Apprendre le savoir-vivre contemporain à l'école des bonnes manières

Porter des chaussettes blanches lors d’une soirée ? Impensable. Exhiber ses diamants avant midi ? Déplacé ! Ces règles, communément appelées "étiquette" semblent dérisoires et pourtant les professionnels du savoir-vivre sont de plus en plus sollicités. Des formations sont mêmes dispensées aux étudiants, au sein d’entreprises, chez les particuliers.

La tendance "je me tiens bien en société" fait recette ! La haute école en marketing de luxe à Paris l’a bien compris. Pour travailler dans ce milieu, il faut en connaitre les codes. Alors chaque année, des professeurs spécialisés abordent ses thématiques. A commencer par le salut. Saluer quelqu’un en fonction de son rang ou son statut (son carnet de chèque ?) est important.

Le savoir vivre contemporain

Pour Philippe Lichtfus, directeur de l’institut Savemius à Bruxelles, tout est question d’adaptation et de réformes. "Je n’enseigne pas les bonnes manières. Je préfère le mot savoir vivre contemporain. Le terme bonne manières est à revoir. Il faut évoluer ! Je préfère l’expression communication sociale intelligente. A la base, cette matière était réservée à certaines personnes, elle sert encore mais elle n’est pas appliquée à toute la population. Pour moi, si on s’adapte, on peut communiquer de façon élégante avec tout le monde."

Ce jour-là dans la classe du professeur Lichtfus, des étudiants français en 4e master. Très sérieux derrière leur portable (même si le GSM n’est jamais loin et la tentation d’envoyer des sms est grande…), ils découvrent un personnage haut en couleur.

Quand il faut appeler un chat, un chat, le professeur ne se fait pas prier. Les jeunes apprécient et aucun ne pense perdre son temps. C’est en tout cas l’avis de Nina: "Bien se tenir, s’asseoir à table, ce sont des règles de base et c’est valable pour tout le monde ! Même au quotidien c’est utile. Si par exemple, on va au musée, on rencontre la famille de son futur mari. A l’époque les codes étaient stricts mais comme l’a dit le professeur, on doit s’adapter. Car les règles changent, mais pas la courtoisie." 

Il y des choses qui se perdent

Edouard est du même avis. Cet étudiant au profil de 2e ligne de rugby a été élevé par des parents à cheval sur les bonnes manières. Quand il analyse la société dans laquelle il vit, lui le jeune accro à Facebook et Snapchat dresse un portrait pas très flatteur. "Le respect, la bienséance sont des choses importantes. Moi je tiens la porte à une femme. Mais il y des choses qui se perdent. On bouscule les gens sans s’excuser, on marche sur les pieds des gens sans s’excuser. La société actuelle est comme ça."

Et quand on lui demande si la société virtuelle y est pour quelques chose, il répond "oui". On se cache aujourd’hui derrière ce langage. On est plus hypocrite. Mais l’humain reste l’humain ! Bien sûr, on pourrait dire que ses étudiants évolueront plus tard dans des milieux "privilégiés".

Etiquette, protocole, bonnes manières…Des mots qui "font bien"

Ne nous voilons pas la face, lorsque ses mots sont prononcés, nous redressons la tête. Car ils nous renvoient à une époque lointaine, avec une aristocratie ayant un rôle, une fonction dans la société, à un art de vivre aussi. Cet art de vivre justement…parlons-en ! Comment se tient-on à table ? Comment dresse-t-on la table quand on reçoit ?

Toutes ces consignes se trouvent dans un livre ou des livres. Pas compliqué d’en trouver un, mais sont-ils tous bons ? Philippe Lichtfus a forcément écrit le sien et là encore il n’y va pas par le dos de la cuillère. "Le foie gras ne se mange pas avec un couteau mais avec une fourchette. Soyons réaliste, quasi plus personne ne le fait ! Quoi qu’il en soit au niveau des couverts, adaptez-vous comme pour la salade, et disposez les couverts dans la logique de leur utilisation et de l’esthétique, pourquoi pas…"

Ce jour-là, 4 particuliers suivent la formation du maître ès petites cuillères. Ils ont des profils différents, mais souhaitent tous apprendre à bien recevoir, à bien se comporter sans pour autant faire guindés.

"C’est un sujet intéressant, estime Véronique Willems. C’est amusant. Les cours d’étiquette devraient être donnés dans tous les milieux, à l’école. Cela fait partie du respect, surtout pour les jeunes ! Ce sont des valeurs qu’il est important d’appliquer, des règles de savoir vivre." 

A côté d’elle, Julie Brunel, analyste de marché. Venue comprendre comment les objets, verres et couverts par exemple, se marient avec les bonnes manières. " Il n’y a plus de classes ! je pense que n’importe qui peut suivre cette formation. L’expérience de la table, ce n’est pas désuet. Ce qui est désuet c’est de mettre encore des barrières. "

"Bon appétit" ne se dit pas!

A ce stade de l’article, quelques exemples de ce qu’il faut faire et pas faire seraient peut-être bienvenus… Bon appétit ne se dit absolument pas. Comme l’a écrit Philippe Lichtfus : "En réalité, avez-vous analysé ce que cela veut dire ? Ayez de l’appétit, donc un peu de courage pour manger ce qui se trouve dans votre assiette ! La règle est de ne rien dire. Toutefois si on vous le souhaite, ayez la politesse de remercier, puisqu’il s’agit d’un souhait qui se veut bienveillant."

Sachez encore que la nappe doit être située à un endroit où tout le monde peut se déplacer autour de celle-ci, que les assiettes doivent être disposées à égales distances les unes des autres et en prévoyant un espace suffisant entre les convives afin que le repas soit physiquement agréable.

Quant aux couverts, il y a deux écoles : la française et l’anglaise. En France, on dispose les fourchettes et les cuillères pointes vers la table et dos vers le ciel. A l’inverse, en Angleterre, on dispose les fourchettes et les cuillères pointes vers le ciel et dos vers la table… Question d’armoiries gravées…

"Majesté" ou "madame" ? "Sire" ou "Monsieur" ? 

Aussi incroyable que cela puisse paraître le personnel hôtelier n’est pas toujours formé à l’étiquette. La matière ne s’apprend pas à l’école. Les bases sont parfois là, parfois pas. Alors la direction de certains palaces convie ses membres à tester ses connaissances et améliorer ce qui peut l’être. Philippe Lichtfus reprend donc son bâton de pèlerin pour expliquer comment s’adresser à un comte, une altesse, un prince, une reine.

"Une erreur est d’utiliser le 'votre' devant certains prédicats. Cela se pratique en anglais mais jamais en langue française. C’est une erreur renforcée par le cinéma et les mauvaises traductions de films américains. En Belgique, il est demandé désormais d’appeler la reine Mathilde 'majesté'. Je considère cela regrettable, même si cet appel fut en vigueur dans le passé."

Lorsqu’on lui pose la question de la noblesse, le directeur de la Savemius Academy est tout aussi franc et direct. "En Belgique, la noblesse a un statut officiel. Le roi des Belges anoblit encore. Personnellement, je pense que cela n’a plus aucun sens. Anoblir encore aujourd’hui n’entretient, me semble-t-il, que la course aux vanités.

Autour de la table, des gouvernantes, des responsables marketing, des serveurs, des chefs de salle. Tous sont les yeux rivés et les oreilles tendues vers le maître. Tous ont aussi le sourire lorsqu’ils découvrent les erreurs qu’ils commettent. "Je connais les bases comme serrer la main, regarder dans les yeux, explique Juan, espagnol d’origine en charge du marketing dans un 5 étoiles. Mais il y a des moments ou çà ne se fait pas ! Approcher un client c’est important. Sourire c’est universel. Il y a des choses que je ne connaissais pas, donc c’est important d’être formé."

Une formation essentielle également aux yeux de la gouvernante générale. "À l’école hôtelière, je n’ai pas eu cette formation, explique Lydie Louedec. Je n’avais pas la moindre idée de comment accueillir une reine. J’ai pris des notes aujourd’hui. Par exemple, instinctivement je disais 'altesse'. Mais ce n’est pas correct. Je ne commettrai plus les mêmes erreurs. Dans cet hôtel, on a le souci de bien faire."

Il y a tant de domaines à explorer dans l’étiquette que cela prendrait toutes les pages internet du site RTBF. Alors retenez que rien n’est vraiment interdit. Tout est question d’adaptation, de respect et de plaisir. Car la communication est un plaisir et doit le rester.

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