Antisémitisme au carnaval d'Alost: "Il n'a jamais été question d'offenser les Juifs" selon le bourgmestre

Le bourgmestre d'Alost Christoph D'Haese
Le bourgmestre d'Alost Christoph D'Haese - © JAMES ARTHUR GEKIERE - BELGA

Le Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique (CCOJB) et le Forum der Joodse Organisaties (FJO) avaient exprimé lundi "leur colère et leur incompréhension face aux marionnettes de juifs au nez crochu et aux coffres remplis d'argent qui ont défilé lors du carnaval d'Alost". 

"Au mieux c'est un manque de discernement condamnable, particulièrement au vu du contexte de montée de l'antisémitisme dans notre pays et dans le monde, au pire la reproduction de caricatures antisémites dignes de l'époque nazie", ont dénoncé le CCOJB et le FJO.

"Nous avons signalé ces éléments à Unia (l'institution interfédérale de lutte contre les discriminations) et allons prendre contact avec les organisateurs et les autorités compétentes pour accompagner notre dénonciation d'actes concrets pour les années à venir", ont précisé ces associations. "Carnaval ou pas", ces caricatures "n'ont pas de place en 2019 dans un pays démocratique comme la Belgique", insistent-elles.

La Commission européenne condamne

Mardi la Commission européenne a fermement condamné les représentations antisémites qu'un groupe a fait défiler dimanche sur un char du carnaval d'Alost, demandant à la Belgique de "prendre les mesures qui s'imposent".

"Il devrait être évident pour tous que faire défiler des représentations de ce type dans des rues d'Europe est absolument impensable, 74 ans après la Shoah", a affirmé le porte-parole en chef de la Commission européenne, Margaritis Schinas.

"Il incombe aux autorités nationales de prendre les mesures qui s'imposent sur la base du droit applicable", a-t-il ajouté, répétant que la Commission condamnait fermement toute manifestation d'antisémitisme.

En réponse à la montée de l'antisémitisme en Europe, la Commission a nommé récemment un coordinateur chargé de la lutte contre l'antisémitisme qui assure la liaison avec les communautés juives et renforce la collaboration avec les organisations travaillant dans ce domaine. Les Etats membres se sont aussi réengagés récemment en ce sens.

Unia propose un échange entre les parties

Unia fait valoir qu'un carnaval "est, par essence, un lieu d'autodérision, de satire, un outil de critique sociale. Impossible donc d'éviter les stéréotypes, les clichés et les généralisations. Un temps pour inverser les rôles et ne pas avoir à respecter les normes".

Mais les stéréotypes et les généralisations peuvent évidemment être offensants, rappelle Unia qui se propose donc d'inviter les différentes parties autour de la table. "Un échange entre personnes se révèle souvent précieux quand il s'agit de dépasser les préjugés", souligne Patrick Charlier, codirecteur du Centre.

"Il n'a jamais été question ici d'offenser les Juifs" affirme le bourgmestre

Le bourgmestre d'Alost Christoph D'Haese (N-VA) s'est exprimé ce mercredi : il estime que le char de la société carnavalesque Vismooil'n n'était pas antisémite. "Il n'a jamais été question ici d'offenser les Juifs", assure-t-il. M. D'Haese prendra contact avec la Commission européenne afin d'expliquer le contexte du carnaval alostois. Le maïeur alostois insiste sur le fait qu'il n'est pas question ici de haine des Juifs. "Le carnaval d'Alost se déroule dans un contexte où beaucoup de choses sont permises", avance-t-il. "Il n'a jamais été question ici d'offenser les Juifs".

Christoph D'Haese comprend la préoccupation de la Commission européenne à propos de la progression de l'antisémitisme en Europe. Les Etats membres de l'UE ont des lois qui punissent l'antisémitisme et l'incitation à la haine. "Il s'agit de bien autre chose que ce qu'on peut voir au cortège carnavalesque d'Alost", selon M. D'Haese.

Menaces contre le bourgmestre

La ville d'Alost a reçu par courriel et via les réseaux sociaux des messages de haine. Le bourgmestre Christoph D'Haese (N-VA) fait état également d'une menace le visant personnellement. Il évoque un message appelant à le liquider en visant la tête ("shoot the mayor in the head, please"). Il dit ne pas vouloir déposer plainte à ce stade.

Il verra jeudi différents services au sujet de l'incident au carnaval. Il aura des contacts avec Unia, la communauté juive et la société de carnaval incriminée, Vismooil'n.

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