Anorexie, boulimie, hyperphagie: "Nous sommes dans une société où l'image corporelle est extrêmement importante"

Ce dimanche a lieu la Journée Mondiale des Troubles des Conduites Alimentaires. Une maladie grave et méconnue, qui touche un jeune sur cent en Belgique. Sonia Fuchs, psychiatre et responsable de la clinique des troubles alimentaires du CHC de Liège, était l'invitée de Weekend Première ce dimanche matin.

On estime à 500 le nombre de nouveaux cas de Troubles des Conduites Alimentaires chaque année, et les chiffres sont en constante augmentation sur cette dernière décennie. Rien d'étonnant pour la Dr. Sonia Fuchs : "Nous sommes dans une société où l'image corporelle est extrêmement importante, rappelle-t-elle. C'est aussi lié à beaucoup de normes d'hygiène alimentaire qui sont compliquées. Si on les applique sans souplesse, on risque de se dérégler de nos sensations alimentaires et de continuer à engendrer une insatisfaction corporelle". Et de rappeler que ces troubles touchent principalement des adolescents, "en pleine construction de leur image", constate la psychiatre.

Difficile en effet de ne pas culpabiliser au moindre écart alimentaire, surtout si c'est de notre santé qu'il s'agit. "Toutes ces règles sont évidemment correctes, nuance Sonia Fuchs. Manger cinq fruits et légumes par jour, faire 10.000 pas par jour, ce sont des règles d'hygiène de vie. Mais si on les applique avec beaucoup de rigidité, on va se déréguler de nos sensations alimentaires", répète-t-elle. Une bonne hygiène de vie ne doit donc aucunement se faire sous pression.

Hérédité

Les jeunes ne sont naturellement pas les seuls à être touchés par des troubles alimentaires. L'hérédité et le contexte socio-culturel ont également un rôle à jouer. "Si je vis dans un environnement où il y a une culture précise et très rigide de l'alimentation, je vais avoir tendance à faire la même chose, ou au contraire à vouloir m'en dégager. Je vais donc me sentir dans la honte et dans la culpabilité à l'idée de manger. Cela va créer des compulsions qui amèneront, par exemple, à de la boulimie ou de l'hyperphagie boulimique. Il existe aussi un facteur de vulnérabilité génétique. Nous savons que nos tempéraments, les tendances perfectionnistes, le besoin de contrôler sa personne, son environnement, ses émotions, à travers ces conduites, est aussi un facteur de vulnérabilité", avance la doctoresse. En d'autres termes, ce n'est pas la maladie elle-même qui se transmet, mais différents facteurs de risque susceptibles de fragiliser un individu face à un comportement.

Par ailleurs, la frontière entre simple problème de surpoids et véritable maladie n'est pas toujours évidente à déterminer. Pour Sonia Fuchs, il est temps de s'inquiéter lorsque ce problème devient une souffrance pour l'individu, soit "à partir du moment où le comportement devient rigide et va réguler toute la vie. Manger va déterminer qui je suis. Ma vie, ma structure sociale va devoir se formater à mes conduites alimentaires. Je ne vais par exemple plus me rendre chez mes amis pour éviter d'y manger. Cette situation va de plus en plus écarter la personne de son entourage."

Société culpabilisante

L'intérêt d'une journée telle que celle d'aujourd'hui est bien entendu de sensibiliser, afin de "détecter le plus précocement possible de tels comportements", prévient-elle. Sonia Fuchs déplore en outre le regard culpabilisant de la société sur de tels troubles, ce qui n'arrange évidemment rien : "C'est un regard où l'on se dit que c'est de ta faute, finalement, parce que tu n'as qu'à manger (ou arrêter de manger selon les cas), que ce n'est qu'une question de motivation. Or, il faut vraiment reconnaître que c'est une maladie. La personne est prise dans un cercle vicieux de pensées obsessionnelles, et il est nécessaire de l'aider pour affronter cette souffrance", dénonce-t-elle.

Les prises en charge durent en moyenne de deux à cinq ans et font intervenir plusieurs disciplines. Un travail avec les patients et leur entourage est mis en place pour éviter les rechutes autant que possible.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK