Anciens travailleurs de VW : quel destin après la restructuration ?

Fallait-il partir et profiter de la prime offerte aux volontaires ? Ou fallait-il tenter de rester, sans aucune garantie sur l’avenir ? Ce dilemme, tous les anciens travailleurs de VW y ont été confrontés. A l’époque de la restructuration en 2006, ils étaient environ 5500 travailleurs. Au final, seuls environ 2000 d’entre eux ont été gardés. La prime offerte aux candidats au départ était de 5800 euros bruts par année d’ancienneté, avec un plafond à 144 000 euros bruts. Ils sont nombreux, en colère, désespérés, dégoûtés, à avoir espéré qu’elle leur permettrait de se reconstruire un avenir ailleurs. Nombreux ceux qui pensaient que de toute façon, tôt ou tard, l’usine fermerait en les laissant tous sur le carreau.

Partir...

Dominique Lahousse est de ceux à avoir opté pour le départ. Il avait alors 44 ans. Comme les autres Wallons, il est alors accompagné par une cellule de reconversion. Les Flamands et les Bruxellois sont eux pris en charge par des structures privées. Assez rapidement, il retrouve un emploi dans une société qui fabrique des courroies automobiles. Seulement, au bout de 4 ans, la société est délocalisée… Il se retrouve à nouveau à la case départ. Il obtient un certificat en électricité, qu’il ne parviendra jamais à valoriser : les employeurs demandent au moins 5 années d’expérience. C’est alors le début de ce qu’il appelle "la galère", entre courtes missions d’intérim et longues périodes de chômage. Peu à peu, il perd confiance et en déduit que c’est son âge qui pose problème. Un constat récurrent pour les travailleurs au-delà de 45 ans. Finalement, à 54 ans, il a retrouvé un CDI dans une entreprise de nettoyage.

... ou rester

David Wauquier a lui décidé de rester, malgré les incertitudes qui pesaient sur ses perspectives. Un choix qui s’est révélé gagnant lorsqu’Audi a repris l’usine. Aujourd’hui il s’apprête à travailler sur les batteries électriques du nouveau modèle de SUV bientôt produit à Forest. Un nouveau départ qui le rend optimiste. Son salaire est désormais renfloué par diverses primes qui mettent du beurre dans les épinards… et compensent aussi les concessions obtenues par la direction. Les ouvriers ont perdu 18 jours de congé; leur temps de travail est passé de 35 à 38 heures/semaine; la charge de travail et la pénibilité ont augmenté. A 45 ans, il a subi plusieurs opérations, notamment au coude et à l’épaule, à cause des mouvements répétés sans fin sur la chaîne de production. Mais il s’estime heureux de ne pas avoir quitté l’usine.

Pour écouter leurs témoignages, voir la vidéo ci-dessous (disponible ce weekend).

En savoir plus

Pour en savoir plus sur l’efficacité des cellules de reconversion et des réponses politiques aux licenciements collectifs, voir le tout récent numéro du Crisp, par Aline Bingen. La chercheuse y montre notamment que ces types de licenciements se soldent toujours par un déclassement pour les travailleurs. Perte de l’ancienneté, salaire moindre, précarité des nouveaux emplois, difficultés à valoriser les compétences acquises dans le cadre de leur travail précédent, … Des obstacles d’autant plus grands que les personnes licenciées sont peu qualifiées. Quant à l’âge, il est un obstacle majeur à la reconversion dès 45 ans, voire 40 ans. Ceci dit, aucune statistique n’existe pour observer le devenir des travailleurs au fil des ans.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK