Anita: "On apprend à rationaliser chaque dépense, à toujours, toujours tout compter"

Quand les petits invitent maman à sortir...
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Quand les petits invitent maman à sortir... - © Pixabay

Anita vit à Bruxelles. Elle est divorcée et voit ses jumeaux de six ans une semaine sur deux. Malgré un travail à temps plein, les fins de mois sont difficiles pour cette maman célibataire. Derrière son témoignage, ce sont toutes les difficultés des familles mono-parentales que l'on découvre.

"J'étais très à l'aise avant. Je ne me posais pas de question sur l'argent". Seule, Anita s'est retrouvée sans "coussin d'amortissement", et a dû sortir la calculette, à tout bout de champ. "On apprend à rationaliser chaque dépense, à toujours toujours tout compter".

Pourtant, elle travaille, et s'estime même "bien payée". Mais la vie dans la capitale l'expose à des frais importants. "Le loyer, déjà, pour mon appartement à Saint-Gilles. C'est la moitié du salaire. On peut parler de l'école aussi ! L'école censée être gratuite...et qui ne l'est absolument pas ! Puis il y a les déplacements, un gros coût aussi. Les transports en commun ne me permettent pas de déposer les enfants à l'école, ou alors on se lève à 5h du matin tous les jours. Donc j'ai une voiture. C'est un coût important. Voiture, parking...Bruxelles est devenue payante quasiment partout. Partout où la carte riverains n'est pas acceptée, on paye le parking et ça devient assez exorbitant".

A la fin de l'année, d'autres frais lui "tombent dessus". "A partir de septembre, c'est l'horreur: il faut payer toutes les assurances en même temps. Pendant cette période, on oublie les extras, les sorties, les imprévus...c'est pas possible ! Je sors beaucoup moins de chez moi, car je n'en ai pas les moyens".

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Elle s'en est vite rendu compte, dans les familles mono-parentales, on assume seul ce qui se payait " à deux ", avant la séparation. "On passe du double au simple. Deux salaires, un salaire. On fait fois deux sur le loyer, la voiture, la nourriture, tout ce qui est consommation, gaz électricité télé téléphone. Résultat...on se prive de beaucoup de choses. Par exemple, avec mon ex, on partait deux fois par an en vacances. Depuis ma rupture, je suis partie deux fois, une fois avec les enfants, une fois seule ". Anita met un point d'honneur à préserver les enfants, qu'ils ne ressentent pas trop les difficultés. " Au niveau des activités extra-scolaires par exemple, ils font encore du sport et une autre activité. C'est moi qui ai sabré dans mes hobbys ". Mais il est souvent impossible de répondre illico à leurs demandes, leurs envies. " On reporte beaucoup le 'on va aller s'acheter un jouet' par exempmle. On passe devant une vitrine, ils me disent " ah je voudrais ça ", je réponds sans cesse 'non chouchou on va attendre un peu !'. Il y a eu un moment où je leur ai dit 'écoutez, maman n'a pas les moyens de vous acheter ça et puis c'est tout'. Ils sont assez compréhensifs. Après, ils ont un toit sur la tête, ils mangent à leur faim, ils ont des habits qui tiennent la route. Mais c'est vrai qu'on rogne à plein de niveaux, alors que quand j'étais en couple l'argent n'était pas un souci. " Anita a mis en place un réseau d'entraide, entre amis " mono-parentaux ". " Pour les vêtements, les jeux...on hérite de beaucoup de choses, puis on les donne. Il y a également une entraide au niveau de la nourriture. J'ai une maman mono parentale qui fait à manger pour moi puis moi je fais pour elle et sa famille. Ça permet de ne pas devoir gérer ce poste là qui prend pas mal de temps. Et c'est plus économique...parce que finalement faire pour 3, 4 ou 5...on évite beaucoup de gaspillage ".

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Ses jumeaux n'ont que six ans, mais Anita les trouve déjà bien matures pour leur âge. Des as de la débrouille. " Quand je leur dis que je ne peux pas faire un extra parce que je n'ai plus un rond en poche, ils se disent 'ben oui on fera ça plus tard !'. Et parfois même, ils ont leur petit sou dans leur petite poche et ils disent 'bon allez on va te donner des sous comme ça on peut se faire une sortie'. C'est adorable mais c'est pas l'idée de leur piquer leurs sous pour se faire une sortie..mais oui ! Ils ont déjà une conscience de l'argent ".

Au travail, elle sent un " rapprochement " entre les " mono-parentaux ". "Au boulot, il y a toujours cette blague qui traîne et qui s'applique plus à moi depuis 3 ans...'tiens on est le 3 du mois et j'ai déjà plus rien sur mon compte en banque !' Je m'en plains pas mais bon...c'est un peu vrai ! c'est vrai que les mono parentaux ont tendance à se regrouper et avoir des discussions sur ce qui les concerne, on se demande comment on fait pour tenir le coup et comment on fait cette transition entre 'tout va bien' et 'je suis tout seul, comment je fais pour tout assumer'. Les mono-parentaux s'en rendent tous compte. Bien qu'on ait un travail, c'est très difficile ".

 

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