Amour en temps de covid : comment la crise sanitaire a bouleversé notre intimité

"L’amour en temps de covid, c’est un grand manque, et une grande frustration". "L’amour en temps de covid, c’est beaucoup de complications". "L’amour en temps de covid, c’est galère !"

Le ton est donné. En couple ou célibataire, la crise sanitaire bouleverse notre vie affective. Une enquête du Kinsey Institute montre que durant le premier confinement, une personne sur deux a eu moins de relations intimes.

Un an plus tard, le constat est toujours d’actualité. "L’activité sexuelle des couples est ralentie, de manière assez large" expose Marie Géonet, docteure en psychologie à l’UCLouvain. C’est ce qui ressort d’une étude menée dans les couples belges à la fin de l’année 2020.

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Comment la crise sanitaire a bouleversé notre intimité © Tous droits réservés

On aurait pourtant pu croire que le confinement favoriserait les moments intimes. Que du contraire.

"Le fait d’être tout le temps ensemble, souvent avec les enfants, laisse très peu de temps pour soi et pour le couple. Et puis, le stress lié à la période actuelle a clairement une influence négative sur la libido" explique Marie Géonet.

Plus on a des affects anxio-dépressifs, plus on a un désir faible et une insatisfaction sexuelle plus élevée

"Par contre, au niveau de la conjugalité, de la relation de couple, les choses semblent rester satisfaisantes pour la plupart des Belges".

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Comment la crise sanitaire a bouleversé notre intimité © Tous droits réservés

"On s’est surtout retrouvés en tant que parents"

Catherine et Denis ont accepté de nous livrer la manière dont ils vivaient cette crise sanitaire depuis un an. "Cela a soudé la famille. Passer beaucoup plus de temps avec les enfants a fait beaucoup de bien" explique Denis.

"Du coup, on s’est surtout retrouvés en tant que parents" ajoute Catherine. "On a vu qu’on était forts à deux avec nos enfants. Mais il ne faut pas s’oublier… "

"On se retrouve dans un train-train avec nos enfants tout le temps. Du coup, on est fort fatigués, on est moins enclins à aller vers des moments intimes".

Anxiété : libido en berne ?

L’angoisse générée par la période actuelle ne favorise pas les moments de détente à deux. "Parfois, on a tellement de choses en tête qui nous tracassent, qu’on n’est pas enclin à aller vers autre chose" explique Catherine.

"Et encore, nous, on a beaucoup de chance. Il y a des gens qui ont dû se retrouver dans des situations où ils ne pouvaient plus travailler à cause du covid. Quand on se demande comment on va donner à manger à nos enfants, on n’a pas la tête à ça".

"Il y a beaucoup plus de couples en crise"

Dans le cabinet de Valérie L’Heureux, sexologue, les couples en crise affluent depuis un an.

"Il y a beaucoup plus de violence. Le premier stress, c’est : est-ce que notre compte va être approvisionné fin de ce mois ?" explique Valérie L’Heureux. "Pour arriver à des moments intimes, il faut d’abord être dans la détente".

C’est difficile d’arriver à la détente quand on a plein de soucis en tête

Par ailleurs, le télétravail semble contreproductif pour l’intimité de certains couples. "Le fait d’avoir tellement d’occasions d’avoir des relations intimes leur a fait prendre conscience qu’ils n’entraient pas dans toutes les occasions. Ils se sont posé des questions de normes et en ont fait des discussions plombantes".

Et les célibataires dans tout ça ?

Les célibataires ne sont pas mieux lotis, que du contraire. Plus de sorties, plus de bars, plus de cinémas. Difficile, dans ce contexte, de faire de nouvelles rencontres.

Pour Féline, "il n’y a plus qu’une solution : les applications". A l’heure du covid, les sites de rencontre cartonnent. "Le point positif, c’est que comme on n’a pas le choix, ça s’est normalisé. Ça décomplexe un petit peu".

Mais rapidement, les problèmes pointent le bout de leur nez. Une fois que l’on a fait connaissance par écrans interposés, où se voir ?

On brûle les étapes beaucoup plus vite

"On n’a pas le choix, soit on va se balader dans un parc, mais vu la météo, c’est un peu compliqué. Soit on va directement chez l’un ou chez l’autre. Mais personnellement, j’ai du mal à le faire. Il y a une grande appréhension. C’est risqué ! On brûle directement les étapes. C’est vraiment l’inconvénient à l’heure actuelle".

Pour les célibataires, l’isolement est souvent difficile à vivre. "J’ai eu des moments vraiment très bas" explique Féline. "On ressent un manque de soutien. Mais en même temps, ça m’a vraiment permis de beaucoup mieux me connaître, savoir ce que je veux et ce que je ne veux pas. Au final, ça aura été plus positif que négatif".

Quand le confinement provoque aussi de belles histoires

Dans certains cas, le confinement a tout de même généré des rencontres impromptues.

Tout commence le 13 mars. Elodie décide de passer la première semaine de confinement chez sa maman, pour être moins seule. "Avec ce confinement, ce n’est plus maintenant que je rencontrerai quelqu’un !" lui lance-t-elle.

Lorsqu’elle apporte ses affaires, sur le parking, elle croise le voisin. "Toute suite, il me propose son aide pour aller faire des courses". Elle refuse gentiment. Quelques jours plus tard, rebelote.

J’étais à 1000 lieues de penser que j’allais rencontrer quelqu’un en plein confinement

A ce moment-là, Elodie est au chômage, covid oblige. "Je dois imprimer un document pour le chômage, mais ma mère n’a pas d’imprimante. Je me décide alors à demander au voisin de me l’imprimer. C’est là que tout commence".


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Tous les jours, Elodie et Sébastien vont faire une balade. "C’était la seule chose qu’on pouvait faire puisque les restaurants, les bars, les cinémas étaient fermés".

Le 18 avril, ils se mettent ensemble. Le 22, Elodie s’installe chez Sébastien une semaine sur deux. "Tout s’est fait très vite, car le seul moyen de ne pas mélanger trop de bulles, c’était que je passe mon confinement chez lui. Ça a sans doute tout accéléré. On s’est embrassé avant même de se faire la bise" sourit Elodie.

"J’ai béni le confinement !"

"S’il n’y avait pas eu le confinement, si je n’avais pas été mise au chômage, si je n’avais pas dû imprimer cette feuille, on ne se serait sûrement pas rencontrés !"

Comme quoi de belles histoires peuvent naître… même en temps de crise.

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