 650 euros par mois par lits agréés. Une somme reçue pendant la crise (du 18 mars au 18 juin) mais qui serait insuffisante pour couvrir les déficits des établissements.

Première sortie d une pensionnaire de maison de retraite déconfinée dans notre JT du 3 juillet:

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