Sida: des antirétroviraux à titre préventif pour les homosexuels?

Le Truvada, médicament prophylactique contre le virus VIH du sida, à Washington, le 15 mai 2014
Le Truvada, médicament prophylactique contre le virus VIH du sida, à Washington, le 15 mai 2014 - © Kerry Sheridan

Les infections par le VIH, le virus du sida, augmentent parmi les homosexuels, souligne vendredi dans un rapport l'OMS qui, pour la première fois, appelle les hommes ayant des relations sexuelles entre eux à prendre à titre préventif des antirétroviraux. Pour la Plate-forme Prévention Sida, ce pourrait être une arme de plus dans l'arsenal des mesures anti-sida, mais une arme à manier avec précaution. Et dont il faudra baliser l'usage.

"Nous constatons une explosion de l'épidémie" pour ce groupe à risque, a indiqué aux journalistes Gottfried Hirnschall, qui dirige le département VIH de l'OMS, l'Organisation Mondiale de la Santé.

33 ans après l'émergence de la maladie et alors qu'il est aujourd'hui possible de vivre avec le sida, il attribue cette évolution au fait qu'il y a un relâchement dans la prévention et de l'inquiétude. Un constat que ne conteste pas Thierry Martin, directeur de la Plate-forme Prévention Sida. "Il est vrai", dit-il, "qu'il y a une explosion du nombre de cas dans la communauté homosexuelle, dû sans doute à un relâchement des mesures de protection; et c'est très inquiétant". Mais il ne faudrait pas que cela conduise à une nouvelle forme de stigmatisation de cette population. "Attention au choix des mots!", dit-il.

Aujourd'hui, ce groupe a effectivement 19 fois plus de risque que la population moyenne d'être contaminé par le virus. A Bangkok par exemple le sida affecte 5,7% des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes contre 1% de la population en général.

Dans ses nouvelles recommandations publiées vendredi, l'OMS "recommande fortement aux hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes de considérer la prise des antirétroviraux comme une méthode supplémentaire de prévention face au VIH".

Déjà en vigueur aux USA

En mai dernier, les autorités sanitaires américaines ont recommandé l'utilisation d'antirétroviraux de façon préventive contre le sida pour tous les groupes à risque, notamment les homosexuels, dans l'espoir de réduire le nombre des nouvelles contaminations, inchangé depuis vingt ans. Thierry Martin se montre positif à l'idée que cette pratique soit adoptée chez nous, de manière bien balisée pour en tirer le meilleur bénéfice. "Il y a encore des études en France à ce sujet".

Prendre une pilule quotidienne combinant deux antirétroviraux, en plus de l'usage des préservatifs, pourrait diminuer les risques de 20 à 25%, soit éviter "un million de nouvelles infections au sein de ce groupe en 10 ans", selon l'OMS. "Il s'agit bien de combiner les mesures de prévention", confirme Thierry Martin, et non pas les opposer. "Certains détracteurs de la capote poussent beaucoup l'option de la prise préventive d'antirétroviraux car ils affirment que la prévention par le préservatif n'a pas conduit au succès escompté", dit-il, mais ce serait une erreur de généraliser. La prise préventive d'antirétroviraux serait réservée à un public bien déterminé, minoritaire et très à risque. Si cette mesure devait être implantée dans l'arsenal des armes anti-sida en Europe, ce serait au médecin de décider en fonction du patient qu'il a face à lui si cette mesure serait efficace pour celui-ci.

Et Thierry Martin évoque un autre écueil, éthique cette fois : "Cela poserait tout de même question que des gens puissent bénéficier d'antirétroviraux à titre préventif alors que le défi de l'accès d'un très grand nombre de malades dans le monde à ces traitements reste encore très largement posé...". Un problème qui n'est pas étranger à notre pays : la survie des patients sous antirétroviraux étant ce qu'elle est désormais, les traitements au long cours s'allongent sans que les moyens financiers suivent. La prise d'antirétroviraux à titre préventif aurait inévitablement un coût (de l'ordre de 800 € /mois par patient) qui viendra se rajouter à celui des traitements en cours. Et Thierry Martin d'en appeler à ne pas perdre de vue l'enjeu que représente la prise en charge des traitements pour les séropositifs déclarés.

Ne pas négliger les groupes à risque

Les recommandations se focalisent sur les populations à risque, comme les transexuels, les prisonniers, les drogués, les prostitués, qui représentant environ la moitié des nouvelles contaminations annuelles.

Grâce aux différentes actions, le nombre de ces nouveaux cas a cependant diminué de plus d'un tiers entre 2001 et 2012.

Fin 2013, quelque 13 millions de personnes avec le VIH bénéficiaient du traitement par antirétroviraux. Mais pour M. Hirnschall, la bataille est permanente.

Les gouvernements ont tendance à privilégier la prévention pour la population en général et à négliger ceux qui présentent le plus de risques. "Mais personne ne vit dans l'isolement", souligne-t-il. C'est particulièrement le cas dans l'Afrique subsaharienne, où se concentrent 71% des 35,3 millions de personnes vivant dans le monde avec le VIH, a indiqué cet expert de l'OMS.


T.N. avec AFP

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