Annemie Schaus, rectrice de l'ULB: "Notre vie privée est en danger, le Parlement doit agir"

Annemie Schaus était l’invitée du Grand Oral RTBF/Le Soir ce samedi 8 mai sur La Première. Elle pose un regard inquiet sur la précarisation grandissante des étudiants du supérieur et dénonce le danger qui pèse sur nos vies privées en période de crise sanitaire.

"Le jour où l’innocence doit se justifier, il est trop tard. L’innocence est présumée coupable. Il faut donc agir et refuser qu’on nous dépouille." Ce sont les mots d’Annemie Schaus qui paraphrase ainsi Albert Camus, dans la carte blanche qu’elle co-signe dans le journal Le Soir avec Caroline Pauwels, rectrice de la VUB. Elles alertent de cette manière du danger du traitement de nos données privées par les autorités publiques.

"On doit refuser qu’on nous dépouille de nos données privées. On accepte - à juste titre - que nos informations soient dans des banques de données... Pour la crise sanitaire, par exemple, il était nécessaire qu’on déclare qu’on avait le Covid, qu’on soit contacté par Coronalert, etc. l’objectif était légitime. Mais ça doit aller de pair avec un contrôle approprié. Or, pour le moment, on peut se poser des questions sur le contrôle et la gestion des données en Belgique. Ça fait des années que la situation est dénoncée."

Le Parlement, soldat tombé de la pandémie

La recherche d’efficacité ne peut donc pas primer sur les questions éthiques, selon Annemie Schaus.

"Le Parlement, c’est le grand mort de la pandémie. Pourtant, la nécessité de combattre ce virus ne justifie pas une restriction de nos libertés, sans respecter nos conditions de forme. Jamais dans une démocratie on ne peut négliger les conditions de forme. Elles sont là pour nous protéger !"


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"On a toujours l’impression que les exigences formelles sont une sorte de luxe : pas du tout ! C’est grâce à cela que vous êtes certains que vos données sont contrôlées et votre liberté assurée, en l’occurrence par le Parlement. "

"Ici, il a saisi la Cour des Comptes qui doit refaire un audit, la question a été posée à l’Union européenne. La protection des données nécessite l’intervention d’une autorité indépendante et encadrée."

Étudiants à genoux

Si la précarité étudiante existe depuis longtemps, elle est d’autant plus révélée par la crise sanitaire, notamment parce que de nombreux jeunes ont perdu le petit boulot qui leur permettait d’assurer des frais quotidiens. En tant que rectrice de l’ULB, Annemie Schaus constate une situation qui n’ira malheureusement pas en s’améliorant.

"La crise covid a mis en lumière cette précarité étudiante, mais elle subsistera à la sortie de la crise et pendant un certain temps. C’est d’autant plus compliqué que la ministre Glatigny a déjà fourni de nombreux efforts pour soutenir financièrement les étudiants, notamment via l’aide urgente. Elle est tout à fait lucide sur la situation."


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Mais la jeunesse continue de se sentir abandonnée et réclame des mesures plus structurelles, notamment. Alors comment soigner, gérer aujourd’hui le traumatisme des étudiants ?

"Je pense qu’il faut investir massivement dans la jeunesse en prenant en considération cette génération. Une génération qui était enfant au moment les premiers attentats, puis qui a connu les manifestations pour le climat qui attendent encore des actes concrets, et maintenant le Covid-19.

Ca fait désormais plusieurs années que ces jeunes subissent les travers d’une société que nous leur léguons. Il est temps de leur donner espoir dans l’avenir en investissement massivement dans cette jeunesse."

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